LA CLOCHE DE LA CHAPELLE
Cette autre pièce fut chantée dans une fête par un élève de philosophie qui, tout en faisant allusion à un accident qui avait privé la chapelle de sa cloche pendant quelque temps, adressait ses adieux à la maison, avant de la quitter :
Vous souvient-il de la cloche chérie Qui, chaque jour, par ses joyeux accents, Nous invitait à porter vers Marie L'hommage pur de nos cœurs suppliants ? Hélas ! pourquoi de cette mélodie A ses enfants cache-t-elle la voix?, ..
Elle se tait, noire cloche chérie ; Elle a vibré pour la dernière fois!. . .
Accords voilés dans les jours de tristesse, Oii nous allions pleurer sur un cercueil! Puissants éclats, lorsque dans l'allégresse, Pour un instant oubliant notre deuil, Avec ferveur priant pour la pairie, Nous implorions le Dieu qui fait les rois ! Elle se tait, notre cloche chérie; Elle a vibré pour la dernière fois ! . . .
Vous souvient-il qu'au jour de l'espérance, Au doux Noël, quand du Dieu Rédempteur Nous célébrons parmi nous la naissance, Lorsque la grâce enflamme notre cœur.
Dans cette nuit où tout l'univers prie, Ses gais accents accompagnaient nos voix?, . . Elle se tait, notre cloche chérie ; Elle a vibré pour la dernière fois !. , .
0 cloche d'or, comme au sein des batailles, Le glas de mort anime nos guerriers!
Quand tu sonuais ici les funérailles De nos héros couronnés de lauriers, Tu m annonçais pour Rome et la patrie Que nous ferions encore d'autres exploits! Elle se tait, noire cloche chérie ; Elle a vibré pour la dernière fois !...
Nous implorons notre Dieu pour la France, Source d'espoir ! , . . Mais la cloche se tait ! . . . Pourtant, amis, je garde l'espérance De voir un jour mon pays qui renaît !
Je n'admets pas que la France flétrie Perde à jamais sa gloire d'autrefois!
Résonne encore, ô ma cloche cliério ; ) , .
De ion appel nous entendrons la voix! j
LE VEAI PRETEE
LeR. P. d'Alzon, dans une lettre affectueuse et spirituelle qu'il écrivit en 1875 à l'un des Alumnistes de Clairmarais, fait, en quelques lignes, le fidèle portrait du vrai prêtre :
A un alumniste de Clairmarais.
La lettre que vous m'écrivez au nom de vos camarades, mon cher enfant, m'a fait le plus grand plaisir. J'y vois la preuve des bonnes dispositions de tout l'alumnat, dispositions bien nécessaires aujourd'hui où l'on fait tant d'efforts pour ruiner l'Eglise et le sacerdoce par lequel Notr -Seigneur a voulu que l'Eglise fût soutenue: à cet égard, on ne saurait se faire une idée de la haine de la Révolution contre les prêîres. Tournons le. mal en bien; supposé que la Révolution diminue le nombre des prêtres de moitié, si nous avons de saints prêtres qui travaillent comme dix, eh bien nous aurons après tout cinq fois plus d'ouvrage. Priez le P. Joseph de vousexpliquer mon calcul, si vous ne le comprenez pas.
Souvenez-vous que pour être de vrais prêtres, il faut être des hommes de foi, de devoir et de sacrifice. Oa voit des gens qui se donnent à Dieu par sentiment, cela ne dure pas, les sentiments viennent des sens et sont après tout un peu matériels : c'est comme les femmes sensibles qui pleurent à propos de bottes. La foi repose dans la partie supérieure de l'âme et communique avec Dieu.
Le devoir est rude quelquefois, on peut faire quelque effort pénible par enthou. iasme, mais l'enthousiasme est souvent un feu de paille, il ne dure pas ; il faut que le devoir puisse inspirer une persévérance invincible. C'est la persévérance dans le devoir qui révèle les hommes fortement trempés.
Enfm vous devez être des hommes de sacrifice. Vous ne pouvez pas donner grand'chose, puisque vous avez bien peu, peut-être rien. Et pourtant vous pouvez donner beaucoup, puisque vous pouvez vous donner vous-même?, par une énergie de volonté qui deviendra dure comme l'acier, en se trempant dans les vraies flammes de l'amour divin.
Ne devenez pas trop riches, sans quoi cela ne durerait pas. Souvenez-vous d'un mot d'un auteur païen : fœcunda virum cgestas, l'indigence, mère des hommes vraiment forts. Prenez garde; à ce point de vue, les alumnats du Midi ont chance de donner plus de résultats que ceux du Nord.
Mille fois à vous, cher enfant, avec toutes mes bénédictions paternelles.
d'Alzon.
LES PÈRES AUGUSTINS DE L*ASSOMPnON. 279