Ravaisson, Métaphy»., t. II, p. 2f
2. HavaisHoii, t. Il, p. tU : TcpOT^Yii^va. dbtoitpct)Y|ilva. (Dîog. U^n», Vil, c. 1, § 103. j
stoïcisme. fin
UD art que Sénëque entendil à merveille, et avant lui déjà Cicéron, et que le stoïcisme paraît avoir inventé : lart de résoudre les cas de conscience, bu la casimliqne^.
Mais si 1» morale stoïcienne fait des concessions, ne cesse- ' l-elle pas d*ôtre elle-même, pour se confondre avec la doctrine d*Aristole? Ces choses préférables, comme la santé, la richesse, la réputation, Aristote les appelait des biens, mais très inférieurs à la vertu. Dès lors, en quoi diffèrent, dans leur conduite, le Péripatéticien et le Stoïcien? Tous deux recherchent avant tout la vertu ; mais, après cela, tous deux aussi s'inquiètent de certains avantages qui, pour être infiniment moindres, ne leur semblent pas à dédaigner. Seulement ils refusent de donner à ceux-ci le même nom. Hais qu'importe, encore une fois, si leur conduite est la même à cet égard? Ce n*est plus qu*une querelle de mots, au lieu d*une question de principes.
Que si le stoïcisme reste Adèle à lui-même, et se défend de ressembler aux autres morales, le voilà donc obligé de renoncer tout de bon aux prétendus biens extérieurs, et de s*en tenir à la seule vertu. Il devient ainsi un ascétisme rigoureux; il se renferme dans la lutte intérieure de la .volonté contre toute inclination et toute pensée mauvaise. Au dehors, abstention complète, absolue inaction. L'Épicurien aussi en arrivait là, et, à ne juger que sur les apparences, les sages des deux écoles se ressemblent fort. Mais le renoncement de l'Épicurien a son principe dans une prudence excessive, et, en fin de compte, dans la crainte. Celui du Stoïque vient d'un mépris sincère pour tout ce qu'on appelle des biens, et d'un suprême effort de la volonté pour se suffire à elle-même. Néanmoins, les conséquences sont à peu près les mêmes : des deux côtés, le vid<^ et le néant d'une &me qui s'interdit d'agir au dehors; des deux côtés, la tristesse solitaire, qui peut finir par le désespoir^.
1. M. Tliamin, Un problème moral dans Vanliquité, ^. M. RaYaissoii, Métaphys., t. II. p. 291.
110 PimOSOPHES ANCIENS.
§ n. — CICÉRO:^ {De officiU, liv. I).
i. OaTrae:e« de Cieéron. — Cicéron naquil à Arpinum en 106 av. J.-C. ^ Il étudia d*abord la philosophie sous l'Épicurien Phèdre. Puis, en 88, Philon de Larisse, le chef de TAcadémie, étant venu à Rome avec les principaux Athéniens, qui fnyaioni leur patrie pour échapper à Milhridate, Cici'i'on suivit ses leçons. En 87, il attira chez lui le Sloïcion Diodote, qui y resta toute sa vie, jusqu'en 59, et à sa mort lui légua ce qu'il possédait. En 79, Cicéron partit pour la GriMîe. A Athènes, il entendit surtout Antiochus d'Ascalon, le 8uccoiîscur de Philon, puis les Épicuriens Phèdre et Zenon. Il parcourut ensuite TAsie, et s'arrêta à Rhodes, où enseignait le Stoïcien Posidonius, qui resta son ami. 11 était de retour à Rome en 77. On sait les événements qui illustrèrent son consulat en 65.
Si on néglige une traduction du Prntagoras de Platon, une autre du Timée, son premier ouvrage philosophique fut le De rejmblica, en 54. Puis, comme Platon après sa République avait composé des Loif, Cicéron écrivit un De legibus, en 51. 11 était encore mêlé aux affaires publiques. En 46, César devint dictateur; en 45, Cicéron perdit sa fille Tullia. Ce double malheur le rendit inconsolable, et il chercha un remède à sa tristesse dans le travail. 11 écrivit la Consolation, au sujet de la mort de sa fille, VHoriensius, pour exhorter les Homains à l'étude de la philosophie, et \eî^ Académvjuea ; puis le. De finibus et les Tusculanes, le De amicitia et le De tenectute; le De natura deoritm, le De divinaiione et le De falo; enfin le De officiLs. Tous ces ouvrages furent composés en vingt mois, de février 45 à la fin de l'année 4i. Sur ces
1. Consulter sur Cicéron surtout le livre de M. Boissier, Cicéron el set amin. — On peut lire aussi, quoique avec certaine!! r(^«ervc«. l'ouvrage si crudit et si consciencieux de M. Ttnaucourl : Eanai tur les traités philosophiques de Cicéron etleurê sources grecques (Hachelle, 1885). —Cf. E. Havcl, Pourquoi Cieé' ron a professé la philosophie académique (Acad. de« sciences morales, avrilmai 188i, p. 661).
stoïcisme. 117
cntrefailes. César avait été tué, el la guerre civile recommença bientôt. On sait comment Cicéron en fut victime, et sa mort tragique.
Plusieurs critiques ont étrangement abusé contre lui d'une petite plmise qui lui était échappée dans une lettre à Atlicus, sans doute par manière de plaisanterie. Atticus admirait fort la rapidité avec la(|uelle il écrivait ses oun rages philosophiques, a Ce ne sont que des copies, répond Cicéron, qui ne me coulent pas grand'peine; je n'apporte que les mots dont je ne manque pas*. » Qui ne voit que c'était là une façon de répondre aux compliments et aux éloges d'un ami? Cicéron dit ailleurs plus sérieusement : « Le goût pour la philosophie ne m'est pas si nouveau qu'on se l'imagine. Dés ma jeùn^îSôC, j'ai beaucoup cultivé celle srience, et même quand il y paraissait le moins je m'en occupais plus que jamais. On peut s'en convaincre par cette quantité de maximes philosophiques dont mes harangues sont remplies, par mes liaisons intimes avec les plus savants hommes, qui m'ont toujours fait l'honneur de se rassembler chez moi, I>ar les grands maîtres qui m'ont rurmé, les illustres l)ioîlote, Philon, Aniiochus, Posidunius*. » 11 disait encore au commencement du De finibu.^ : « Je ne fais pas roffice de traducteur: mais je détends ce qui a été dit par des hommes dont j'approuve les opinions, et j'y ajoute mon propre juîjement et l'ordre que je suis dans mes érrits''. » tl enéoriî, au livre 1" du Deofficiis : « Dans celle que>tiun, je suivrai de préférence les Stoïciens, non comme un siinj)le Iraducl^'ur, mais, selon mon habitude y \q. puiserai à hur source en suivant mon goût et ma fantaisie, autant qu'il me conviendra
1. m 'ÀTroYpaça suiit, minore lahure linnl : Vi>rt>a lantuiii aTfero. quil>us a^undo • {Leflre à Atticus^ de mai io, XII, oi )
S. m Nus aulem nec siibiiu cœpimus piiilu^iipli.iri, im.t iiiodinotein a pi iiiio teiiip«>re Oilalis in co studio oj^eram, ruratiiquo cuitsunipsimus ; ot ciini ttiiiinne videbamur, tura maxime philosophai) imiir. Quod el omlionON dtM huaiii, referla; philosophonim seiilenliis. cl docti<<iinuruiii linniiMiiiii familia' it.iti^s quibus serajKîr domus noslra floruit, et princip -s ilii. DiodoUi>, IMnlu, Anlii»cbus Posidonius a quihus instiluti sumus. » {De untura d<urnm, liv. I. c. 5.;
3. « .No» inlerprelum fungimur munere, sed tucmur ea quie dicta ^utlt .ili iis quoft probamus, iiêmie no.^trumjudiciuin oi nuilramscribendiurdtncin a>ijiiii* giiiius. ■ {!h finibuM^ \, t, 6.)
et de la façon qui me conviendrai )> Ses œuvres ne sont dune pas une imitation servile, loin d*étre une traduction; mais, comme plus tard nos écrivains du dix-septième siècle qui suivirent les anciens, il sut même en imitant rester original.
t. Ma philosophie. — Cicéron rappelle lui-même qu*il fut à la fois homme d'Etat et philosophe. Avant lui, Démétrius de Phalère est peut-être le seul, dit-il, qui ait mérité ce double titre. Sans doute, Platon eût été un merveilleux orateur, s'il avait voulu; et Démosthèue, un grand philosophe, s'il avait continué ses études conunencées sous Platon. Aristole aussi s'est contenté de la philosophie, comme Isocrate de Téloquence. Cicéron se flatte d*avoir également réussi, comme écrivain, dans les deux genres.
Il adopta la doctrine de la Nouvelle Académie. Celle-ci avait opposé au dogmatisme des Stoïciens un demi-scepticisme. Ârcésilas fut 1 adversaire de Zenon, et Carnéade, celui de Chrysippe. Â défaut du vrai lui-même, qu*on ne croyait pas accessible à Tesprit humain, ou se contentait, dans cette école, du vraisemblable ou du probable. Mais comment en mesurer les de<^rés, si Ton renonce à la règle flxe cl certaine du vrai? Il fallait donc ou bien reprendre celleci, ce qui était revenir au dogmatisme, ou bien renoncer à connaître même le vraisemblable, et en venir au scepticisme absolu. Le deuxième successeur de Carnéade, Philon de Larisse, et, après lui, Antiochus d'Ascalon reculèrent devant cette conséquence. Carnéade avait dit déjà qu'il n'y avait entre Académiciens et Péripaléticiens que des querelles de mots. Antiochus pensa que les uns et les autres ne différaient pas autrement non plus des Stoïciens, et il ne vit chez tous que la môme doctiine, le stoïcisme, mais un stoïcisme singulièrement mitigé. Antiochus fut le principal maître de Cicéron*.
Celui-ci distinguait nettement la morale théorique et la
1. • Scquemur igilur hoc quidem tempore et bac in qussiione potissiinum Stôleos, non ut interprcles, led, ut solemui, e fontibus eorum Judicio arbitrio^ quê moitrû quantum quttque modo videbitur hauriemu*. > {Dt officiiêf I, S.)