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S. Monlesquiea, Esprit dêt loi»t liv. XXiV, c. %, De la Mtcte êtoiquti
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son âprolé, ot redevient volontiers solitaire : c'est pour soi surtout qu'on doit être vertueux, non pour les autres*. Sénèque cependant fut mêlé aux affaires publiques comme l'avait été Cicéron : ni les honneurs ni les hautes charges ne lui ont manqué*. Mais ce qui, sous la république, était encore pour le citoyen un noble et libre emploi de son activité n'était plus, sous Néron, qu'un simple titre qui rendait seulement plus grande la servitude de celui qui en était décoré. Toute âme un peu fière se gardait de le solliciter,* ou bien y renonçait au plus vile. Sénéque lui-même finit par offrir à Néron de lui rendre tous les biens dont celui-ci l'avait accablé.
Sa vie fut partagée entre la disgrâce et la faveur. Il encourut la haine de Caligula, qui ne pouvait souffrir en lui un rival d'éloquence, et ne le laissa vivre que parce que sa chétive santé semblait le condamner à une mort prochaine. Sous le règne de Claude, une accusation d'adultère le fit exiler en Corse, où il dut rester huit ans. Il n'en revint qu'après avoir supplié d'une façon, ce semble, peu digne d'un philosophe i atfranchi Poiybe. Lorsque Claude mourut, il fit d'une part son oraison funèbre, et, de l'autre, une satire violente, où il le bafouait après l'avoir loué. Précepteur de Néron avec Burrhus, ils ne purent empêcher ni le meurtre de Britannicus ni celui d'Agrippine. Sénéque fit même une apologie de ce dernier crime. On lui reprochait en outre ses richesses, comme provenant de biens confisqués. A la fin, sentant que Néron était las de lui, il se retira à la campagne, où il écrivit ses Lettres à LucilinSf à partir de l'année 58. Puis survint la conspiration de Pison. Sénéque, qui avait été son ami, reçut de Néron l'ordre de mourir. 11 se fit ouvrir les veines, puis transporter dans une étuve dont la vapeur l'étoulTa. Ses derniers moments fureiU d un sage, comme ceux de Socrate. 11 faut en lire le beau récit que nous a laissé Tacite».
1. Consulter sur Sénéque le livre de M. Martha, les Moralittei ious l'empire romain (Hacbelte, 1865), loule la prcraiOie partie, p. l-liiS. — Scuèque vécut de Tan 2 ou 3 à ran 65 de l'érc chrétienne.
2. U fut consul iuffectu9 le second semestre de Tannée 57. S. Ànnalu, XV, 61.
i34 PHILOSOPHES ANCIENS.
t. €arf|«tère de «es éerîtm. — Une analyse des ouvrngns de Scnèqiie est presque impossible, pour plusieurs raisons. D'abord il n*eiit jamais l'art de « conduire par ordre ses pensées » et de les développer d'une façon régulière et rigoureuse. Calignla disait déjà de lui, jeune homme, que ses discours n'étaient que « du sable sans chaux ». Plus tard. Descaries, essayant d'analyser un de ses ouvrages. De rita beata, pour la princesse Klisabelh, se plaint que la façon , dont il traite ce sujet n'est pas « assez exacte ». Sénéque, dit-il, s'éludie surtout à orner son élocution. Il ne se lasse pas de n^dire en d'autres tprmcs ce qu'il a déjà dit plusieurs fois. « Tâchant d'expliquer ce que c'est que le souverain bien, il en donne diverses délinitions, qui font assez paraître, par leur diversité, qu'il n'a pas clairement entendu ce qu'il voulait dire'. »
Disons seulement que les œuvres de Sénéque n'ont pas un caractère didactique, h proprement parler. Dans une lettre, il est permis de parler, non pas au hasard, mais avec un laisser-aller qui ne craint pas les dip^ressions. L'essentiel est qu'on piM'suade. Or tout ce (|ue Sénéque a écrit s'adresse à quelque personne en particulier, avant <le s'adresser au public. Le De vita beata est composé pour Gallion son frère. Les traités mr la TranfjuiUiié de lame, ^nr la Colère, sur la Brièveté de la vir, sur la Constance du sage, sur la Providence, paraissent n'avoir été (jue « de lon.ii:ues réponses à d«'s consul talions philoso()liiques ». Il envoya de son exil une Consolation l\ llelvia, sa mère; il en écrivit une antre i\ Marcia, la tille de tj'ènujlius (Àu'dus. Le traité de la Clcinence était fait pour Néron, dans les premières années de son régne.
3. Mon éeleotiNnio. — Mais d'autres motifs rendent ses ouvrajjes dilliciles à analyser. C'est (jue Sénéque ne fut fms un philosophe dont le dogme était bien arrêté. « Les anciens
1. Lettre du inuû* 1 fi 15. à Mme Élis.iheth, nrincess« pnlatine (c^d. Garnior, t. m, p. lKi-5; ci. p. 177).— La piiiicvssn clail loiil à f;nl du même avis: « J'ai attribii'S, rêpond-ollr, lo p«Mi de coiinoxio» et d'onire qu'il ohsorve an dessein de VacqiiOrir des adiniratciirs en siiipiciiant. rirna.;iiia'i(»n philnt (fuc îles di.scipics en informant le ju^omuiit. > (Fuuclierde Curcil,/>t'«cvir/ef et la priti' cvs.se Elisabeth, p. 71.)
ont déjà reTn<irqué le peu d*exactitiide de sa doctrine, et ceux des modernes qui ont voulu étudier son système, pour avoir recherché ce qui n*existait pas, ont toujours été forcés de conclure qu'il n'avait pas de système* ». Sans doute, il est stoïcien par dessus tout : mais rien d'exclusif ni d'intolérant dans sa doctrine. 11 cite sans scrupule des philosophes de toutes les écoles. Et cette multitude de noms les plus divers, qui pourrait déconcerter un historien curieux de démêler la part de chacun dans chaque système, était d'un merveilleux secours pour persuader un homme du monde. Comment ne pas se Fendre devant tant d'autorités que Sénèque invoque, devant l'unanimité des penseurs? Car il les montre tous à peu près d'accord sur la morale. Aussi ce qu'ils ont dit est devenu sans peine le hien commun de l'humanité*. Chaque lettre à Lucilius se termine par quelque sage maxime que Sénèque lui envoie à méditer. C'en est même, pour ainsi dire, la conclusion obligée. « Tu t'attends sans doute, comme toujours, lui dit-il, à ton petit présent, munusculum, merceduia, 9 Ou bien encore : « Je suis sûr que tu commences toujours par regarder à la fm quelle est la maxime que cette lettre t'apporte en cadeau'. » Or le plus souvent Sénèque emprunte les propres paroles d'Ëpicure, c'est-à-dire du philosophe le plus décrié, et dont les voluptueux se réclament d'ordinaire. C'était un moyen de les battre avec leurs propres armes. A un Épicure de fantaisie, indulgent à tous les vices, et qui leur prête l'autorité de sa philosophie, il oppose le véritable Épicure avec la sévérité de ses préceptes, et même leur tristesse^. Que gagne-t-on alors à se dire Épicurien, s'il faut mener une vie austère comme celle de Zenon, et