De vita beatn^ c. xvu-zxi
4. Tacite, Annales, XV, 62: « Quod unum jam et tamen pulcherrimum ha* beat, imaginem vi(« suœ relinqucrc. ■
itt t'UlLOSOPiUiS ANCIENS.
§ IV. - ÉPICTÈTE (Manuel).
i. Son caractère. — Épictète^ naquit en Phrygie au premier siècle de notre ère. Il vint à Rome, où il fut esclave d*un affranchi de Néron, Epaphrodite. On raconte que, son maître un jour le faisant mettre à la torture : « Prends garde, lui dit Épictète, tu vas me casser la jambe. » Un moment après, elle se cassa, en effet, et le [5hilosophe ajouta simplement : « Je te Tavais bien dit*. » Plus tard, devenu libre, il resta à Rome, dans une petite maison délabrée, qui n*avait même pas de porte. Obligé de quitter la ville, lorsque Domitien en chassa tous les philosophes, il se retira en Épire, où il était encore sous le règne de Trajan. Peut-être vécutil jusque sous Adrien. On lui composa celte épitaphe, où on le fait parler lui-même : a Je suis Épictète, Tesclavc, le boiteux, le pauvre, mais cher aux dieux. »
H n*a rien écrit. Mais Flavius Arrien, qui avait suivi ses leçons à Nicopolis en Ëpire, rédigea les notes qu'il avait prises. Il publia huit livres de Diacours ou d'Entretiens, Ai«Tpif)«i, dont quatre seulement nous restent encore, et le Manuel, 'EY/tipioiov». C'est ce petit ouvrage qu'on va analyser.
Le principe dirigeant qui est en nous-mêmes avait été, pour Chrysippc, notre raison; pour Épictète, plus encore que pour Sénèque, ce fut surtout notre volonté. De là une forme nouvelle de la morale stoïcienne.
Épictète distingue ce qui dépend de nous et ce qui nen dépend pas. Toutes choses au monde, selon lui, rentrent
1. M. Ravaisson {Esmi $ur la Métaphysique (TArintote^ t. H, p. 26K) caractérise en quelques pages la murale d'Épictètc. — M. Nartha (les Moralistes so%a t empire rumain, p. Itn-!f09) consacre un chapitre à ce philosophe.
S. « Ce trait (l'insensibilité stoique rut tellement adniiréf que plus tard Celse, le plus intraitable advcrsaii-e du christianisme, osait ap«»slropher ainsi les chré tiens: « Est-ce que votre Christ^ au milieu de son supplice, a jamais rien dit c de si beauf > A quoi Diogène repartit simplement : « .Notre Dieu n'a rien dit, et cela est encore plus beau. • (Martha, les Moralistes^ p. 195.)
3. éy-xc^P'-Siov sigiiilleà la fois poignard et petit livre qu'on a toMJours sous la main. 11 y avait donc là ud jeu de mcU. Nous disons de même en français : ce livre est mon épé9 dt chevet.
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dans Tune ou l'autre de ces deux catégories. Ce qui dépend de nou*^, dit-il, ce sont nos jugements^ d*abord» puis» comme par contre coup, nos déshs et nos aversions, enfin les tendances mômes de notre nature. Et ces choses dépendent de nous entièrement: nous avons sur elles un absolu pouvoir. Tout le reste, au contraire, échappe à noire empire; c'est un autre domaine, où règne la fortune, ou plutôt la nécessité*.
e. Réforme de nos Jui^ementa. — Ce principe établi, Épictète en lait aussitôt l'application. Le bien ou le mal n'est-il pas ce que nous jugeons tel, à tort ou à raison? Mais nos jugements dépendent de nous, et nous pouvons toujours les réformer. La plupart des hommes jugent bonnes ou mauvaises des choses qui ne sont pas en leur pouvoir, la santé, par exemple, et la maladie, la richesse et la pauvreté. C'est mettre leur bonheur à la merci du hasard. Que n'attachentils plutôt ces idées de bien et de mal aux seules choses qu'ils ont, pour ainsi dire, à commandement. Les autres ne nous appartiennent pas, et comme nous ne pouvons rien sur elles, elles non plus ne devraient avoir audine influence sur nous. Ilabituons-nous donc à les juger indifférentes^.
Mais trop souvent nous nous laissons emporter à la première impression des objets. Vidée ou plutôt Vimaginalion qu'elle laisse dans notre esprit, le domine. 11 doit réagir cependant contre les préjugés et contre les fausses apparences qu'ils donnent aux choses. Ce riche vous paraît heureux? Mais vous vous imaginez cela. La ri<*hesse ne saurait être un bien : elle ne dépend pas de nous. C'est une erreur d'en juger autrenienl. Votre voisin, qui vient de perdre son fils, vous paraît malheureux? Vous vous imaginez encoi-c cela. Ne reste t-il pas tout entier lui-même? Est-il entamé, diminué» lui? Ce qui n'est pas en notre pouvoir, nous est
1. Manuei, I : toi tç* tj|«.Tv xà o'Jx cç' W^"*- — Épie tète énunière comme choses qui dépendent de nous : 'jnh\t)^iç (que M. Ravaisson iraduil par opinton, et M. Thurot par jugement)^ ^pi^^ {moi h mot ilan\ M. Ravaisson Iradult par penchant et M. Thurot par tendance), ^pc^i; et IxxXiaiç (désir el aversion).