‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 118 sur 285 · Manuel,\,l · texte numérisé non relu

Manuel,\,l

Où PntLOSOPUES ANCIENS.

étranger. Mais nos imaginations ou nos idées sont à nous; et nous en faisons Tusage que nous voulons. Notre façon de nous représenter les choses dépend toujours de nous *.

En vain Ton prétend sortir du dilemme où Ton est enfermé. Cette richesse, qui me paraît un hien, ne puis-je rien faire pour lacquérir? De deux choses Tune, répond Épictole, ou bien elle dépend tout à fait de toi, ou bien elle n'en dépend pas du tout. Mais, si elle n*en dépend pas, autant vaut poursuivre un fantôme insaisissable. Et pendant ce temps, rhomme néglige des choses plus importantes et qui dépendent de lui; il oublie le soin de son âme. Épictéte ne croit pas qu'on puisse suivre à la fois la vraie doctrine et l'opinion commune. Tout ou rien. Ou il fait jour, ou il fait nuit. Chercher un moyen terme entre deux propositions contradictoires, serait pure folie*.

Mais, pour faire un bon usage de nos jugements et de nos idées, n'avons-nous point des règles? Sans doute, et la première est de distinguer entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépenc^pas. C'est ensuite de placer où il faut le bien et le mal, à savoir, dans ce qui ne dépend que de nous. Outre cela, le bien et le mal se reconnaissent à certaine marque. 11 y a, dit Épictèle, dans les choses des rapports nécessaires, qui tiennent à leur nature même*. Ce sont ces

1. Manuelf VI ; %l oviv è<m aiv ; x?^^^^ çavTaaiôv. M. Thurol traduit çavxacrta par t</ee, entendant par ccmotimage de quelque chose. On pourrait le traduire par imagination, ce mot étant pris dans le sens que lui donne Corneille, tragtîdie de Polyeucle^ acte IV, scène ni:

Imaginations! ^ Célestes vérités!

— M. Ravai^son traduit çavTaaîa par représentation ^ c'est-à-dire façon de se représenter. - Cr. Manuel, XVI, X\ 111, XIX et XX.

t. Manuel, 1, i ; Xlll ; XXIV, 3; XXV et XXXVI.

3. Manuel, XXX : xi xaOïqxovxa wç èitÎTcav xaî; o-fkaza^ Trapapiexpeîxat, M. Thurot cite cet autre texte d'Épi c tète : SeT {te... xà; a;(la£tc XTipoOvxa xà; çyaixàç xa\ eiriOéxouç. {Dwc, III, 2, 4.) Il traduit dx^o"'* pai corrélation, et ajoute : « Le mot, dérivé en ce sens de exctv intransitif, a san& doute été employé d'abord par les géomètres |K)ur designer la relalion do 'leux grandeurs en raison géométrique ou arithmétique » ; et il cite un texte d'Kuclide à l'a})pui.— Pour nous, il est intéressant de leniarquer qu'ici se trouve déjà la fameuse déliuition que plus tard Montesquieu donnera dos lo<s : « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. • {Esprit des iffU, ï, 1.)

stoïcisme. 44!

rapports qu'on doit toujours suivre. Tels sont, par exemple, les rapports entre un fils el son père, entre (^eux frères, entre voisins, concitoyens, et même entre tous les hommes. — Mais mon père est un mauvais père. — C'est lui que cela regarde, et non pas toi. La nature t'a mis en rapport avec un père simplement, sans dire qu*il serait bon ou mauvais : respecte-le. Ton frère aussi te fait quelque tort : cela détruit-il le rapport qui existe, de par la nature, entre vous deux*? — Épiclète distingue nettement les rapports naturels, en ce qu'ils ont d'essentiel et d'immuable, et les circonstances accessoires, qui souvent changent. Ce n'est point d'après celles-ci que chacun doit régler ses jugements et sa conduile, mais d'après les choses elles-mêmes. En cela consiste ce que le piiilosophe appelle suivre la nature.

Il y a d'ailleurs d'autres rapports, plus particuliers, qui résultent des fonctions que nous avons à remplir dans le monde. Chacun a son rôle marqué d'avance, et qu'il reçoit de la nature. Les uns se trouvent ainsi chefs d'armée, magistrats, orateurs. De là résultent pour eux ce que nous appellerions des devoirs professionnels. Parmi ces différents rôles, Épictèto* n'a garde d'oublier celui du philosophe. On le croit inutile? Mais lequel rend le plus de services au public, du cordonnier, de l'armurier, dont le métier est si borné, ou de celui qui, par ses leçons et ses exemples, prépare â la patrie de bons et fidèles citoyens?

11 semble que les rapports qui constituent nos devoirs devraient être connus naturellement de tous les hommes. Et tous, à vrai dire, en jugent de même; ou s'ils diffèrent parfois d'opinion, c'est que l'intérêt parle en eux. — Un esclave vous casse une coupe, à laquelle vous teniez : et tout le monde de vous dire, en forme de consolation : Pourquoi vous mettre en colère? Ces choses arrivent tous les jours; une coupe est cassable de sa nature. — Votre fils meurt : n'étail-il pas mortel? Et c'est ce que vous diles vous-même à quelque autre en pareille occasion*. Elevez votre esprit au-dessus de

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