Manuel, XXX
2. On raconte que Xénophon. apprenant, au milieu d'un sncrifice, que son fils Crylius rroail d'éU'e lue A la bataille do Hantinéc, répondit, sans verser une
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l'accident qui vous frappe en particulier, et vous retrouverez aussitôt votre impartialité. Bien juger consiste donc à prononcer un jugement auquel tout le monde peut se ranger et se range en effet. Hais, dans ce jugement tiniver^el, ne semble-l-il pas que c'est la raison même qui prononce, la raison toujours conforme à la nature des clioses? Si hien {{UQ suivre la nature^ c'est en môme temps mivre la raison^,
Ëpictète insiste ; on reconnaît, dit-il, les choses que la nature veut à ce signe : elles réunissent tous les avis. Il semble qu'elles aient un caractère fixtî, immuable, qui force l'assentiment de cbacun. Néanmoins l'opposition d'un seul suffit quelquefois pour nous laisser dans le doute. Par exemple, les hommes s'imaginent généralement que la mort est redoutable. Socrate ne l'a pas cru pourtant. I.a inorl n'aurait-elle point fait sur lui la même impression (jue anv les autres? Celte impression tiendrait donc unicjUiMnent à la façon dont ceux-ci se représentent la mort, et non pas à la mort elle-même* Socrate seul se Test représentée loinine il convient. C'est ainsi qu'un homme a quciqnclois raison contre tous, sans doute parce que la raison a })arlé par sa boucher Socrate, qui en est le représentant véritable, est aussi proposé par Kpictète à tous connue un modèle. Avant d'agir, dit-il, demandez-vous toujours ce que Socrate ferait à votre place? Suivre Socrate, en elfel, c'esl suivre eu toutes choses le parti de la raison*.
3. Rérorme de nos déMim. — Ces considérations ne tendent qu'à réformer les jugements des hommes. Mais Kpictète n'ignore pas que, tant que la réforme n'est point passée dans les mœurs et dans le caractère, rien n'est fait encore. Et c'est là le plus difiicile. Quehiu'un sait à merveille com-
lanno: • Je savaiê bien que mon fils était mortel. • Et il remit sa eouronne sur la tétc pour conlinucr lo sacrilioe. Mais, malgré cet eflort de résignation, sa doiilour fut prufuude. et dura tout le reste de sa vie. — Ajoutons que le inêine mot a été attribué tintôt à Solon, tantôt à Anaxagore. Voila doue autant de Stoïciens avant le stoïcisme.
1. Miinuel, XXVI et V. — Ce niti ium fait pen<cr à celui que plus tard proposera K.'int : « Agis toujours d' ,. a.iièro que la maxime d« ion acUon puisa* étic piise pour règle universelle. •
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menton démontre qu'il ne faut pas mentir; et tous les jours il ment. 11 est capable d'expliquer Chrysippe d*un bout à lautre, mais sans rien faire de ce que commande Chrysippe Et il ose après cela se dire philosophe! C'est en donnant du lait et de la laine que les brebis font voir qu'elles ont bien mangé, et non pas en rendant Therbe à peine avalée. Sachons de même digérer les maximes des sages, et que tout prouve dans notre conduite que nous en avons su faire notre profit*.
Il faut pour cela que nous devenions maîtres de nos désiré et de nos aversions, comm* de nos jugements. Et la chose est possible, en effet. Épiclète soumet à la volonté les mouvements de la sensibilité, non moins que la façon dont on se représente les objets. Et il faut bien que toutes ces choses dépendent de Thommc : autrement il ne serait pas rarbiti*e de son bonheur.
Nous avons d abord une vive aversion pour des maux apparents qui nous viendraient des choses. Mais chaque chose a, pour ainsi dire, deux anses, Tune par laquelle on peut toujours la prendre, sinon par l'autre : à nous de bien choisir*. Il n'est rien, dit Épirtéte, que le sajje ne supporte et dont il ne tire même avantage'. Son aversion change simplement d'objet : des maux apparents elle passe aux maux réels, c'est-à-dire aux choses ^ contraires à la nature et qui dépendent de nous, comme sont tous les vices.
11 ne s'avise pas de désirer non plus ce qui ne dépend que de la fortune. Pour y devenir indifférent, il se représente ce qui peut toujours s'y mêler de fâcheux. — Vous allez aux bains publics : mais on éclabousse les baigneurs, on leur cause mille ennuis, on vole leurs vêtements. Attendez-vous à toutes ces choses; et, si elles vous arrivent, vous n'en serez point surpris •. — Vous avez chez vous des provisions d'huile et de vin : on peut vous les prendre, songez-y;