Manuel, VU
A. Manuel, XV. — Épictéle lui-même ne se maria pas. Lucien raconte {Dé* monax, 55) qu'Épiclète, en)(ageant DémoAax à se marier parce que le mariage convient à un philosophe, Dcmonax répondit: «Eh bien, donne-moi une de les filles. » — A propos de celle guerre sans merci que le stoUismc fait non seulement à nos désirs, mais è nus penchants les plus naturels, on songe à cette protestaUon de la Fontaine dans \e Philosophe Scythe *
.... Ce Scythe exprime bien
Un indiscret Stoïcien.
Celui-ci retranche de l'âme Dôsirs et passions, le bon et le nianvMl.s
Jusqu'aux plus innocents souhnils.
Contre de telles gens, quant à moi, je ri^rlame; Ils ôtent A nos âmes le principal ressort ; Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort
Et Vauvenargues dira : « La morale austère anéantit la vip^uour de l'esprit, comme les enfants d'Esculape détruisent le corps pour détruire un vice du ung souvent imaginaire. « {R^fl. et max», 166.)
contre tout le reste. Abstiens-toi et supporte, àT^l/o^ xaX ivé'/oo, telle est sa devise*.
Les raisonnements que le sage ne cesse de se faire peuvent produire cet effet. En outre, Thàbitude de raisonner sa comluite fait de lui un homme toujours le'môme, toujours égal dans ses pensées et ses actions. Une parfaite unité règne en toute sa vie. C'est le propre d'un enfant de vouloir êlre tantôt général, tantôt orateur, ou poètç : il prendra vingt rôles en un jour, parce qu'il ne suit que le désir du moment. Mais un homme raisonnable n'entreprend rien qu'après avoir tout compté et calculé; dès lors sa résolution est ferme et immuable : il marche au but d'un pas sûr ; aucune surprise pour lui sur la route; n'a-t-il pas tout prévu, et les accidents fâcheux plus que le reste? En lui se trouvera donc la vertu proprement stoïcienne, la constance*.
Seul aussi le sage est vraiment libre, et garde son indépendance. Si vous désirez quelque chose qui dépend d'un autre homme, vous voilà l'esclave de cet homme; il tient dans ses mains votre bonheur. Le sage n'attend rien de personne. Si je fréquente les grands, je suis forcé de les ménager, de les flatter même; je dépends d'eux et non plus de moi seul. Ueste plutôt chez toi, dit Épictète, tu y gagneras au moins une chose : de ne pas louer qui tu ne veux pas, 3t de n'essuyer les insolences de personne '.
Cette fierté, cependant, ne doit rien avoir de farouche. Un visage renfrogné éloigne tout le monde, et l'on s'en moque. Point d'ostentation non plus, ni d'étalage de vertu. Vous ne buvez que de l'eau : c'est bien. Mais n'allez pas le crier partout*. Dans les réunions, parlez peu, jamais pour dire des sentences, comme si vous faisiez la leçon aux autres. Jamais de discours frivoles non plus, ni de plaisanteries pour faire rire. Surtout point de propos obscènes, et si l'on en tient devant vous, n'ayez pas honte de rougir et de témoigner par votre silence que la conversation vous