Nov. Org., liv. I. nj.li KU, l II. p
5. Inst. à!ag., t. I, p. 2-J-3 : • pur rcjoctiuncs et exclusioncs débitas. »
sont qif.ipparpiites, qu'on les exclue et les rejette, apivs avoir reconnu que le lien qui les unit au phénomène n'(''.l;ul qu*acciclentel. Ce qui restera finalement, après qu'on aura éliminé tout ce qui peut l'être, sera la cause cherchée. L'esprit n'arrive à elle qu'en dernier lieu, lorsqu'il a examiné tout ce qui n'était pas elle; et la seule garantie qu'il a de se trouver en présence de la vraie cause, c'est qu'elle ne s'est pas laissé exclure et rejeter comme toutes les autres. Ba<:on rappelle que Platon avait déjà essayé la môme méthode, pour définir ses idées : il examinait d'abord ce qu'une chose n'était pas et qu'elle semblait être, pour arriver peu à peu à ce qu'elle était réellement. Mais, avant Platon, Socrate n'avait il pas donné l'exemple? Arislole lui attribue comme son invention propre, la définition générale et l'induction. .Seulement, Socrate, suivant Bacon, n'avait pas rendu service à la science, en la détournant de la contemplation de l'univers*. Or c'est la physiijiiequi préoccupe Bacon, non moins que la science de l'homme; et il voulait y transporter, en le réglant, un procédé, dont, après Socrate, on ne s'était guère servi que pour établir une science toute de mots, à l'aide de notions hâtivement construites et vides. Ainsi l'on avait fait de la philosophie naturelle ou de la science la vassale de la logique '.
s. Les trois tables. — Bacon donne ensuite des règles pour rendre exacte et précise la nouvelle induction. On doit, dit-il, dresser trois listes des phénomènes qu'on examine, ou comme il les appelle, trois tables : une table d'existence ou de prénenccy c'est-à-dire la table de tous les faits où se manifeste la propriété qu'on étudie, en des matières d'ailleurs aussi différentes qu'on voudra; une tal)le iVabsence dans les
1. « Neque runus mihi in animo est, quod de SooratL' (licluin fiai, Vhiluso^ phiam devocare de cselo, ut tantummudo V'Tsurelur in terris, hoc ost plnsicam s(>p'ni, ai raoralin philosophi.i et politica celehrarului sula. » (Ite Anij. liv. 1, 8 48: édit. Bouillet, 1. 1. p. 75-74.)
% Bacon reproche sans cesse à Aristotfl d'avoir i'nit do la pliiliisophii'fc'* ■^U à-dirc de la science de la nature), une li)^iquo s>-uleiiu>.it : « Su- siui> [)liil(i<ophi» immiscuit PJalo theoluô'i^iiM, Ari^^totelus lugic-iin. ^ccuii'ia ^rclioli l>l:ili-nis(Proclus scilicet et reliiiui) inullitMualicas. » {UeXmj. se, li\. I, § H. Ni/-. Ory., liv. I, UC.)
tes PHILOSOPHES MODERNES.
plui proche*, c*est-à-dire la table de tous les cas où des faits analogues ne manifestent pas la même propriété ; ce sont autant de faits négatifs, à opposer aux faits positifs de la première table ; — enAn une table des degrés ou comparative, dans laquelle sont notés tous les cas où la propriété est en plus ou en moins'. — De nos jours, Stuart llill, dans sa Logique f a recommandé les mêmes' procédés, avec l'autorité que lui donnaient Texemple et la pratique de tant de savants depuis bientôt trois siècles de découvertes. Il se sert d^autres termes : méthode d'accord ou de concordance^ — méthode de différence^ — méthode des variations concomitantes, auxquelles il ajoute une quatrième méthoder dont Bacon ne parle point, peut-être parce que c*étnit pour lui rinductioii plie même : méthode des résidus. Après toutes les exclusions et réjections possibles, la cause n*est-clle pas, en effet, nécessairement ce qui reste?
Voilà ce que Bacon nous a laissé de plus complet, dans le De dignitate et augmentis scientiamm et le Piovum Organum. Outre ces deux premières parties, Ylnstauraiio magna devait en contenir quatre autres. Nous n*avons que les titres et une ébauche. Mais, c dans la voie où il était engagé, au point où les sciences en étaient encore, il ne pouvait ajouter boaucoup à la philosophie telle qu*il nous la laissée, ni nous en apprendre beaucoup plus qu*il ne nous en a dit', j»
§ IV. — CONCLUSIOIt
t. Les procédés. — Examinons d*abord la partie technique de l'œuvre de Bacon. Doit-on, comme il le dit, procéder, dans la recherche des causes, seulement par des exclusions et des réjections? Le savant, au contraire, n'imagine-t-il pas tout d*abord une cause qu'il croit la vraie, et, avec elle, une expérience pour la vérifier? La part d*inven-
1. Nov. Org., liv. II, aph. It-i5, t H, p. 01 %, Ch. de Réroutat, Bacon, etc., p. 1CJ-7.
tion personnelle et d originalité serait ainsi plus grande chez lui que ne le pensait Bacon. Car enfin la cause imaginée, et qui se trouve être la cause réelle, n*est pas toujours, tant s*en faut, celle qui frappe le plus les yeux; elle est masquée dordinaire par des causes apparentes. Il faut donc la deviner, l'inventer presque, avant de la découvrir. Quant à rexpérimentation qui la vérifie ensuite, elle est aussi Tœuvre propre du savant, et non pas un phénomène ordinaire que chacun pouvait observer dans la nature. Si les progrès des sciences physiques en ces derniers siècles sont dus à une révolution dans la méthode, ce n*est pas à Bacon que plus tard Kant en rapporleriionneur, mais à Galilée ^ Et plus tard encore, Stuart Mill, sans reconnaître, comme le faisait Kant, la part si grande qui revient à Tactivité de Fesprit dans la découverte d'une loi naturelle, déclarait du moins insuffisante la méthode de simple exclusion et réjection; car rien ne prouve que ce qui reste ensuite est réellement la cause, toute la cause et la seule cause. On ne saurait en être certain que si. par elle, on a réussi à reproduire artificiellement le phénomène qu*on étudie, en un mot, si non content à^observer, on a expérimenté.
Quant à Tinduction ordinaire, par simple énumération, que Bacon avait condamnée comme d*aucun usage dans les sciences, Stuart Mill avoue qu'en effet, pour établir une loi, un seul fait bien expérimenté suffit, sans qu'on ait besoin d'en énumérer un grand nombre. Hais c*est parce que nous sommes convaincus que les phénomènes dans la nature se trouvent soumis à des lois, ou bien ont des causes.
1. Kant écrivait ceci en 1787 dans la préface de sa seconde édition de la Critique de la Raison pure (trad. Barui, 1. 1, p. 21). En 1760, Hume, philosophe et historien, sacriQait réf^oiumcnt Bacon, son compatriote, à Galilée: « Considéré comme philosophe, il est lort inrérieur à Galilée son contemporain, et peut-être même à Kepler. Bacon a montré de loin la route de la vraie phiiosopbie ; Galilée l'a non seulement montrée, mais y a marché lui-même à grands pas. L'Anglais n'avait aucune connaissance de la géométrie: le Florentin a ressuscité cette science, y excellait, et passe pour le premier qui l'ait appliquée, avec les expériences, à la philosophie naturelle. Le premier a rejeté fort dédaigneusement le système de Copernic; l'autre Ta fortifié de nouvelles preuves, empruntées de la raison et des sens... » (David Hume, iliit, de ta maiton de Sluart, appendice au régne de Jacques 1").
et cette croyance à la causalité universelle serait, selon lui, un résultat de Tinduction par énumération, ou, si l'on peut dire, accumulation d'exemples à rinfmi. L*induction ordinaire reprendrait donc sa valeur dans ce cas unique '. Hais d autres philosophes font dériver, au contraire, la loi de causalité universelle de Tesprit lui-même et comme d'une nécessité de la pensée. A vrai dire, c'est là un problème que Bacon ne se posait même pas. Tout entier à l'observation des phénomènes et à l'expérience, il ne s'est pas demandé si elle suppose ou non certaine croyance ou certaine règle supérieure, venue soit de l'esprit même, soit d'une expérience antérieure et très générale. Cette question va préoccuper après lui Locke^ Leibniz, Kant, et tous les philosophes contemporains.
t. La méthode en elle-mAnie. — Examinons maintenant la réforme mênie de Bacon. Les philosophes anglais qui lui succédèrent parlèrent peu de lui. Ce n'est point par Hobbes, ni par Locke, mais par des esprits tout différents que lui fui rendu l'hommage qu'il méritait.
Descartes écrivait en 1651 au P. Mersenne : « Vous désirez savoir un moyen de faire des expériences utiles. A cela je nai rien à dire après ce que Verulam en a écrit. » Et Descartes lui-môme fit toute sa vie des expériences, et nombreuses et diverses. Mais elles ne servaient, pensait-il, qu'à établir comment un fait se produit, à dissiper toutes les apparences trompeuses, à le montrer enfin tel qu'il est réellement. Alors on tentait de l'expliquer. Le travail scientifique comprend ainsi deux parties : découvrir d'abord ce qui existe, puis en donner les raisons. Bacon aurait vu à merveille les difficultés de la première partie, et indiqué quelques moyens de les résoudre. Descartes s'occupait sur tout de la seconde. « Pour ce qu'a écrit Galilée touchant la balance et le levier, écrivait-il encore, il explique véritablement fort bien quod ita sit, et non pas cur ita ùt, comme je fais par mon principe', u
1. Système de Ionique inditctiie et déductive, trad. Louis Peisse, liv. 111, c. III, § 2, t. I, p. 55i-3, et c. ixi, l. 11. p. 9i-1 17. 1 Uctcarte», éd. Cuikiiii, t. Viil, p. lu, cl t. VI, p. 182.
Or les malhémaliques soûles peuvent nous donner les raisons des phénomènes naturels, en démontrant leur nécessité. L*esprit est satisfait alors : il comprend, au lieu d*étre forcé d admettre, sur la foi de l'expérience, des choses réelles et indubitables, mais dont les causes intelligibles lui échappent. L'expérience fournit les matériaux ou la matière des difl'érentes sciences : elle reçoit des mathématiques sa forme. « On doit prendre, disait Descartes, pour mon objet formel (afin d'user des termes des philosophes) les grandeurs, les figures, la situation et le mouvement; et les choses physiques que j'explique, pour mon objet matérielK » El encore : « Pour la physique, je croirais 7i*y rien savoir t si je ne savais démontrer que les choses ne peuvent être autrement; car, l'ayant réduite aux lois des mathématiques, cela est possible*. »
Comme Descartes, Leibniz n'admet de science véritable et complète que celle qui donne des effets naturels une démonstration analogue a colles de la géométrie. L'esprit peut se lier à lui-même et à ses idées claires et distinctes, au moins autant qu'à l'observation de la nature, a Lord Bacon, dit-il, a commencé à mettre l'art d'expérimenter en préceptes, et le chevalier Boyle a eu un grand talent pour le pratiquer.... Mais M. Boyle s'arrête un peu trop à ne tirer d'une infinité de belles expériences d'autre conclusion que celle quil pourrait prendre pour principe, que tout se fait mécaniquement daiis la nature; principe qu'on peut rendre certain par la seule raison, et jamais par les expériences, quelque nombre qu'on en fasse'. » Le savant IloUandais Ouygens, d'acîcord en cela avec Descartes et Leibniz, avait nettement indiqué le défaut de Bacon : a // 7i entendait point les mathématiques, dit-il, et manquait de pénétration pour les choses de physique, n'ayant {)as pu concevoir seulement la possibilité du mouvement de la Terre, dont il se moque comme d'une chose absurde*. » Tandis que Descartes et