Leibniz, Nouveaux En^ai», liv. IV. c. xii, S
4» Cité par Cousiu, Fragment* dt Phitoauyhie., t. Il, p. 160. — U e'&V Nt:a\
Leibniz verront dans les mathématiques la science parfaite que toutes les autres devraient prendre pour modèle, Bacon la relègue au dernier rang, comme une science simplement auxiliaire; il appelle en particulier Talgèbre a une arithmétique pythagoricienne et mystérieuse, et une aberration de la théorie ».
On dira peut-être que Newton, tout en resirnt lidèle à la méthode baconienne, n*a pas laissé d'être grand géomètre même en physique. Mais on voit encore dans Newton la différence, pour le point de départ, entre Bacon et Descartes. Fontenelle Ta montrée à merveille : Descartes, dit-il, <( a voulu se placer à la source de tout, se rendre maître des premiers principes par (piehiues idées claires et fondamentales, pour n'avoir plus qu'à descendre aux phénomènes de la nature comme à des conséquences nécessaires. L'autre, plus timide ou plus modeste, a commencé sa marche par s'appuyer sur les phénomènes pour remonter aux principes inconnus, résolu de les admettre, quels que les pût donner l'enchaînement des conséquences. L'un part de ce qu'il entend nettement pour trouver la cause de ce qu'il voit; l'autre part de ce qu'il voit, pour en trouver la cause, soit claire, soit obscure. Les principes évidents de l'un ne le conduisent pas toujours aux phénomènes tels qu'ils sont; les phénomènes ne conduisent pas toujours l'autre ù des principes assez évidents ^ »
Ce sont donc bien deux méthodes inverses : Tune qui procède du raisonnement, et l'autre de l'expérience. Mais elles peuvent aussi aller au-devant l'une de l'autre et se rencontrer à mi-chemin.
Avouons cependant que cette rencontre n'a pas toujours paru utile ni désirable. Au dix-huitième siècle, qui fut le siècle des sciences expérimentales, on se contenta souvent
que Racon dit quelque part : c Mathcinatica pliilosnphiam naturalcm tcrmi' narc, non gencrare aut procrcare dchet. ■ [Sov. Org., liv. 1, aph. 96, édil. Bouilict, t. n, p. 58.)
1. Éloges de Fontenello, Sewlon (éd. BouiUier. p. 228-9). Newton arrivait, comme à des conséquences de ses observations et de ses remarques, lu vide et à la gravitation, que rejetait tout cartésien, regardant le vide comme une absurdité, et la çravilatiuu comme uue q alité occulte.
de vérités que Texpérience seule avait établies, et on ne songcail pas à en donner une explication mathématique. C'était revenir à la tradition de Bacon toute pure. Diderot écrivait à ce sujet, dans un ouvrage dont le titre même est emprunté à Bacon, De V interprétation de la nature : « Nous touchons au moment d'une grande révolulion dans les sciences. Au penchant que les esprits me paraissent avoir à Vhistoire de la nature et à la physique expérimentale , j'oserais presque assurer qu'avant qu'il soit cent ans, on ne comptera pas trois grands géomètres eu Europe. » 11 parlait au nom des chimistes, des physiciens, des naturalistes, et de tous ceux qui se livrent à lart expérimeulaP. Enfin, l'année 1750, d'Alembcrt et Diderot inscrivent le nom de Bacon au frontispice de leur Encyclopédie, et d'Alembert appelle Bacon a le plus grand, le plus universel et le plus éloquent des philosophes ». Ajoutons que les mathématiques devaient, avant la fin de. cç siècle et encore plus dans le nôtre, prendre une éclatante revanche, et que les idées qui dominent de plus en plus d^ns les sciences sont celles de Descaries, non celles de Bacon. La méthode baconienne ne fait que préparer des matériaux bons à être mis en œuvre, et que dispo^ra dans un ordre plus conforme aux exigences de la pensée, une autre méthode, celle de Descartes, qui complète ainsi Bacon. Ce qui subsiste de VInstauratio magna, c'est donc une direction générale, une tendance, fort légitime assurément, pourvu qu'elle ne soit pas exclusive, a Après m'èlre résigné, disait Bacon, à la moindre des fonctions, celle de sonner la cloche pour éveiller les autres, c'est bien le moins que je désire faire entendre celle cloche le plus loin possible. » Soit : mais à condition qu'elle ne nous empoche pas d'entendre les sons d'une autre.
1. Diderot, CEuvres^ éd. A&»ozat, t. H, i». lU ai 11, apli. m ut if.