CHAPITRE VllI
I. Sa vte et 86$ ouvrages. — 1. Ses études. — 2. Ses voyages. — 5. Seconde partie de sa ^-ie. — 4. Ses ouvrages.
II. Maximes de morale. — l" maxime. — ?• maxime. — 3' maxime. — 4* maxime.
ni. Règles de logique, — 1. Leur caractère généraF. — 2. Intuition. —
5. Déduction. — 4. Mathématique universelle. — 5. Méthode. IV. Métaphysique, — 1. Doute méthodique. — 2. Je pettse, donc je suis.
— 3. Preuves de Dieu par ses effets ; — 4. par sa nature. — 5. De l'erreur. — 6. Liberté divine. — 7. Liberté humaine.
y. Physique. — 1 . La matière et ses lois. — 2. Formation du monde.
— r*. La vie. — 4. La pensée.
Yl. Conclusion, — 1. Métaphysique. — 2. Physique. — 3. Leurs rapports.
5 I. — SA VIE ET SES OUVRAGES
f . Ses études. — René Descartes naquit le 31 mars 1596 à la Haye, en Touraine. Son père était bon gentilhomme.
1. Lire VBiitoire de la philosophie cartésienne ^ de Francisque Bouilller (Paris, 1868, 3* édit., in-12); les Uaitres de la pensée moderne^ de Paul Janet (Paris, 1883); puis, en particulier, l'Etat sur la méthode de Oescarlês, de T.-V. Charpentier (Paris. 1869), et le Descarte*, de Louis Liard (Paris, 1882). — En 1691, Adrien Baillet puhha une Vie de M, Descartes (2 toI. in-4*); et, en 1692, un Abrégé de cette vie (1 \oI. in- 12). On 'en a extrait ici de nombi-eux passages. Consulter aussi Descartes, sa vie, ses travaux et ses découvertes avant et après 1G37, de J. Millet (Paris, 1867 et 1870). —Outre les vieilles édi-
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quoique de petite , noblesse, et deyint conseiller au parlement de Rennes. Sa mère mourut peu de jours après l'avoir mis au monde. Il était faible de constitution dans son enfance. Aussi voulut-on s*assurer de sa santé» avant de rien entre^ prendre sur son esprit. Mais il montra de bonne heure une curiosité insatiable pour demander les causes et les effets de tout ce qui lui passait par les sens, et son père ne rappelait que le petit philosophe. A huit ans, il le mit au collège de la Flèche, où Henri IV venait d'installer les Jésuites (1604). Descartes y fit d*abord ses humanités en cinq ans et demi. Puis, Thivcr de 1609-1610, il étudia la logique, et, pendant le second semestre. In morale; Tannée suivante, la physique et la métaphysique; enfm. la dernière année, en 1611-1612, les mathématiques. A Tâge de seize ans et quelques mois, ses études étaient terminées. Outre ce qu'on enseignait au collège, il avait obtenu la liberté de lire beaucoup de livres, et nous savons d'autre part que le roi avait établi à la Flèche des professeurs de jurisprudence, de médecine, d'anutomie et de chirurgie. Descartes méditait volontiers, et le P. Charlet, recteur, qui était son parent, lui permit, en raison de ce goût pour la méditation et aussi de sa santé, de rester au lit chaque matin plus longtemps que ses condisciples; Descartes garda toute sa vie cette habitude de travailler le matin, avant le lever.
Lui-môme, faisant plus tard un retour sur ses études, n'en parait que médiocrement satisfait. 11 avait un extrême désir d'apprendre, dit-il au commencement de son Discours de la Méthode, parce qu ou lui persuadait qu'on pouvait de la sorte acquérir a une connaissance claire et assurée de tout ce qui est utile à la vie d. Et voilà qu'on lui enseigne les langues des anciens, leurs histoires et leurs fables, toutes choses qui laissent un homme fort ignorant de ce qui se pratique en son siècle; l'éloquence et la poésie, qui lui semblaient des dons de l'esprit plutôt que des fruits de l'étude; la logique, où parmi beaucoup de préceptes très vrais et
lions de Descartes, nous n'avons que rédiUon de V. Cousin en 11 volumes (Paris, lK2i-1826), et, pour les œuvi'es philosophiques, cell« d'Adolphe Garuier en 4 volumes (rarii>, 1835).
très bonb, il y en a tant d*autres mêlés, qui sont nuisibles ou superflus; la morale, où Ton élève fort haut les vertus, mais sans les faire assez connaître; la philosophie, qui donne seulement, le moyen de parler de toutes choses avec vraisemblance et de se faire admirer des moins savants. Quant aux autres sciences, comme elles empruntent leurs principes de la philosophie, il jugea qu*elles ne pouvaient avoir rien bâli qui fût solide sur des fondements si peu fermes. Seules les matliématiques lui plurent, à cause de la certitude et de Tévidence de leurs raisons, et il s*étonnait qu on n*eût point songé à en faire la base inébranlable de tout le reste. 11 devait, en attendant, leur donner une portée toute nouvelle et presque infinie, par une invention dont Tidée lui était venue dès le collège.
Descartes jugeait donc peu utiles et incertaines la plupart des choses qu'il avait apprises de ses maîtres. II lui manquait surtout Texpérience, qui ne s'acquiert qu'en étudiant, comme il dit, dans le grand livre du monde. 11 obtint de son père la permission de voyager, et, après un hiver passé à Rennes dans sa famille à monter à cheval et à faire des armeë, il partit pour Paris, au printemps de 1613.
t. Ses wajugem, — Descartes se laissa d abord entraîner aux divertissements de son âge. Il aimait le jeu, surtout celui qui exige beaucoup de calcul. Mais il eut le bonheur de rencontrer bientôt M. Mydorge, qui avait la réputation d'élre le premier mathématicien de France, et le P. Mersenne, un de ses condisciples à la Flèche ; son naturel sérieux aidant, il se détacha sans peine des compagnies un peu frivoles. II tomba même dans un autre excès, s'enfermant dans une retraite véritable, pour travailler, et ne voyant plus personne. Les mathématiques, auxquelles seules il avait trouvé quelque solidité, le passionnaient de plus en plus.
Cependant l'âge arrivait pour lui de choisir une carrière. La guerre civile qui durait depuis la mort de Henri iV Tempècliu sans doute de prendre du service en France. Il alla donc en Hollande, à l'exemple de plusieurs gentilshommes français, servir sous Maurice de Nassau. Descartes demeura de 1617 à 1619 â Brida, s'occupant toujoiurs de mathématiques.
Ouant au métier des armes, en ce temps-là, il le jugeait sévèrement : u J'ai bien de la peine, disait-il» à lui donner place entre les professions honorables, voyant que Toisivetê et le libertinage sont les deux principaux motifs qui y portent aujourd'hui la plupart des hommes. » En 1618, il écrivit un peliiirnitéde la mmique, « broché tumultuairement dans un corps de garde ». Mais, comme les hostilités étaient suspendues on Hollande, depuis la trêve de 1609, et que diîs querelles religieuses agitaient le pays, comme d'autre part la guerre se préparait en Allemagne, Descartes y voulut aller.
Il partit donc en juillet 1619, passa par Francfort, pour assister au couronnement de Tempereur Ferdinand H, puis s'arrêta l'hiver dans un endroit retiré du Palatinat. Ce fut là que, le 10 novembre 1619. il trouva les règles de sa métbode, après une grande contention d'esprit, et dans un transport d'enthousiasme, qu'il prit pour une inspiration divine; aussi fit-il le vœu d'aller en pèlerinage à Notre-Dame de Lorelle. L'hiver n'était pas encore achevé, qu'il se remit à voyager.
On le retrouve à Ulm (juillet 1620), puis à la bataille de la Montagne-Blanche, près de Prague (nov. IG'iO), dans l'armée du duc de Bavière, contre l'électeur palatin. En mars iG'ii, il reprit encore le mousquet, dans l'armée du comte de Bucquoy qui devait agir en Hongrie contre Betlen Gabor. Mais le comte vint à mourir, et Descartes quitta le métier des armes. Il n'avait considéré ses campagnes que comme de simples voyages, et « ne se servait de la bandoulière que comme d'un passeport qui lui donnait accès jusqu'au fond des tentes et des tranchées, pour mieux satisfaire sa curiosité ». Jamais il n'avait voulu être enseigne ni lieutenant.
Redevenu libre, il passa en Moravie, en Silésie, puis dans la Poméranie, le Brandebourg, le Mecklembourg, le Holslein, et vint s'embarquer sans doute à Glucksladt pour la Hollande. Il s'arrêta l'hiver de 1621-10^22 à la Haye, oiise trouvaient les trois cours des États-Généraux, du prince d'Orange et de la reine de Bohème, chassée de ses Étals depuis la bataille de Prague. Ensuite Descartes se rendit à Bruxelles, et rentra (^n
17S pniLOsoniEs hoderkes.
France. II s'en fut droite Rennes, chez sort père, qu'il n'avait point vu dopais neuf ans (1615-16:22).
Mais le peu d'occupation qu'il trouvait dans la maison paternelle lui fit bientôt naître le désir de faire un tour à Paris, pour y revoir ses amis, et pour y apprendre les nouvelles de l'État et de la littérature (fév. 1623). De son côté, comme il était mieux instruit qu'homme de France de l'origine et du progrès de tous les troubles d'Allemagne, il eut de quoi satisfaire la curiosité de ses amis. II ne resta guère à Paris cependant. Des affaires de famille l'obligèrent à revenir en Poitoui puis à aller en Italie, où l'un de ses parents, intendant de l'armée, venait de mourir. Il pnrtit pour ce nouveau voyage en septembre 1623, visita Bâle et Zurich, ne recherchant plus, comme il avait fait en Hollande et en Allemagne, les philosophes et les mathématiciens, mais curieux de voir en Suisse des eaux, des montagnes, l'air de chaque pays avec ses météores. Il traversa le Tyrol, puis il prit ses mesures pour arrivera Venise au temps des Rogations, et il vit, le jour de l'Ascension, la fameuse cérémonie des épousailles du doge avec la mer Adriatique (1624). De là il fit un pèlerinage à Lorette en accomplissement de son vœu, puis se dirigea vers Rome, pour assister à l'ouverture du jubilé de vingt-cinq ans, qui se fil la veille de Noël. Le concours prodigieux des peuples venus à cette occasion de tous les endroits de l'Europe catholique ne tarda guère à remplir cette ville. Ainsi Descartes trouva dans Rome un abrégé de toute rEurojje, et fut dispensé de faire d'autres voyages et d'aller au fond de la Sicile et de l'Espagne chercher les peuples qui lui restaient à voir. Il revint en France par Florence, le Piémont et la Savoie, et fit plusieurs observations météorologiques en passant dans les Alpes (1625)*.
Pendant trois ans et demi (1625-1629), il resta en France, surtout à Paris. « 11 avait le genre de vie le plus simple et le plus éloigné de la singularité et de l'affectation, avec un petit nombre de valets, sans train, vêtu d'un taffetas vert selon la mode du temps, ne portant le plumet et l'épée que