‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 144 sur 285 · IV. — MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

IV. — MÉTAPHYSIQUE

fl. Doate méthodiqoe. — Depuis longtemps Descartes songeait à se défaire de tout préjugé. « Dès la sortie du collège, nous dit Baillet, il s'èlait préparé à ce renoncement. Il en avait fait quehpies essais, premièrement durant sa retraite du faubourg Saint-Germain à Paris, et ensuite durant son séjour de Bréda. Avec toutes ses dispositions, il n'eut pas moins h souffrir que s'il eût été question de se dépouiller de lui-même. » 11 se remit à l'œuvre dans sa solitude du Pala-

1. La métaphysique de Descartes se trouve d'abord dans la 4* partie du J>iscours de la Méthode. Mais il n'était point satisfait de cette 4* partie : « Il est vrai, écrivait-il, que j'ai filé trop obscur en ce que j'ai écrit de Texisteiice de Dieu dans ce traité de la Mèlhudc Kt quoique ce &oit la pièce la plus importante, j'avoue que c'est la moins travaillée de tout l'ouvrage. Ce qui vioiit en purlic de ce que je ne me suis résolu de l'y joindre que sur la fln et I(>i>quc le libraire me pressait. Mais la principale cau«^e de son obscurité vient

d(' eu que je n'ai osé m'ctcndie sur les raisons des sceptiques dans un livre

où j'ai voulu que les femmes mêmes pussent entendre quelque chose. » (Cité p:ir liaillel, Vie de M. l)ef.cartcs, liv. IV\ c. ii, p. i8i-5.) — Il écrivit donc ^ix ilffii ationx, où les nw'-mes questions se retrouvent traitées en détail. On y fit des iibjei-lions, auxquelles Descurtes répondit. Le tout fut publié en l(j41. — Eniin, la jireinitrc jiarlie dos Principe), rcsunie ù la fuis les Médilaltons et les ré|)i>asti8 aux objoctiuns qui uvaicut été iaiies contre elles.

DESCÀRTES. i95

tinal, riiiverde 1619-1620, et cnil avoir réussi. Mais neuf années se passèrent encore à « déraciner de son esprit toutes les erreurs qui s*y étaient pu glisser auparavant ».

11 reprit donc les arguments des sceptiques, « non qu'il voulût imiter ces gens qui ne doutent que pour douter et affeclent d'être toujours irrésolus. » D'abord son doute ne porte que sur les choses scientifiques ou philosophiques, et non pas sur les règles de notre conduite ; Descartes s était assuré d'une morale par provision : a Je ne pouvais pas, ditil, rester irrésolu dans mes actions, pendant que la raison m'obligeait de l'être en mes jugements ». En outre, même eu matière de science, son doute n'est qu'un état transitoire, uu arlifice de méthode, qui doit le mener à la certitude : « Tout mon dessein, en doutant, ne tendait qu'à m'assurer, dit-il, et à rejeter la terre mouvante et le sable, pour trouver le roc ou l'argile*. »

Uésolu à rejeter non seulement les opinions entièrement fausses, mais même celles où il pourrait imaginer le moindre doute. Descartes, pour n'avoir pas à les passer toutes en revue, examine les principes sur lesquels toutes paraissent fondées. Voici donc sa première remarque : « Tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent pour le plus vrai et assuré, je l'ai appris desi sens ou par les sens; or j'ai quelquefois éprouvé que ces seus étaient trompeurs, et il est de la prudence» de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une lois trompés*. »

D'ailleurs, il nous arrive de voir et de toucher, en rêve, les mêmes choses que nous voyons et touchons, étant éveillés. Si l'illusion ressemble tellement à la réalité, ne peut-on dire, par contre, que la réalité n'est elle-même qu'une illusion? tt En m'aiTôtaiit sur cette pensée, dit Descartes, je vois qu'il n'y a point d'indices certains par où l'on puisse distinguer nettement la veille d'avec le sommeil'. »

De là, nous ne conclurons pas mal, ajoute-t-il, si nous disons que (( la physique, l'astronomie, la médecine et toutes

Page 1