Médit., 1, S
DESGARTES. 107
Contre quoi les pyrrhoniens opposent en un mot l'incertitude de notre origine, qui enferme celle de notre nature ; à quoi les dogmatistes sont encore à répondre depuis que le monde dure*. » Cependant Descartes reconnaîtra toujours que la clarté présente d'une notion est une marque de vérité; nous ne saurions en douter, dans le moment même où nous l'apercevons ainsi. Mais, lorsque nous ne faisons ensuite qée nous en souvenir, toute notre iiiceiftitude peut renaître. Pascal dira plus tard des preuves de Dieu métaphysiques : «( Quand cela servirait à quelques-uns, ce ne serait que pendant l'instant qu'ils voient cette démonstration, mais une heure après ils*craignent de s'être trompés*. »
t. t Je pense, done Je sais ». — Hais pendant que Descartes s'ingénie ainsi à douter de tout, plus il doute, plus il pense. 11 pense beaucoup pour douter, il pense encore en doutant; le doute est toujours une façon de penser. Donc je «f/i>, dit-il, moi qvi pense, et je suis un être pensant. C'est un fait indubitable, d'une clarté, d'une évidence qui produit une entière et parfaite certitude. Que le malin génie me trompe tant qu'il voudra : il ne saura jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose.
Saint Augustin avait dit déjà le même mot. Mais il s'en seil seulement, dit Descartes, « pour prouver la certitude de notre existence, au lieu que je m'en sers pour prouver que ce moi est immatériel'». Ce que Descartes affirme, en effet, c'est l'existence de l'être pensant. On peut douter de la matière et du corps, les sceptiques en sont la preuve. Mais comment douter de la pensée? Ceux mêmes qui affirment que tout n'est que matière, pensent pour dire cela : l'existence, la certitude de leur pensée devrait donc être pour eux antérieure à toute autre.
Ce qui importe ensuite est de savoir si notre pensée est vraie ou fausse de sa nature. Le doute est permis, tant qu'on est incertain si l'auteur de notre être est un mauvais
i. Pensées, éd. lïavet, l. I, p. 113.
«. Éd. Havet, 1. 1, p. 15i.
l. Ed. Garnier, t. IV, p. 310.
génie, rusé et trompeur» ou bien un Dieu parfait, source de toute vérité et de toute bonté.
Or» disait Descartes» a il n*y a que deux voies par lesquelles on puisse prouver qu'il y a un Dieu : i*une par ses effets» et Taulre par son essence ou sa nature raéme^ ».
3. Preaves de Diea par ses effets. — Toutefois les démonstrations tirées des effets n*ont de valeur que si ces effets sont évidents. Descartes considère donc notre propre existence, plutôt que celle du ciel et de la terre» de laquelle il n*est pas encore sûr. n C*est' un effet de Dieu de nous avoir créés, et c*en est un d*avoir mis en nous son idée. »
En disant Je pense^ donc je suix. Descartes affirmait à la fois notre existence et notre pensée. Mais, en premier lieu, parmi toutes les idées auxquelles nous pensons, il en est une qui remporte sur les autres, Tidée de Dieu. DVJi nous vient-elle? — Du néant? — Réponse absurde : car du néant rien ne peut venir. — Elle nous viendrait donc des choses?
— Mais celles-ci sont toutes imparfaites. Or l'idée de Dieu est celle d'un être parfait. Celte idée ne nous vient pas davantage de nous-mômes; car l'ignorance, le doute et l'erreur montrent assez notre imperfection. L'idée de Dieu ne nous vient que de Dieu, qui est, en effet, le seul être parfait et qui seul, par conséquent. Ta pu mettre en notre esprit comme son empreinte et sa marque. Donc l'être parfait ou Dieu existe, aussi vrai que nous pensons et que nous avons en nous son idée.
En second lieu, le fait que nom existons comme être pensants prouve aussi l'existence de Dieu. Car d'où nous serait venue noire existence? — De nous-mêmes? — Non certes ; car nous nous la serions donnée aussi parfaite que nous pouvons la concevoir, exempte du doute, de l'ignorance, de Terreur, qui sont des imperfections de la pensée.
— Nous viendrait-elle d'une autre existence, également imparfaite, et celle-ci d'une autre encore, et ainsi de suite h l'infini? — Descartes avoue que notre esprit, étant fini, ue saurait s'assurer si la succession des causes va ainsi à l'infini
i. Éd. Gamier, t II, p. 31
OU si elle a un commencement. Uais comme il trouve en lui ridée de Têtre parfait comme cause première, il ne saurait manquer de lui rapporter tous les effets de ce. monde, et en môme temps notre propre existence.
Cette seconde preuve de Descartes rappelle un principe d'Aristote, d'après lequel seule Texistence achevée, parfaite contient la raison des existences inférieures, qui sont comme arrêtées dans leur développement. L'Être parfait est le moteur suprême qui met tout en mouvement. Il est le seul être dont on ne doit point chercher la cause en dehors de lui, et dont on peut dire, en raison de son absolue perfection, qu'il est à lui-même sa cause.