‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 150 sur 285 · Dhc, de la Méth., V, § 2 et 3 (éd. Gainier, t. I, p · texte numérisé non relu

Dhc, de la Méth., V, § 2 et 3 (éd. Gainier, t. I, p

S. Descartes vn jusqu'à dire que si Dieu ôt»it tout ce qui est dans un vase dt façon qu'il fût vide, c les côtes de ce vase se trouveraient il çtocb»i^t^v\&

2<> Descartes suppose en outre certaines règles, qu'il appelle lois de la nature^ et qui sont, dit-il, les causes secondes des divei^ mouvements que nous remarquons en tous les corps. Ces lois sont telles, que « notre esprit ne pourrait concevoir aucun monde où elles ne fussent observées ». Elles sont donc évidentes, et Dieu lui-même en est Fauteur. Descartes les déduit effectivement « de cela que Dieu n'est point sujet à changement et qu'il agit toujours de même sorte », en d'autres termes, de l'immutabilité divine. Ainsi sa physique est rattachée à la métaphysique *.

t. Formatioo da moode. — Ces dcux choses admises» l'étendue et les lois du mouvement, tout le reste s'ensuit nécessairement, et Dieu n'a plus besoin d'intervenir. Qu'il laisse la matière se mouvoir, et peu à peu du chaos naîtra le monde tel qu'il est aujourd'hui : les cieux d'abord se formeront, puis la terre, les planètes et les comètes. Avec le soleil et les étoiles fixes, la lumière apparaîtra. Sur la terre, les montagnes, les mers, les fontaines et les rivières pourront naturellement se former, les métaux venir dans les raines, les plantes croître dans les campagnes, et généralement tous les corps s'engendrer*.

C'est ainsi que se produisent peu à peu toutes choses. Nul plan, d'ailleurs, nul dessein préconçu qui règle leur apparition successive. Descartes ne cherche pas les fins que Dieu s'est proposées en créant le monde ; notre entendement borné ne saurait prétendre à une telle connaissance. Ce qui importe, d'ailleurs, n'est-ce pas comment les choses se produisent? « Je montrai, dit-il, comment la plus grande partie de la matière devait en suite de ces lois se disposer et s'ar-

8P toiicheraient immédiatement. » {Princ, H, §16-20.) — Dans une lettre curieuse à Pascal, le chevalier de 11 éré rapporte, eu s'en moquant, cette opinion di> Descaries: ■ Ocscartes, que vous estimez tant, <lit-il, ne connaissait l'espace des lieux que par les corps qui les occupaient. (]ar il soutient que si l'ou ôtait tous les corps qui sont entre I^ris et Madrid, ces deux villes se toucheraient, dit-il, puisqu'il n'y aurait rien qui les sOnarât, et se toucheraient sans sVtre approchées, puisqu'elles seraient encore dans le ni^mc endroit. » (Cite par M. Nourrisson, l'aêcal phyticieii el philosophe, p. 204, Paris, i88i^)

l. Disc, de la Mélh., V, § 2 ; et Princ, II, § 36, 37, 38, etc. '

% IHsc. de la MiUi., V, fi 2, etc.

ranger d'une certaine façon.. ••; comment cependant quelques-unos de ses parties devaient composer une terre.... » Et quand il dit qu'il montre, entendons par là qu'il démontre véritablement les effets par les causes, comme en mathématiques les diverses propriétés par Tessence ou la nature même des figures. En 46r>8[, il écrivait « qu'il avait résolu de quitter la géométrie abstraite, pour avoir d'autant plus de loisir de cultiver une autre sorte de géométrie, qui se propose pour question l'explication des phénomènes de la nature. Qu'au reste on reconnaîtrait bientôt que toute sa physique n'était autre chose que géométrie*. » Et c'était une idée de longue date dans son esprit; car dès l'hiver de i619-!20, il s'occupait déjà « d'ajuster les secrets de la nature aux règles de la mathématique, à mesure qu'il faisait qu(^l((ue nouvelle découverte en physique* ».

3. La wie. — Dans les Principes de philosophie, il n'essayait d'expliquer que les corps inanimés. Cependant son intention était de parler un jour aussi des plantes et des animaux. A peine cet ouvrage terminé, il se remit. donc à faire des expériences d'anatomie, qu'il avait d'ailleure toujours pratiquées. On lui apportait de la boucherie toutes sortes d'animaux propres h la dissection. « Voilà ma bibliothèque, disait-il lui-même à un visiteur qui demandait à voir ses livres; voilà l'étude à laquelle je m'applique le plus maintenant*. » En même temps il cultivait dans son jardin des plantes, qui devaient aussi lui fournir les expériences nécessaires pour continuer sa physique.

Il ne pensait pas néanmoins qu'il y eût autre chose, dans les êtres vivants, que de la matière et du mouvement. Point d'àme sensitivo ni végétative, ('e ne sont que des machines, semblables à nos automates, mais incomparablement mieux ordonnées, et avec des mouvements plus admirables. Tne telle pensée n'était pas seulement la conséquence de sa défi-

1. Baillet. Vie de M. Descartes, liv. IV, c. x\i, p. 388. — Lettre au P. Merêenne, Mpt. 1658.

2. BaiUet, Vie de M. Descartes, liv. II. c. ii, p. 91 : «In otiis hihernis iinturae mysteria componens cum legibus in.-itiieseos, utriusque arcana eadem clavo res^rai'i po5SC, ausiis est sp»Mai-t>. » iillianut, in Kpil. Cart,)

i. &ultet« liv. VU, c. VII, t. II, p. 273.

nition des corps, lesquels ne seraient en eux-mêmes qu'étendue ou matière, sans rien qui ressemble à Fâme. Mais, « on la trouve déjà dans les ouvrages de sa jeunesse (1619). Et cinq ou six ans après, quand il fut de retour à Paris, il découvrit ce sentiment à quelques-uns de ses amis, et leur fit reconnaître qu'il ne pouvait s'imaginer que les botes fussent autre chose que des automates* ».

En 1645, il tenta de les expliquer ainsi dans les deux Traités de Vhomme et de îa formation du fœtus. Les causes finales, auxquelles, ce semble, on devrait recourir lorsqu'il s'agit des différents organes et de leurs fonctions, sont écartées plus que jamais. Descartes interrompt même tout à coup une explication par de simples mouvements, aveugles et nécessaires, pour faire cette réflexion : a Quelqu'un dira avec dédain qu'il est ridicule d'attribuer un phénomène aussi important que la formation de l'homme à de si petites causes. Mais quelles plus grandes causes faut-il donc que les lois éternelles de la nature? Veut-on l'intervention immédiate d'une intelligence? De quelle intelligence? De Dieu lui-même? Pourquoi donc naît-il des monstres? Veut-on y voir l'opération de cette sage déesse de la nature qui ne doit son origine qu'à la folie de l'esprit humain?' »

La machine qui compose le corps des bêles, et môme celui de l'homme, se meut par la chaleur du sang et de certaines particules matérielles, plus subtiles encore, répandues dans

1. Baillct, liv. I, c. xi, t. I, p. 51-2. Dans le premier volume des ïnédits^ publies par Koucher de Careil eu 1839, on Ht : « Kx animaliuin quibusdain actionibus valde fterfectis suspicamur ea liberum arbitriura non habere. • — La grande perfection qu'on remarque dans certaines actions des animanx nous fait soupçonner qu'il:» n'ont pas de libre arbitre.

2. Éd. Cousin, t. XI, p. 40i, Pensées sur la génération des animaux. Si l'on rejette l'authenticité de ces pensées, publiées seulement en 1701, voici un autre passage non moins curieux : « La multitude et l'ordre des nerfs, des veines, des os et des autres parties d'un animal, ne montre point que la nature n'est point suflisante pour les former, pourvu qu'on suppose que celte nature agit en tout suivant les lois exactes des niecaniques, et que c'est Dieu qui lui a imposé ces lois... En fais^ant nioi-môine lu dissection de divers animaux, je n'y ai trouvé aucune cbo^e dont je ne pense pouvoir expliquer en particulier la formation par les causes naturelles, tout do même que j'ai expliqué en mes nuHcorcs celle d'un grain de sel ou d'une petite étoile de ucige. » {Lettre au P, Mcrsenne^ 20 fcv. 1639; édil. Cousin, t. Vlll, uu-iOJ.)

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l(î cen'paii et los nerfs, et que Descartes appelle esjmts animaux. Quant à cette chaleur elle-même, a je ne la conçois* point, dit-il, d'autre nature que celle du feu qui échauffe le foin lorsqu*on Ta renfermé avant qu*il fût sec, ou qui fait bouillir les vins nouveaux lorsqu*on les laisse cuver sous la râpe* ». Le principal organe est donc le cœur. La circulation du sang venait d*étre découverte en 1628 par le médecin anglais Harvey. Descartes l'admit aussitôt, et peut-être eût-il fini par la découvrir lui-même avec ses expériences'.

Ainsi s'expliquent toutes les fonctions du corps qui s'accomplissent en nous, sans que nous y pensions, et, par con* séquent, sans que Tâme y contribue en rien, « la nature de l'âme n'étant que de penser ». Quant aux animaux, ce sont comme des horloges, où Ton ne trouve que des roues et des ressorts. Ils n'agissent jamais a par connaissance, mais par la seule disposition de leurs organes ». Et Descartes en donne deux preuves. L'une, « c'est qu'ils ne peuvent pas user de paroles, ni d'autres signes, en le» composant, c'est-à-dire en sachant les arranger diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en leur présence ». L'autre preuve, c'est que, même les animaux qui témoignent de l'Industrie, n'en témoignent qu'en quehjues-unc-s de leui's actions, toujoui*s les mêmes, et point du tout on beaucoup d'autres, (le qui prouve qu'ils n'ont pas de raison, la raison étant « un ■instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres ». Ils n'agissent donc que comme des automates bien remontés, si l'on peut dire, et que leur mécanisme ne rend capables que de certains mouvements*.

Telle est en résumé la physique cartésienne. Tout s'y fait mécaniquement, on le voit; tout, jusqu'à ces opérations de l'animal qu'on attribuerait plutôt à l'instinct, c'est-à-dire à

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