‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 158 sur 285 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

M A L E B R A N C H E * (lft38-1715.)

DE L*IMAGI NATION

I. Causes physiques des eiTeurs de Vimagination. — i. Méthode. — 2. Imaginer et sentir. — 3. Esprits animaux et traces du cei'veau. — 4. Mémoire et habitudes. — 5. Habitude et instinct.

II. Causes morales des erreurs de Vimagination. — 1. Le physique et le moral. — 2. Erreurs des personnes d'étude. — 3. Des érudits. — 4. De l'autorité en matière de science et de théologie. — 5. Des expériences.

m. Contagion des imaginations fortes. — i. De la sympathie. — 2. Des visionnaires. — 3. De l'imitation. — 4. Les auteurs. — 5. Les sorciei-s.

Malebranche (1658-1715) entra dans la congrégation de rOratoire à Paris en 1660. Après avoir essayé diverses études, il lut à 26 ans le Traité de Vhomme, de Descartes, qui venait de paraître. Ce fut assez pour lui révéler son génie philosophique. « 11 devint si rapidement philosophe, qu'au bout de dix années de cartésianisme, il avait composé le livre de la Recherche de la Vérité, • Le premier volume parut en 1674; le second, l'année suivante.

1. Il n'entrait pas dans le plan de ce livre d'exposer tout au long le système de Malebranche. On le trouvera dans un bel ouvrage de M. Ollé-Laprune, la Philosophie de Malebranche. Lire l'Éloge de Malebranche^ par Fontenelle, et aussi la Vie du R. P. Malebranche, par le P. André, qui vient d'étie publiée par le P. Ingold, de l'Oratoire (Poussiclgue, 18S6;.

MALEOnANCHE. 229

L'ouvrage entier comprend six livres. Dans les cinq premiers, Malebranche passe en revue les différentes erreurs auxquelles est exposé Tesprit humain. Dans le sixième, il indique la méthode pour arriver à la vérité dans les sciences.

Descartes avait distingué dans Tâme humaine deux facultés: V entendement et la volonté, La première renferme d abord Venlendemenl pur, puis les $ens et Vimagination^ qui ne sont que Tentendement apercevant les objets par les organes du corps. La seconde renferme les inclinations et les passions. De là cinq grandes classes d'erreurs que Malebranche étudie tour à tour. On ne s'occupera ici que des erreurs relatives à l'imagination.

Malebranche ne se contente pas d'une simple énumération de nos erreurs : il veut surtout les expliquer. Il recherchera donc successivement les causes physiques du dérèglement et des erreurs de l'imagination, puis les causes morales de ces erreurs, enfin il parlera de la communication contagieuse des imaginations fortes. Ce sont les trois parties du livre 11 de la Recherche.

I L - CAUSES PHYSIQUES DES ERREURS DE L'IMAGINATm.

i. I.a méthode. — La première partie est surtout physiologique. N'oublions pas que le Traité de V homme , de Descartes, qui avait fait sur Malebranche une si vive impression, est un ouvrage de physiologie. Et il l'avait lu a avec un tel transport, dit Fonlonelle, qu'il lui en prenait des battements de cœur qui l'obligeaient quelquefois d'interrompre sa lecture ». D'ailleurs Descartes avait divisé, pour ainsi dire, tout le domaine scientifique en trois parties, indiquant le principe qui doit nous diriger dans Tétude de chacune : « Il y a en nous certaines notions primitives, qui sont comme des originaux sur le patron desquels nous formons toutes nos autres connaissances. Ce sont, pour le corps en particuAer, la notion de l'extension, de laquelle suivent celles de la ligure et du mouvement; et pour Came uulCf celle de la pensée, en laquelle soûl eo\v\çv\'à^'è» X'ît's»

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perceptions de Tentendement et les inclinatioDS de la volonté; enfin, pour rame et le corps ensemble, celle de leur union, de laquelle dépend celle de la force qu*a Tâme de mouvoir le corps, et le corps d*agir sur Tâme en eau- ' sant ses sentiments et ses passions. » Et il ajoutait : a Toute la science des honimes ne consiste qu*à bien distinguer ces notions, et à n*attribuer chacune d'elles qu*auz choses auxquelles elles appartiennent^ » Lui-même avait montré Texemple dans son Traité des passions, où la physiologie ne tient pas moins de place que la psychologie. Malebrancbe ne fait que le suivre, lorsqu il unit également Tune avec Tautre, au moins pour expliquer les sens, Timagination et les passions. « Il croyait l'étude de Tanatomie d*Un grand secours pour connaître Thomme selon son être moral », nous dit un de ses biographes. Tous les différents caractères qui se rencontrent dans les esprits des hommes' tiennent, selon lui. à dos raisons physiologiques; et l'élude des tempéraments et des humeurs peut beaucoup nous aider à « nous connaître nous-mêmes, et les autres hommes avec qui nous devons vivre. Alors nous saurons les moyens de nous conduire et de nous conserver nous-mêmes dans l'état le plus heureux et le plus parfait; et nous pourrons vivre avec les autres hommes, en connaissant exactement et les moyens de nous en servir dans nos besoins, et ceux de les aider dans leurs misères*. »

s. imnginer et sentir. — Malobranche rappelle d'abord que les nerfs peuvent être ébranlés de deux laçons: ou bien du dehors, par les extrémités qui se terminent aux parties extérieures du corps; ou bien, du dedans, par celles qui aboutissent au cerveau. L'ébranlement est à peu près le même dans les deux cas, et l'âme éprouve la même sensation. Seulement, dans le premier cas, elle sent, et juge que ce qu'elle sent est au dehors; dans le second, elle imagine, et juge que ce qu'elle imagine n'est point au dehors, mais au dedans du cerveau. Dans le premier cas, un objet est

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