‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 160 sur 285 · Htcktrcht, liv. Il, V* partie, e. i, Q · texte numérisé non relu

Htcktrcht, liv. Il, V* partie, e. i, Q

rhomme. dit-il, ne consiste que dans la circulation du sang, et dans une autre circulation de pensées et de désirs, » laquelle dépend sans doute presque toujours de la première*.

Halebranche indique d abord les causes générales, tant extérieures qu*intérieures, qui produisent du changement dans les esprits animaux, par conséquent dans la faculté d*imaginer. Les extérieures sont la nourriture que l'on prend et lair que i*on respire. 11 insiste beaucoup sur les effets du régime et du climat. Quant à la cause intérieure, elle consiste dans l'agitation de certains nerfs qui envoient la plupart de leurs rameaux dans la poitrine et dans le ventre, f Ils ont des usages bien utiles pour la conservation du corps, mais extrêmement dangereux pour Tâme; parce que ces nerfs ne dépendent pas dans leur action de la volonté des hommes, et qu'ils agissent beaucoup plus sur l'âme que l'âme n'agit sur eux* ».

Outre les esprits animaux, la constitution du cerveau influe sur la faculté d'imaginer. Malebranche étudie d'abord la liaison des idées avec les traces du cerveau, puis la liaison des traces entre elles. Le principe est celui-ci: correspondance naturelle des pensées de l'âme avec les traces du cerveau; dès que l'âme reçoit quelques nouvelles idées, il s'imprime dans le cerveau de nouvelles traces; et dès que les objets produisent de nouvelles traces, l'âme reçoit de nouvelles idées.

I^a liaison des idées avec les traces a trois causes. La première et la plus générale est ïidentité du temps. Que certaines traces soient dans le cerveau dans le même temps que nous avons certaines pensées dans l'esprit, et les unes ne pourront plus se reproduire sans les autres. Mais cette première condition en suppose elle-même une autre, soit la volonté de l'homme, soit la nature elle-même. De là des liaisons, ou, comme on dirait aujourd'hui, des associations, tantôt arbitraires, tantôt naturelles, entre certaines impres-

1. Recherche, II, f partie, c. i, § 3, lin. S. lUchtrchif II, i** ptrU«, c. nr.

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sions sensibles et certaines idées. Malebranche explique par les unes le langage artificiel : « Les hommes, dit-il, ont eu naturellement de Tinclination à convenir entre eux, pour atiacher leurs idées, à des signes sensibles » ; bien plus, c'était chez eux « une passiou véritable pour communiquer leurs sentiments et pour entrer dans ceux des autres ». D'ailleurs, « cette volonté de convenir n'est pas tant un elfet de leur choix et de leur raison qu'une impression de Tauteur de la nature, qui nous a tous faits les uns pour les autres, et avec une inclination très forte à nous unir par Tesprit autant que nous le sommes par le corps ». On ne saurait mieux dire ce qu'il y a de naturel jusque dans le langage artificiel lui-même. — Malebranche parle ensuite des liaisons proprement naturelles entre certaines sensations de la vue, de Touïe, et les sentiments qu'elles nous font éprouver. Ces liaisons, les plus fortes de toutes, sont généralement semblables dans tous les hommes, et il doit en être ainsi : elles sont absolument nécessaires à la conservation de la vie. Des exemples que Malebranche apporte, font bien voir qu'il songe ici à une faculté naturelle de comprendre les signes sensibles, en un mot à ce qu'on devait appeler de DOS jours le langage émotionnel, 11 insiste également sur les mômes idées que doit exciter dans tous les esprits l'impression des mêmes choses extérieures, et montre le parti qu'on peut tirer de ce fonds commun d'images sensibles pour faire entendre ù tout le monde les notions les plus abstraites K

11 étudie ensuite la liaison des traces entre elles, 11 suffit que ces traces aient été imprimées dans le même temps. « Si un homme, par exemple, se trouve dans quelque cérémonie publique, s'il en remarque toutes les circonstances et toutes les principales personnes qui y assistent, le temps, le lieu, le jour et toutes les autres particularités, il suffira qu'il se souvienne du lieu, ou même d'une autre circonstance moins remarquable de la cérémonie, pour se représenter toutes lesautres^» Yoici donc la règle : il suffit que

1. Hec/ierche^hy. H, !'• pai lie, c. v, § 1. f. Recherche, liv. Il, 1" paitie, c. v, g i«

plusieurs traces aient été produites dans le môme temps, afin qu'elles ne puissent se réveiller que toutes ensemble. Et la liaison mutuelle des traces a pour conséquence celle des idées les unes avec les autres.

4. Mémoire et habUndes. — Par là Halebranche explique la mémoire et les habitudes, La première consiste, en effet, dans la facilité que nous avons de penser à des choses auxquelles nous avons déjà pensé; et les autres, dans la facilité de laire des choses que nous avons déjà faites. Or, a de même que les branches d'un arbre, qui ont demeuré quelque temps ployées d'une certaine façon, conservent quelque facilité pour être ployées de nouveau de la môme manière, ainsi les fibres du cerveau, ayant une fois reçu certaines impressions, gardent assez longtemps quelque facilité pour les recevoir encore •jCtles idées qui s'y trouvent jointes ne pcuvont manquer de se reproduire dans l'esprit. Il faut toutefois, ajoule Malebranclie, qu'on soit délivré de ce préjugé, que notre cerveau est trop petit pour conserver des vestiges et des impressions en fort grand nombre. — Quant aux habitudes, elles viennent peu à peu à mesure que les esprits animaux ont une facilité plus grande a passiT dans les membres du corps. Nous avons, par exemple, de la difficulté d'abord à remuer les doigts avec la vilesse qui est nécessaire pour jouer des instruments do musique, ou les nmscles qui servent à la prononciation pour prononcer les mots d'une langue étrangère; mais, peu à peu, les esprits animaux, par leur cours continuel, ouvrent et aplanissent ces chemins.

Ainsi ces trois choses, imagination, mémoire, habitude, si (lilTérentes, semble-t-il, au point de vue psychologique, se trouvent avoir la même cause physiologique. Si on les considère du côté du corps seulement, on ne trouve dans les trois cas que des libres nerveuses qui s'assouplissent et se façonnent peu à pou à certains mouvements. Il est vrai que cette ressenjblaiice dans la cause n'empêche pas Mâlebranche de reconuiiître cerUiines diflérences dans les effets. {{En un sens, dit-il, la mémoire peut passer pour une espèce d'habitude. » Et plus loin : o ^*i7 ny avait point

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