Rifcherche, liv. Il, 2» partie, c. viii
dans les esprits. Elle nous excite à soulager les autres» parce qu*en cela nous nous soulageons nous-mêmes ^ » Ce sont là de bons effets. De même la vue de personnes tristes nous dispose naturellement à la tristesse. Tous les hommes ont une disposition naturelle à se composer de la même manière que ceux avec qui ils vivent*.
Il en résulte néanmoins quelques inconvénients. Ce penchant à imiter les autres en toutes choses exclut le choix et la réflexion. Il se trouve dans la partie sensible de nousmêmes, sur laquelle Timagination, et non pas la raison, a le plus d^empire. Ce sont aussi les personnes d'imagination vive et forte que nous imitons de préférence.
s. De« iri«ionnalre«. — Or, suivant Malebranche, lorsque rimaginalion domine dans Tàme, c*est une espèce de folie. La folie véritable se reconnaît aisément à ce que IVspril n'est plus maître de ses idées : celles-ci se succèdent eu lui selon que les traces du cerveau se réveillent l'une I autre par des causes surtout physiologiques; le fou est ainsi contraint de penser à des choses auxquelles les autres avec qui il converse ne pensent pas, ce qui le rend incapable de parler à propos et de répondre juste aux demandes qu'on lui fait'. Mais un homme d'imagination n'est fou qu'à demi : quelque raison paraît encore dans ses dis<!ours. Seulement, il est obsédé par les choses dont il parle; il les voit intérieurement comme si elles étaient présentes, et si ceux qui l'écoutent ont beaucoup d'imagination, il les leur fait voir également. De là le nom de vlsio7inaire que Malebranche leur donne à tous. Et entre ces visions et ce qu'on appellerait maintenant des hallucinations véritables, il ne remarque qu'une différence du plus ou du moins*. L'halluciné voit comme présentes des choses imaginaires, et croit à leur réalité; le visionnaire les voit aussi : un peu plus il y croirait. A peine a-t-il encore l'esprit libre: ne regardant jamais qu'une face de chaque objet, s'y arrêtant avec complaisance,