Trad. Saisset, t. lil, p
tons, ne lui conviennent nullement. La justice même que nous lui attribuons, est aussi indigne de lui que toute autre chose. Et Spinoza écrit ces dures paroles : « Un chien qui par suite de morsure devient enragé est excusable, et cependant on a le droit de rétouffer. De môme, Thomme qui ne peut gouverner ses passions ni les contenir par la crainte des lois, quoique excusable à cause de l'infirmité de sa nature, ne peut cependant jouir de la paix de Tâme et se perd nécessairement'. )) Spinoza ne nous permet même pas de nous plaindre. « Nous sommes en la puissance de Dieu comme l'argile entre les mains du potier; et nul ne peut accuser Dieu de lui avoir donné une nature infirme ou une ûme impuissante. 11 serait absurde que le cercle se plaignit de ce que Dieu lui a refusé les propriétés de la sphère, d
13. Souverain bien. — Quelques-uîis, en revanche, peuvent arriver à la perfection suprême et en même temps à la béatitude. Celle-ci consiste dans la pleine liberté de Tesprit. Pescarles avait dit qu'à mesure que nous sonunes moins indifférents à affirmer une chose, nous sommes d'autant plus libres. Spinoza s'empare de ces paroles. « Par exemple, dil-il, si la nature de Dieu nous est connue, l'affirmation de l'existence de Dieu suit de notre nature avec tout autant de nécessité qu'il suit de la nature d'un triangle que la somme de ses angles égale deux droits, et cependant nous ne sommes
1. Les principaux textes se trouvent, trad. Sai»set, t. 111, p. 598, 401, 407, 424-5. — La traduction de Saisset rendait particulièrement odieux un passade très dur, en effet, de Spinoza. Le voici : Qui ex morêu canis furit, exciaaudu» quidcm l'st, et tamen jure suffocatur. Saisset traduit : * Celui à qui la luorsure d'un chien donne la raf^e, est assurément excusable, ot cependant on a le droit de l'éloiiffer. » Mais canis est aussi bien un nominatif ou un sujet que le génitif ou le régime de morsu. Alors on traduirait : • Quand un chien mordu devient enragé, on a le droit de l'étouffer ■. Il ne s'agit plus d'un homme, mais seulement d'un chien, qu'on peut tuer. Oldenburg le comprenait ainsi; car il ré|>ond : hoc durum primo ad^pectu videtur,... ex monu cnnem furenlem excusandum quidem es<ic,sed tamen jure trucidari, rem conficerenon videtur; cum ejuxmodi canin occisio sacvitiam argucrol, nisi nccessaria ad id forêt, ut alii canes aliave anim.nlia et ipsl homincs a furibundo ejusmodt morsu essent piacscrvandi. (Éd. Ginsberg, Epist. 26 et 27, vol. Il, p. 60 et 61.) — De même, pour l'homme qui ne peut gouverner ses passions, Saisset traduit : c II est nécessaire qu'il périsse. • S|)inoza dit necestario périt, expression générale, qui signilic aussi bien ({u'un tel homme périt par suite de ses vices que par reflet d'une condamnation capitale.
See PHILOSOPHES UODERNES.
jamais plus libres que quand nous affirmons une vérité de cette sorte^. o Rien ne nous force, en effet, à affirmer, que la loi même de notre esprit; mais celle-ci ne lui fait point sentir de contrainte,* puisqu elle est sa propre essence, et, pour ainsi dire, son mouvement naturel. Ce sont les idées obscures ou inadéquates qui le contrarient et viennent s^imposerà lui du dehors; elles ne portent point la marque de Tévidence, et il n*y reconnaît point son œuvre. Spinoza les rapporte « à Timagination ou bien à certaines sensations fortuites et sans liaison, qui ne viennent pas de la puissance même de Tâme, mais de causes externes, selon que le corps, dans le rêve ou dans la veille, reçoit divers mouvements' ». Mais, d*autre part, a toutes nos perceptions claires et distinctes ne dépendent que de notre seule nature et de ses lois invariables; en d'autres termes, c'est de notre seule puissance qu'elles dépendent, et non point de la fortune, je veux dire des causes extérieures» ». Or, conclut Spinoza, « j'appelle libre, quant à moi, ce qui existe et agit par la seule nécessilé de sa nature* ».
RLais notre âme n'agit point qu'elle n'en ressente quelque chose. Lorsque son action est amoindrie, diminuée par une force exlérieurc, elle souffre; au contraire, lorsque cette action s'accroît librement, elle éprouve un vif plaisir. Spinoza défmit le plaisir, « le passage d'une moindre perfection à une perfection plus grande » ; et la souffrance ou la douleur, « le passage d'une grande à une moindre ». Ce mot perfection veut dire toute sorte d'activité, quel qu'en soit l'objet et quelle qu'en soit la nature. Mais l'activité la plus pleine pour noire esprit, laquelle est inséparable de la iM'atitude, sera la connaissance la plus étendue qu'il puisse atleindre, c'est-à-dire « la connaissance de l'union de l'âme humaine avec la nature tout entière* ».
Spinoza ne dêlinit pas auti'enient le souverain bien. Sans