Trad. Saibset, t. 111, p
tf. Tt-ad. Saiuolf t. lU, p. SOI.
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doute une telle connaissance ne saurait être exacte et précise dans le détail; mais cela n*est pas nécessaire non plus. Soyons seulement convaincus en général que toutes choses arrivent par une nécessité divine. Concevons toutes choses, comme dit Spinoza, sous forme d'éternité, sub specie aeler^ nitatis. Alors notre âme, au lieu de s'attacher à chaque objet présent, et d'en faire son tout, comme s'il existait seul au monde, portera toujours ses regards au delà. D'un œil calme elle contemplera renchaînement universel, où rien ne peut être changé, où chaque chose a sa raison nécessaire, et elle admirera la puissante Unité de ce vaste ens mble^ Rien ne lui apparaît désormais comme détaché, isolé, et méritant d'attirer seul toute son attention et sa complaisance. La substance unique domine de si haut ses modes, que ceux-ci semblent peu de chose en comparaison. En même temps Fthne se reconnaît dans cette nécessité universelle et immuable dont elle prend connaissance. Elle en jouit comme de son bien propre, et, se sentant divine elle-même dans cette intuition du divin au fond de toutes choses, elle a conscience d'être éternelle*.
i4. PanihéUme. — Telle est la doctrine de Spinoza. Pour la bien comprendre, n'oublions pas qu'il reconnaît deux aspects de l'absolu, l'étendue et la pensée, toutes deux également divines. Lors donc qu'il identifie Dieu et la nature, il n'entend point par celle-ci la matière seulement, ce qui eût été matérialiser Dieu. Mais il veut dire aussi l'esprit, où le divin ne se manifeste pas moins que dans les choses ma-
1. « L'Ame du sa^o, dit-il, pont à (teinc <Hre troublée. l'osscdant par une sorte de n(*cessil«j otcriiellc la coiisrieiiro «le soi-même et de Dieu et «les choses jamais il ne cosse d ctro; et lu \<^ril.ible paix de l'âme, il la |K)ssède pour toujours. • (Km de Vflthiqne^ trad. S.'iisset, t. 111, p. 291.) — (k^pendant Leibniz protestait: • Spinoza, dit-il, s'imagine que du jour où l'honinic sait que les événements sont le pruduit de la nécessité, son esprit en est merveilleusement afrerrai. Croit-il donc par celte contrainte rendre plus content le cœin' du patient? L'homme en sent-il moins son mal?... » Et il ajoute, non sans quelque injustice : • Tout le chapitre de Spinoza sur l'ainour intellectuel de Dieu n'cbt qu'un habit de parade pour le peuple, puisqu'il ne saurait rien y avoir d'aimable dan!« un Dieu qui produit sans choix et de toute nécessité le bien et le mal. Le v«{ritable amour de Dieu se fonde non pas sur la nécessité, mais sur U\muV^« Uibniz, DêsearUê «l Hpinoza^ Foucher de Careil, p. 11^.^
térielles, si bien que son panthéisme, est également spiritualiste^
En outre, tandis que les partisans de la liberté s*imaginent l'homme dans la nature, comme un empire dans un autre empire, Spinoza se le représente, au milieu de Tuniversel enchaînement des choses, comme une partie dans un tout. Il affirme la complète dépendance et de notre corps et de notre esprit à l'égard de tout le reste. Notre corps n'a pas été créé, mais seulement engendré, et il existait déjà avant la génération, et ne Se sépare jamais entièrement des autres choses matérielles; toujours il reste soumis à leurs mille influences, et leur est uni par d*invisibles et nécessaires liens. De mônfte notre esprit avec toutes ses idées n'est qu'une partie de l'entendement infini; sa puissance de penser se confond avec la même puissance qui agit également dans les autres esprits. D'ailleurs tous ne conçoivent que ce que fournissent les corps : le monde de l'étendue a son expression dans le monde de la pensét», et les deux n'en font qu'un dans l'unité de la substance divine. Nulle part ailleui^s, on ptut le dire, la solidarité physique et intellectuelle de l'homme avec tout ce qui l'entoure, la nature et les autres esprits, n'est affirmée avec autant de force, et cela, grâce au postulat du panthéisme*.
Cette doctrine cependant a été mamle fois méconnue. On traitait, au contraire, Spinoza d'athée. Kn vain il protestait énergiquement : « Est-ce que celui-là, disait-il, a dépouillé toute religion, qui reconnaît Dieu comme le souverain bien, qui pense que, comme souverain bien, il faut librement l'aimer, qui fait consister en cet amour le plus haut degré de notre bonheur et de notre liberté'...? » Mais la plupart dos es[)rils ne peuvent concevoir l)ieu qu'avec des attributs empruntés à la nature humaine, l'intelligence ou la sagesse, et la volonté qui devient la suprême bonté. Or Spinoza, par
1. • Ceux qui pensent, dit-iî, que le Trailé i héolog ico-politiq ue xcnt élihVir que IHcu cl la nature sont une seule et même chose (ils eiiieiKlent par nature une certaine masse ou la matière corporelle}, ceui-ld sont d.uM une cnifur complote. • (Trad. Saisset, t. 111, p 506.}