‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 181 sur 285 · IV. - DIEU, MONADE SUPRÊME · texte numérisé non relu

IV. - DIEU, MONADE SUPRÊME

i. Preuve de Dieu par les exiafencea. — Dans les mathématiques, ces deux grands principes étaient appliqués à des vérités nécessaires. Mais celles-ci ne sont pas les seules, sans doute. Pourtant elles peuvent paraître à des esprits rigoureux la seule réalité, la vraie. Ils supposent alors, sous des apparences de caprice et de liberté dans la nature, un enchaînement des phénomènes tout à fait semblable à celui

des vérités malhématiques, et le même au fond. Cest ce que pensait Descaries, au moins pour le monde physique, et Spinoza, pour le monde moral également.

Mais, s'il n'y a qu'une sorte de vérités, et justement les vérités nécessaires, dont l'opposé implique contradiction, c'est-*à-dire est impossible et faux, quelles singulières conséquences! Il était tout aussi impossible, par exemple, que Spinoza ne mourût pas à la Haye, ou que 2 et 2 ne fassent pas 4. Pourtant la difîérence est grande. L'opposé d'une vérité mathématique est impossible, et 2 et 2 font 4 nécessairement. Mais les événements de ce monde ne paraissent pas nécessaires à ce point. Ils pourraient, sans absurdité, être tout autres qu'ils ne sont. Ici le contraire serait donc possible, et la nature avait, pour ainsi dire, le choix entre plusieurs séries de phénomènes, dont une seulement a été réalisée. Les faits sont donc aussi des vérités, puisque notre expérience nous les atteste, mais des vérités contingentes y que Leibniz reconnaît à côté, sinon au-dessus des vérités nécessaires. C'est môme là le trait caractéristique de toute sa philosophie, comme la nécessité absolue dans celle de Spinoza.

Or nous devons rechercher la raison de chaque fait, qu'il s'agisse des mouvements dans le monde physique ou des pensées dans le monde moral. Nous la trouvons d'abord dans un autre fait. Mais quelle est la raison de celui-ci, à son tour? et la raison de tous, ainsi de suite, à l'infini? Dans les mathématiques, en remontant de raison en raison, on finit par arriver à des vérités primitives. Mais on a beau remonter ainsi de fait en fait, on n'arrive jamais à quelque chose de nécessaire, puisque, de sa nature, tout fait est contingent, n faut donc enfin chercher la raison de toute la série, sans doute infinie, en dehors d'elle, dans un être nécessaire, qui se suffit à lui-même et à tout le reste. Dieu existe donc.

t. PreuTe par les easDiicea. — Non seulement les existences des choses autour de nous prouvent celle de Dieu; mais, quand môme ces choses n'auraient jamais été créées, elles étaient au moins possibles, et cela suffit. Les simples

possibilités ne sont pas en effet des riens pour notre esprit; souvent même il n a pas d'autre objet, et ce sont ses idées. Or Leibniz attribue aux idées une réialité propre et indépendante. Elles n*ont point besoin d*ôtre fondées sur quelque existence concrète dans le monde des sens, a Quand il n*y aurait jamais eu de parricide, et quand tous les législateurs se seraient aussi peu avisés que Solon d'en parler, le parricide serait un crime possible, et son idée serait réelleK » De même, a Tidée du triangle ou du courage a ses archétypes dans la possibilité des choses, aussi bien que Tidée de l'or' ». Leibniz donne encore le nom d*essences aux idées, et il les suppose éternelles. Leur caractère en effet est d*être éternellement possibles, puisqu'elles ne renferment aucune contradiction. Bien plus, leur possibilité n'est pas inerte, en quelque sorte, et purement abstraite. Elles prétendent à l'existence, c'est-à-dire à une réalisation concrète, et cela dans la mesure de leur perfection. Elles sont donc vivantes et actives, si l'on peut dire, comme l'idée d'un inventeur l'agile jusqu'à ce qu'il la réalise. Or cet être qu'elles possèdent éternellement doit avoir sa raison dans une existence éternelle elle-même. Et que serait cette existence, que peutelle être, sinon celle d'un entendement qui comprend les Essences ou Idées? « 11 ne faut point dire que les vérités éternelles subsisteraient, quand il n'y aurait point d'entendement, pas même celui de Dieu. Car c'est, à mon avis, rontendement divin qui fait la réalité des vérités éternelles. » El encore : u sans Dieu, non seulement il n'y aurait rien d'existant, mais il n'y aurait même rien de possible », c'està-dire, non seulement les choses réelles ne seraient pas, mais les idées non plus'.

i. Nouveaux Es»ah^ liv. III, c. iv. § 17.

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