‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 182 sur 285 · Nouveaux Essais, liv. II, c. xixi · texte numérisé non relu

Nouveaux Essais, liv. II, c. xixi

3. Théodicée^ partie II, § 184. El encore: « On demandera où seraient ces idées si aucun esprit n'existait... Cela nous mène enfin au dernier fondement des vérités, savoir à cet esprit suprême et universel qui ne peut manquer d'exister, dont l'entendement, h vrai dire, est la région des vérités éternelles ; et afin qu'on ne pense pas qu'il n'est point nécessaire d'y recourir, il faut considérer que ces vérités nécessaires conliennei.t la raison déterminante et le principe régulatif des existences mêmes, «t, «n un mot, les loii de l'univon. •

Nouveaux Essais, liv. lY c. xi, 1 14.)

8. Preuve ^ar sa nature même. — Dieu enfin peut être considéré comme simplement possible. Il suffit pour cela que son idée n'implique point contradiction. De Tidée de Dieu, Descartes avait déjà conclu son existence, puisque celleci est une perfection, et que Dieu est conçu comme TÊtre parfait. Leibniz admet la conclusion, mais il veut qu*on examine d'abord si cette idée de Dieu est réelle en effet; et la réalité d une idée n'est que sa possibilité, ou l'absence de contradiction. Descartes avait admis sans examen que l'idée de Dieu n*est nullement contradictoire; Spinoza de même. Leibniz est plus défiant, et, en effet, après lui, certains philosophes pensèrent que les attributs dont on compose l'idée de Dieu ne sont pas tous compatibles ensemble. Mais Leibniz ne le pense pas encore, et, convaincu que l'idée de Dieu est logiquement inattaquable, il en déduit que Dieu existe. Seule de toutes les possibilités, celle d'un Dieu enveloppe la réalité, et cela par sa perfection souveraine. Bossuet déjà avait dit que la perfection, loin d'être un obstacle à l'être, est au contraire la raison de l'être.

L'existence de Dieu est donc prouvée de trois manières : — parce qu'î7 est possible, et cela suffit pour qu'il soit nécessairement; — parce qu'il est la source des possibilités ou des essences^ ou des idées, et qu'il faut bien que celles-ci aient leur fondement quelque part; — enfin, parce qu'il est aussi la source des existences^ et qu'il fiiut bien que la nature, ou le monde, ou l'univers, ait sa raison. Le principe de raison suffisante se trouve impliqué dans ces deux preuves; et, dans l'autre, le principe de contradiction.

4. Attributs de Dieu. — Mais ce Dieu, en pouvons-nous connaître la nature? Sans doute ; et d'abord les vérités éternelles ne reposent pas seulement dans son entendement, elles en sont comme la substance même et le fond. C'est d(^à Dieu presque tout entier. Descaries, au contraire, n'avait voulu voir en elles que des créations de Dieu, des lois qu'il aurait établies suivant son bon plaisir. Dieu était indifférent à établir celles-ci ou d'autres; et ce qui prédomine en lui, semble-t-il, est une libeUé d'indifiéience. Mais

Leibniz ne pense pas qu'assujettir Dieu aux vérités éternelles ou à la Raison, ce soit le dégrader ou Tamoindrir. Dieu est avant tout la raison suprême et la Sagesse ; il la consulte toujours, et ne peut manquer de la suivre, parce qu'il est en même temps la Bonté.

Leibniz s'éloigne ainsi de Spinoza non moins que de Descaries. Celui-ci mettait en Dieu la liberté d'indifférence; Spinoza, la nécessité absolue. Ces deux conceptions rx)ntraires trouvent peut-être leur accord dans la nécessité du bien ou du meilleur, qui suppose un choix intelligent, et par suite la liberté ; en môme temps, elle limite ce choix à ce qui est sage et bon seulement, et Q*est pas le désordre ni le hasard*. Ainsi Dieu, la monade suprême, contient tout ce qui fait l'essence des monades. Toutes, jusqu'aux plus simples, ont perceptions et appétitions. Cela devient, dans Tûme des bétes, sensation et mémoire, avec ce mouvement qu'on appelle l'iuslinct; dans les âmes raisonnables ou les esprits, l'entendement avec la volonté; enfin, en Dieu, la Sagesse et la Bonté. Et ces deux attributs ont eux-mêmes pour base la puissance créatrice, dont on ne trouve dans l'esprit de riiomme qu'une imparfaite imitation. Ici Leibniz se plaît à remarquer que la philosophie se trouve d'accord avec la théologie : celle Puissance, c'est Dieu le Père, qui crée toutes choses; la Sagesse, c'est le Verbe divin, ou le Logos; enfin la Bonté, c'est l'Esprit ou l'Amour qui anime et vivifie tout.

1. Leibniz rappelle souvent « combien il y a de difrércnce entre ces trois cas, savoir: prcniièiemcnt, une uécesnité absolue ^ métaphysique ou géométrique, qu'on peut ap[)eler aveu{;le, et qui ne dépend que des causes erUcientcs; en second lieu, une nécessité morale^ qui vieni du choix libre de la sagesse par rapiMrl au\ causes Anales ; et enfin, en troisième lieu, quelque chose à'arbUraire absolument, ùé^n^diïïi d'une indirrérence d'équilibre qu'on se figure, mais qui ne saurait eiister, où il n'y a aucune raison suffisante ni dans la cause éincienle ni dans 1^ finale. Et par conséquent on a tort de conTondre, ou ce qui est absolument nécessaire, avec ce qui est déterminé par la raison du meilleur y ou la liberté qui se détermine par la raison avec une indiffé" rence vague. • (Théodicée, p. III, § 3iU.)

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