V. - DIEU ET LE MONDE
f . PerfeetloB de Tunivers. — Dieu, la perrection 8Uprt^me, ne fait rien qui pe soit aussi parfait en quelque manière. Donc le monde, qui est son œuvre, doit être le meilleur possible. Sans cela existerait-il? Il n*était que possible dans Tentendement divin, avec une infinité d'autres, qui prétendaient tous à Texistence. Pourquoi seul a-t-il été préféré? On n*en saurait donner de raison qui suffise, sinon qu*il était le meilleur de tous, le plus parfait. C*est ce qu*a vu la sagesse de Dieu ; sa volonté, qui va droit au bien. Ta donc choisi ; et aussitôt, par sa puissance, il Ta réalisé.
s. Perfection de ehaqne monade. — Mais nous savons que le monde est composé de monades. En quoi consiste donc la perfection d'une monade? En deux choses : perception et action ou appétition. Dieu donnera donc à chaque monade le plus possible de perceptions : elle percevra tout l'univers I Et rien dans la nature des monades ne s'oppose à cette infinité de perceptions. Au contraire, leur nature étant représentative, rien ne la saurait borner à ne représenter qu'une partie des choses.
Mais percevoir ou agir, c'est tout un pour une monade : toutes agissent donc, et le plus possible. Nous savons, d'autre part, que leur action est interne, et consiste dans un développement. Ce sont les choses matérielles qui agissent les unes sur les autres du dehors, pour ainsi dire, et par des chocs extérieurs. Mais une monade reste enfermée en ellemême. Si donc elles pâtissent (comme il arrive, en effet, car leur action ne saurait être parfaite, elle doit avoir des défauts), on ne peut l'expliquer que par une perception moindre, ou mieux plus confuse, de même que des perceptions distinctes seront toute leur action, a II y a dans l'âme humaine, dit Leibniz, un ordre de perceptions distinctes qui fait son empire» et une suite de perceptions con-
fuses ou de passions, qui fait son esclavage, et il ne faut pas s'en étonner : l'âme serait une divinité, si elle n*avait que des perceptions distinctes*. » Et de fait, l'empire de l'homme sur la nature ne lui vienl-ii pas de la science, et sur lui-môme, d'une vue clairer et distincte du bien ; comme l'ignorance le rend esclave, en eftet, des événements au dehors et de ses passions au dedans.
s. Harmonie préétablie. — Mais les actions et passions doivent être réciproques entre toutes les monades : autrement, il n*y aurait ni liaison ni ordre dans l'univers. Et comme celles-ci sont fermées les unes aux autres, il faut que Dieu lui-môme intervienne. Aussi, en réglant chaque monade, il a égard à toutes les autres; et de la sorte, il n'en est pas une qui n'ait été, à ion tour, l'objet particulier de son attention et de sa complaisance, et ne puisse être considérée à ce titre comme centre du monde. Ainsi « chaque substance est comme un empire dans un empire, mais dans un juste concert avec tout le reste* ». Sa dépendance n'empêche pas sa liberté, puisqu'elle reste source de toutes ses actions, et que rien n'influe sur elle du dehors; sa liberté n'empêche pas sa dépendance, puisque Dieu Ta créée conforme aux autres choses, en vertu d'une harmonie préétablie.
Par ses perceptions distinctes ou par son action, chaque monade n'atteint qu*une petite partie de l'univers; mais, par les autres, elle va confusément au tout, à l'infini. Ainsi se trouve réalisé autant de variété qu'il est possible, mais avec le plus d'ordre qui se puisse, c'est-à-dire Ja perfection : Je plus d'ordre ou d'unité, puisque c'est le môme univers qui est représenté et exprimé par toutes les monades ; le plus de variété, puisqu'il n'y en a pas deux qui le représentent de la même façon. Toutes en ont des vues différentes, comme en faisant le tour d'une ville, on la voit successivement de tous les points. C*est ainsi qu'avec un seul univers. Dieu en a fait une infinité, puisqu'il y a une infinité de monades, qui