‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 193 sur 285 · Avant'propoi (Irad. de Coste, 1. 1, p. 1-lS · texte numérisé non relu

Avant'propoi (Irad. de Coste, 1. 1, p. 1-lS

S. Critiqué de la raiton fur», préfUc* d« U 1** édlt (trad* BwbI, t. !« |». C).

su PHILOSOPHES MODERKES.

Toutes seraient-elles innées? D*ailleurs il faut toujours un certain efiort et travail pour les comprendre : à quoi sert alors cette supposition qu*elles se trouvaient déjà dans notre esprit? Ne vaut-il pas mieux rechercher comment peu à peu elles s*apprennent ou s*acquièrenl? Enfin Locke arrive à ridée de Dieu, qui est la plus importante de toutes ; il rappelle les opinions contradictoires des hommes à ce sujet; quelques-uns même prétendent n*avoir à aucun degré une telle idée; mais si elle n'est pas innée, larpielle donc le sera?

4. Réponses de Leibnis. — Dès 16G6, Leibniz avait lu Touvrage de Locke, en y faisant quelques remarques qu*il envoya même à Tauteur. Il y revint à plusieurs reprises, notamment lorsque parut la traduction française de Cosie en 1700. Enfin, Tannée 1704, il écrivit un livre, sous forme de discussion entre Théophile, c'est-à-dire Leibniz lui-même, cl Philaléthe, qui est partisan de Locke. 11 lui donna pour titre Nouveaux Essais sur r entendement humain. Mais Locke mourut cette même année, et Leibniz garda pour lui et quelques amis son manuscrit. On ne l'imprima qu'en 17G5.

5. La eonaclence obscure. — Leibniz défend les idées innées. Celte expression avait été mal prise par Locke. Une idée innée, disait-il, devrait toujours être présente à Tesprit, Or il n'y en a pas une certainement à laquelle on pense toujours. Mais, répond Leibniz, est-il nécessaire, pour qu'une idée soit en nous, que nous y pensions et que nous l'apercevions clairement? Notre esprit n'est pas tout entier dans la conscience distincte ou la réflexion. Il renferme en outre une multitude de choses, qui sont bien en lui et à lui, quoiqu'il ne les démêle pas. Par exemple, lorsqu'on raisonne, on n'exprime pas d'ordinaire la majeure ou ta mineure, de laquelle dépend néanmoins toute la force de la conclusion; mais, s'il faut ensuite justifier celle-ci, on se rappelle aisément ce qui avait été sous-entendu. De même la mémoire garde en nous une infinité de connaissances auxquelles nous ne songeons guère, quand nous n'en avons pas besoin Qui niera cependant qu'elles sont dans TespritT Peut-être va-t-on dire que les choses dont nous nous souve-

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nons, au moins les avons-nous connues expressément autrefois ; et il n*en est pas de même des idées innées, à moins que ce ne soit dans une vie antérieure, comme le supposaient les Platoniciens avec leur théorie de U réminiscence. Mais Leibniz ne s'occupe pas encore de la première origine des idées; il constate que présentement elles peuvent subsister dans notre esprit, sans que nous y pensions. Chose contradicloire, disait Locke : n*est-ce pas dire à la fois qu'elles sont dans Tesprit, et qu'elles n'y sont pas, puisqu'on n'en a pas conscience? Hais Leibniz allègue l'expérience de chacun, et distingue entre une conscience claire et une conscience obscure et confuse. En outre, il reproche à Locke de faire une pétition de principe : si l'on suppose d'abord que rien n'esl dans l'âme, sinon ce qu'elle aperçoit clairement, les vérités innées n'étant point aperçues de la sorte, on en conclut trop aisément qu'il n'y en a point dans l'âme; mais la supposition sur laquelle on raisonne, 1*9 t-on bien établie*?

e. Lea wéritéM néceawairea. — Abandonnant sa première objection, le défenseur de Locke en propose une seconde. L'argumentation de Leibniz prouve trop : toutes les vérités, à ce compte, sont innées; toutes, peut-on dire, se trouvent en nous par avance, quoique nous ne les apercevions pas encore; mais nous avons la capacité ou la faculté de nous en apercevoir un jour. Est-ce. là ce qu'on entend par l'innéité? Elle n'appartient pas alors â quelques vérités seulement, et ne saurait servir à les distinguer des autres.

Leibniz répond en distinguant les vérités de faitj et les vérités de raison. Les unes nous sont connues par les sens, et on n'a pas besoin de recourir pour elles à l'hypothèse des idées innées. Mais les sens ne nous font connaître que des faits particuliers, que des exemples, comme il dit, et jamais une règle générale « Quand nous aurions éprouvé cent mille fois que le fer, mis tout ueul sur l'eau, y va au fond, nous ne sommes pas assurés que cela doit toujours aller ainsi. Et nous savons en effet qu'on peut faire un pot

1 Nouveaux Estais, Avaiil-propus, et liv. 1, c. i, nolamment ( 5 ot S6a

SIÔ t>niLOSOPHE$ MODERNES.

de fer si creux, qu *il surnage, et qu il peut même porter encore quelque cliarge considérable ^ n Second exemple : « Les Grecs et les Romains et tous les autres peuples ont toujours remarqué qu'avant le décours de vingt-quatre heures le jour se change en nuit et la nuit en jour. Hais on se serait trompé si Ton avait cru que la môme règle s'observe partout, puisqu'on a vu le contraire dans le séjour de Nova-Zembla'. s  vrai dire, suivant Leibniz, « les sens et les inductions ne nous sauraient jamais apprendre des vérités tout à fait universelleSy ni ce qui est absolument nécessaire. Or, dit-il, nous connaissons cependant des vérités nécessaires et universelles, notamment dans les mathématiques. Nous avons dû, par conséquent, tirer ces vérités de ce qui est en nous. Et Leibniz ne craint pas de dire que « toute l'ari.hmétique et toute la géométrie sont innées^ ». Même dans ces sciences il fait à merveille une distinction entre ce qui est connu par raison et ce qui ne Test que par induction , ou par des exemples, « L'expérience nous apprend que les nombres impairs ajoutés ensemble continuellement par ordre, produisent par ordre les nombres carrés. Ainsi 1 et 5 fout 4, c'est-à-dire 2 fois 2; 1 et 3 et 5 font 9, c'est-à-dire 3 fois 3; i et 3 et 5 et 7 font 16, c'est-à-dire 4 fois 4, et ainsi de suite. Cependant quand on l'aurait expérimenté cent mille fois, en continuant le calcul bien loin, on peut bien juger raisonnablement que cela réussira toujoui^s; mais on n'en a point pour cela de certitude absolue, à moins qu'on n'en apprenne la raison démonstrative, que les malhémalicions ont trouvée*. » Et Leibniz écrivait que « M. Locke, très habile d'ailleurs, n'était pas assez mathématicien pour connaître la nature des (iénionslratiuns. Cela fait, dit-il, qu'il n'a pas assez su distinguer les sources des vérités univereellenient nécessaires ou éternelles, et des vérités de faut ou particulières

1. lettre à la reine Sophie-Charlotte. (Éd. Ouno Klopp, l*Beihe,X*« fiand, p. 163.)

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