CHAPITRE XIV
I. Sa vte et ses ouvrages. — i. Biographie. — 2. Antécédents de la doctrine.N
II. Théorie de ta connaissance. — 1 . Postulat. — 2. Éléments de la connaissance. Impression. — 3. Image et Association des idées. — 4. Idée générale. — 5. Croyance.
III. Théorie de la connaissance [suite). — 1. Principe de causalité : A) critique ; B) théorie. — 2. l'rincipe de substance : A) substance matérielle et monde extérieur; B) substance spintuclle, le moi — 3. Scepticisme et action.
§ I. — SA VIE ET SES OUVRAGES
1. Blofçraphle. — David llumc naquit à Edimbourg, le 26 avril 1711. Ses parents étaient sans fortune; il suivit néanmoins les couis de l'Université, et, A partir de seiT.o ans, il prélendit se donner à la vie médilalive. Pourtant il essaya du commerce à Bristol, mais leconnut assez vi:<' qu'il s'était trompé. 11 se rendit en France et vécut deux ans à La Flèche, où il composa son Traité sur la nature humaine. 11 l(î lit paiaitro en I7":l), v\ tro'.iva un accueil froi«l, dont il fut très rnorlifié. Puis il piihlia les Ksmis moraux ci politiques (1741-1742), les Estais sur l entendement humai >i (17i8j, qui reproduisent, souvent avec moins de fermeté, la Ihrse du Traité; [Enquête sur les principes de la morale (1751), son ouvrage de prédilection.
David uume. S25
A partir de ce moment. Hume change totalement la nature de ses travaux. En 1754, paraît le premier volume de son Histoire d Angleterre, puis le second en 1756. Ce fut pour l'aulenr un coup de fortune et un redoublement de gloire. Ku 1705, l'ambassadeur d'Angleterre à Paris l'appela auprès do lui en qualité de secrétaire, et lui ouvrit les portes des salons lilléraires. En 1706, Hume retourna en Ecosse, où il fui pendant un an sous-secrétaire d'État. H mourut à Edimbourg, le 25 août 1776'.
t. Antécédeuts de la doctrine. — L*école cartësicune,
si on la circonscrit à Descartes et à Malebriinche, professait, sinon Tidéalisnie, du moins une philosophie grosse de Tidcalisnie. Malebrancltf , c'est Descartes envisagé sous un de ses aspects et poussé à ses extrêmes conséquences; c'est Tliétérogénéité absolue de la pensée et de l'étendue, et labsolue inertie de celle-ci; par suite, c'est l'esprit impuissant n sdisir quoi que ce soit des corps, et c'est, pour les corps, l'impuissance d'agir les uns sur les autres; la perception extérieure est, en rralitt', une vision en Dieu, et les causes ne sont que des occasions. Tout se passe pour l'esprit comme s'il n'y avait point dellicace dans les agents physiques, bien mieux, comme s'il n'y avait nul agent physique. Livrée à elle-même, la raison aboutit à la négation du monde extériem*; seule, la révélation le rétablit et sauve le réaJisme.
Une telle attitude ne pouvait être que provisoire, et la philosophie de Malebranclie devait, elle aussi, être dépassée. C'est ce qui arriva avec Berkeley*. Berkeley, en effet, est Malebranche prolongé, de même que Malebrancbe était Descartes continué. Puis^iue tout se passe pour l'esprit comme si la matière n'existait pas, pourquoi ne renoncerait-on pas à la matière? Alléguera-t-on les scrupules théologiques? Ce serait s'imaginer que la Bible, parlant le langage de tous,
1. Tou?i le-» Hînvois qui suivent se rapportoiit au Traité de la Nature humaille (livre 1*';, suivis d«^s Essais philosophiqw.'i sur l'Entendement (Irai. Mi"Tian, avtc lulio I. iMlloii. l'ari-;, Sandor cl Fisbaclier, 1S78).
2. GhoiniK IJfciiKt.LtY (lG.S*i-17:>ô), évèquc de Cloyne eu Irlande. — Principaux ouvr.ij;«.'S : Essai sur une nouvelle thcorw de la vision (1709); Traili' sur le$ principes de la niiinfiissaure humaine (1710); Dialogues d'Hylai at de Philo^ uoùt (1713;; Alciphron ^17o2j; Siris (1744).
avait pour mission de garantir la matière, fantôme métaphysique. La révélation n'enseigne point de vérités contraires à celles de la raiâon : celle-ci peut donc sans crainte soumettre à l'analyse l'idée de corps.
Dans un corps l'analyse démêle des qualités sensibles, et elle ne trouve rien au delà. Or, une qualité sensible, ce>[ une perception ; il n'y a donc dans le monde (jue des perceptions. Exister, c'est percevoir ou être perçu. Le sujet qui accueille les perceptions, c'est lame ou l'esprit; les perceptions, de leur côté, }n*oviennent, non plus de la matière, qui s'est évanouie, mais de Dieu, qui les emploie comme des signes : le monde des corps est un langage divin. La réalité, en son ensemble, enveloppe deux termes en présence : Dieu, qui parle, et les esprits, qui écoulent. Le dualisme cartésien l'ait place à un monisme idéalisme, à l'immatérialisme.
Mais, à son tour, l'immatérialisme berkeleyen devait être une "simple étape. Sans doute il a ruiné l'idée de substance matérielle; en revanche, il a maintenu, avec le sujet percevant, la substance spirituelle, et, d'autre part, avec racroptation indiscutée du principe de causalité, il a rapporté à Dieu comme à leur source les perceptions sensibles. Uu'airiverait-il si ces deux idées, de substance spirituelle et de cause, étaient, elles aussi, soumises à l'analyse? Cette double question fut celle que Hume se posa, et ainsi Hume continua Herkeley, comme Berkeley avait contirmé Malebrancbe, connue Malebrancbe avait continué Descartes. Mais aussi celte poussée ininterrompue de la lojrique des idées, surtout si l'on fait entrer en ligne de conii)le une autre influence, qui l'ut celle de Locke*, détermina une métamorphose. Le réalisme intellectualiste des commencements se convertit en un idéalisme empiriste, (»t le dogmatisme métaphysique se tourne en un scepticisme radical.