‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 200 sur 285 · Traité, III, tik m · texte numérisé non relu

Traité, III, tik m

DAYTD HUME. 55S

croît-on, l'esprit, dans la constatation d'un cas de causalité, n'aperçoit pas simplement deux événements gui se suivent; il discerne la transition de l'énergie productrice et comme son transfert de Tantécédent au conséquent. Une nécessité installée au cœur des choses, une illumination innée à la pensée, telle est, en deux mots, l'opinion courante.

Elle est de tous points erronée : il n'est pas vrai que, pour Tosprit, tout ce qui commence ait nécessairement une cause. Cela supposerait, en effet, que l'idée de commencement et ridée de cause sont inséparables, inintelligibles Tune sans l'autre. En d'autres termes, et comme on dira après Hume, le jugement suivant lequel tout ce qui commence a une cause, serait un jugement analytique. Or, il n'en est rien : il suffit, pour s'en convaincre, de remarquer que ridée d'une existence commençante et l'idée de causesont différentes; différentes, elles sont séparables; séparables, elles dénoncent la possibilité d'un commencement non causé (111, m. 108). Répondra-t-on que, si une chose manque de cause, c'est qu'elle se produit elle-même? Ce serait oul)licr que, quand on exclut toutes les causes, on les exclut réellement toutes, aussi bien la chose môme que les autres; car ce qui est en question, c'est précisément de savoir si toute chose doit ou non avoir une cause. Pour reprendre la terminologie que Kant mettra à la mode, le principe a priori est en réalité un jugement synthétique a posteriori.

Il n'est pas vrai, d'ailleurs, que les choses révèlent nulle part des connexions nécessaires. Nécessaires, ces connexions le soraiont, si leurs termes étaient mentalement inséparables : or, nul ras de ce genre ne se rencontre. Qu'on prenne la plus tenace, la plus invariable des successions, elle se résout en une suite de deux événements ; ceux-ci sont objets de re[)résentations distinctes, par conséquent, séparables ; le changement de ce rapport en un rapi)ort différent reste donc possible. Quant h la prétendue action efficace de la cause, elle se résout en une pseudo-intuilion. Autrement, elle aurait sa source dans une impression originelle, et celle-ci serait, à son tour, une qualité des objets. Or, les qualités sont sen-

siblcs : ce sont des couleurs ou des sons, des formes ou des poids» toutes choses limitées aux objets qu'elles caractérisent. Aucune d'elles ne ressemble, ni de près ni de loin, à ce mystérieux influx causal qu'on a cru apercevoir. Aussi, pour peu qu'on s'avise de définir celui-ci, au contraire, on épaissit autour de lui les ténèbres, et l'histoire de la philosophie est en partie l'histoire des tentatives vainement poursuivies en vue d'expliquer la nature de la causalité (111, xiv, 210-!212).

11 y a pourtant un cas où on a cru la surprendre au passage. Il s'agit de la conscience que le sujet a de mouvoir ses membres ou de diriger ses idées volontairement * : l'olîort volontaire procure le sentiment intense d'un pouvoir, qui de l'âme s'épanche à travers son corps ou parmi ses pensées. C'est encore là une illusion : l'intuition d'un pouvoir suppose l'intuition de son contenu, de son mode d'exercice, bref la pleine connaissance de la cause et de l'action de la cause. Or, où notre ignorance se truliit-ello [)lus clairement que d.ins les rapports de l'âme et du corps? De pins, p(Mir(|iJt)i certains nietiihres oI)êis><»nt-ils à inoii a. ;io:i, cl les autres non? Enfin, que dire de ctîile intuition qui, d.uis le phénomène du mouvement volontaire, ignore tous les intermédiaires, mouvements cérébraux, ébranlement des nerl's, excitation des muscles, qui relient l'acte initial de la volition à l'acte final du moiivenient déplacé? a L'esprit veut un certain événement : aussitôt il s'en produit un autre tout à fait différent et inconnu à nous-mêmes qui voulons; cet événement en produit encore un autre, que nous ne connaissons pas mieux, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'au bout d'une longue série se trouve l'événement désiré. » Les mêmes remarques s'appliquent à l'action exercée sur les idées : son détail nous échappe et son influence est limitée; enfin elle varie avec les circonstances*.

Il n'est pas vrai enfin que l'esprit, de lui-même, découvre la causalité dans les choses. H le ferait, par intuition ou par

1. Ce point est omis dans ]e Trailr ; Hume l'examine dans les Esêais philotO' phiqu<*8 aur l'Entendement^ VlI, i, 4oir-l59.

2. Cest la rcfutalion anticipée d'une thèse que reprendra Haino de Ffran.

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dômonstration : ce n'est pas par intuition, sinon la cause serait une qualifia, et on sait qu'il n'en est rien; ce n'est pas par démonstration, car toute démonstration est un enchaînement indissoluble d'idées, et, au contraire, l'imagination peut dissocier tous les raisonnements de causation. C'est donc que la causalité est une donnée de l'expérience; par l'expérience, nous apprenons qu'un corps en mouvement déplace un autre corps, et que notre vouloir meut nos (>r<rnnes. Au contraire, fait-on abstraction totale de l'expérionce et de ses données, ce qu'on voit alors, c'est un esprit liniilé aux données des sens ou de la mémoire et incapable de les dépasser, o 11 n'est aucun objet qui implique l'existence d'aucun autre, si nous les considérons en eux-mêmes et sans regarder au delà des idées que nous nous en formons*. » Prétend-on aller au delà, dès lors on est exposé à tous les hasards de la fantaisie. Toutes nos représentations distinctes, quelles qu'elles soient, peuvent s'assembler ou se séparer. Pour revenir à l'exemple de la bille poussée contre une autre bille, on peut les concevoir toutes les deux imn>o- ImIi- iiprés le choc, ou tout aussi bien la première .s"ii!t\L'o en l'air, ou rejetée en arriére, sans que la seconde bouge. En pure théorie, un événement quelconque peut suivre un événement quelconque, et toute chose peut produire toule chose*. Dans la pratique, au contraire, l'esprit reste convaincu que des phénomènes déterminés ont des eiïets déterminés; c'est donc que l'expérience façonne en lui cette conviction, et il reste à savoir comment elle procède.

B. Théorie, — Elle se présente sous deux aspects simultanés, distincts néanmoins, l'un extérieur, l'autre intérieur. Les caractères les plus apparents de la causalité sont la succession et la priorité de la cause par rapport à relfot. Réduite à ceux-là, elle ne diflérerait guère de l'association par contiguïté. Mais un troisième caractère lui assure déjà une physionomie à part, c'est la conjonction constante, a Nous nous souvenons, par exemple, d'avoir vu cette espèce d'objet que nous appelons flamme, et d'avoir éprouvé celte

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