IIL — GÉNÉRATION DE NOS FACULTÉS
f . Problème. — Condillac faisait à Locke un second reproche : « Ce philosophe, dit-il, se contente de reconnaitre que l'âme aperçoit, pense, doute, croit, raisonne, connail, veut, réfléchit; que nous sommes convaincus de l'existence de c<»s opérations, parce que nous les trouvons en noiisniérncs; mais il n'a pas senti la nécessité iïen decowuiv le principe et la (jcnératioUy il n'a pas soupçonné, qu'elles pourraient n'être tjue des habitudes (ic(juises; il parait les avoir regardées comme quelque chose dinnéy et il dit seulement qu'elles se perfeclionuent par l'exercice. »
Or Condillac essaye de donner a la génération de noi
i. Traité dès tensalions, parlie HI, c. vu, § 1.
.^r4 PHILOSOPHES MODERNES.
facuUéa ». Volontiers il substituerait à ce mot de facultét^ celui d^habitudes. il dépouillera donc Thomme de toutes ses liabitudcs, pour observer a le seïitiment dans sa naissance». lieux choses détermiupnt toutes les transformations que celui-ci subit : le plaisir et la douleur, mais surtout la douleur. Condillac y voit avec raison le stimulant de l'activité humaine et la condition de tout progrès. Le besoin est la source de nos désirs, ceux de connaître aussi bien que ceux d'agir.
s. L'attention et ses résinitat«. — Chaque sens pris isolément semble capable à Condillac de développer toute la série de nos connaissances et de nos facultés. La première odeur, par exemple, ou la première saveur, produit l'aUenlion : l'âme est tout entière à ce qu'elle éprouve. Lorsque arrive une seconde sensation, Tâme se souvient encore de la premièie : elle ne dislingue d'ailleurs ce souvenir d'avec la sensation actuelle que comme sentir faiblement ce qu'elle a été, et sgntir vivement ce qu'elle est. De là deux sortes d'attention : une attention passive, qui est toute à l'odeur présente, celle d'une rose, par exemple, et une alleiitioii aelivo. (pli se fait [lar la mémoire et qui a pour ohjel le souvenir d'une autre t)deur, celle d'un œillet. Mais ces deux m.iniéres d'être ne peuvent se partager la capacité de sentir (ju'elles ne se com[)arent : car comparer n'est autre chose que de donner en même temps son attention à deux idées. Kt dès ({u'il y a comparaison, il y a jugement : notre âme ne peut être en même temps attentive à l'odeur de rose et à celle d'œilit-f, sans apercevoir que l'une n'est pas l'autre; et elle ne peut létre à l'odeur d'une rose qu'elle sent, et à celle d'une rose (ju'elle a sentie, sans apercevoir (ju'elles sonl une înême modification. Juger, c'est donc rtr>er- C(.*v()ir un rapport de ressemblant' ou de dilTérence entre deux idées (|ue l'on compare ^ (londillac revient à la mémorrcy (jui, dit-il, ne nous rappelle h*s choses quo comme p;i>séo.s; mais lorstju'elle les retrace avec tant de force qu'elles paraissent présentes, elle s'appelle imayinaiion. Les deux