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rnciiltés ne difTèrent que du plus au moins. Tel est même l'effet d'une imagination forte, qu'alors Tâme, bornée à un seul genre de sensations, ne pourrait mettre de la différence entre imaginer et sentir. D'ailleurs Timagination se porte de préférence vers les objets qui plaisent davantage à Tâme. Et comme ceux-ci se trouvent épars dans la longue chaîne des sensations qu'elle a éprouvées, l'imagination passe pardessus les idées intermédiaires, rapproche les plus éloignées, change l'ordre qu'elles avaient dans la mémoire, et en forme une chaîne toute nouvelle*. Condillac essaye d'expliquer ensuite comment l'âme reconnaît les sensations qu'elle a déjà eues. Il parle de la facilité plus grande qu'elles ont à reparaître, lorsqu'elles ont été maintes fois objet d'attention, de comparaison, de jugement. L'âme acquiert par }à une habitude de se rappeler sans effort les changements par où elle a passé '. S'ensuit-il qu'elle les reconnaisse ?
« Concluons, dit alors Condillac, que l'âme a contracté plusieurs habitudes; une habitude de donner son attention, une autre de se souvenir, une troisième de comparer, une quatrit'me de juger, une cinquième d'imaginer, et une dernière de reconnaître*.» Voilà comment s'expliquent nos prétendues facultés.
Ailleurs, il parle des idées générales que produit la comparaison des sensation^. N'aurions-nous qu'un seul sens, cela suffit pour que nos sensations se divisent au moins en deux catégories : les unes ont pour caractère commun de nous faire plaisir; les autres, de causer une souffrance. Condillac remarque que nous passons tout à coup des idées particulières à de très générales, pour redescendre ensuite à des idées qui se subordonnent à celh?s-ci, à mesure que nous apercevons plus de difi'érences dans les choses. Nous sommes aidés beaucoup daîis ce travail par une autre notion abstraite, celle de nombre. Sans elle notre discernement n'irait pas loin. Mais dès que nous pouvons compter, les qualités des choses deviennent plus disliccL^s pour nous.
1. Traité det sensations t partie I, c. ii, § 30, 34. t. Traité des sensations^ partie I, c. ii, g 33 et 3f 3. Traité d$s sensations, partie I, c. ii, § 59.
556 PHILOSOniES MODERNES.
Nous apprenons aussi à déterminer par là notre durée. Mais il faut la comparer à quelque durée fixe, comme le cours du soleil. Sinon, le sentiment- que rlous avons de la durée est très variable, et dépend de la succession lenle ou rapide de nos idées. Dans le désœuvrement, dit Condillii^, nous nous plaignons de la lenteur des jours et de la rapidité des années. L'occupation, au contraire, fait paraître les jours courts et les années longues*.
3. Te déftir et ses conséquences. — Condillac parle ensuite des lacultés actives.. Le (le'sir n'apparail que lorsqu'on éprouve une sensation moins agréable que la précédente. 11 est causé par le malaise ou l'inquiétude qu'on ressent alors, et il a pour mesure la diflerence aperçue entre le nouvel état et l'ancien. Condillac fait à Locke un mérite d'avoir insisté sur cotte inquiétude comme sur le principal stimulant de notre activité. Et déjà Leibniz avait reconnu que ce (lui nous fait agir le plus souvent, ce sont de [xîtites douleui*s qui ne vont pas jusqu'à la souffrance véritable et (ju'il appelle iuapercepliblos, sortes de petits riissorts qui se débandent ou nous. Seulement Locke lait nailre rin(iuiétude du désir; et, dit Condillac, c'est précisément le contraire-. Plus on désire une chose, plus on s'accoutume à la désirer. Condillac appelle pamon, un désir qui ne permet pas d'en avoir d'autres, ou qui du moins est le plus dominnnt. Vamour et la haine se produisent pnr là même ; car on aime une chose agréable, dont on jouit, ou qu'on désire; et l'on hait ce qui fait souffrir. L'habiludc d'éprouver dos sensations agréables ou désagréables fait juger (ju'on en peut éj)rouvor (Micore : de là V espérance ou la crainte, Knliu le souvenir d'avoir satisfait quelquesuns de ses désirs et l'esjiéranco de [)Ouvoir le faire encore, .surtout lors(|u'on ne connaît pas d'obstacles qui s'y opposiMil, donnent à ràine im désir absolu et tel, qu'elle pense que la chose désirée est en son pouvoir : ce désir est la i»olonlé^. Mais eu n'écoutant que ses désirs, elle tombe par-
1. Traité des xensationn^ partie IJI, c. vtr, § 6. "i. Extrait raisonné du Traité des sensation» ^ Traité dtt sensations, partie 1, c* m.
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fois flnns df s méprises funestes. Instruite par l'expérience, cllo oxaminc ensuite, elle délibère avant d'agir. Elle apprend peu à peu à résister à ses désirs, et môme à les vaincre. C'est que, ainsi intéressée à éviter la tlouleur, elle diminue l'empire des passions, pour étendre celui que la uiison doit avoir sur sa volonté, et pour devenir libreK
Tels sont les éléments dont se compose notre vie intellectuelle et morale, ou plutôt dont se compose notre âme même, notre moi. Celui-ci est tout à la fois la conscience de ce (|u'est lAme et le souvenir de ce qu'elle a été. Le moi n'est donc qu'une collection de sensations, une chaîne d«mt 1rs anneaux sont tour à tour idées et désirs'.