‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 216 sur 285 · Traité de$ tensationt, partie II, c. vu · texte numérisé non relu

Traité de$ tensationt, partie II, c. vu

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l'oxpérience, il ne se composé que de sensations transformées^.

Toutefois, puisque, de l'aveu de Condillac, les idées, qu'on croit innées, servent de règle à tous nos jugements, on peut se demander quelle est la valeur d'une telle règle. Leibniz prouve contre Locke que des sensations semblables, même accumulées à l'infini, peuvent bien donner à l'esprit une habitude presque invincible de s'attendre toujours aux mêmes événements, mais non pas la certitude absolue que ceux-ci doivent se reproduire en effet. On ne saurait l'avoir cans la connaissance des raisons, laquelle nous manque dans le système de Condillac, comme dans celui de Locke; aussi ne pouvons-nous arriver qu'à des croyances que confirme, à vrai dire, tout notre passé, mais qui restent seulement probables, et même d'une probabilité dont les raisons intelligibles nous échappent. Fonder une science certaine, où tout se démontre nécessairement, paraît donc impossible, ' avec de simples sensations. Condillac cependant recherche « une manière sûre de conduire constamment nos pensées » ; il veut « contribuer aux progrès de l'art de raisonner ». Tel est son but, et le meilleur moyen d'y arriver, pense-t-il, est de savoir d'abord comment toutes nos pcîisées se sont formées en nous. Le problème de l'étendue et des limites de nos connaissances suppose donc pour lui, comme pour Locke, celui de leur origine. Or. on peut le dire, avec l'origine qu'il leur assigne, notre science deviendrait singulièrement bornée et incertaine.

e. Conclusion. — La manière dont Condillac procrMlc est remarquable encore. Il essaye une reconstruction c«v!mplètede l'esprit avec la seule sensation. Rappelant un mot do Bacon, il faut, dit-il, renouveler tout V entendement humnin-. Et commençant par ce qui est le plus simple, il s'élèvt». comme par degrés aux opérations les plus compliquées de l'esprit. Puis il compare son œuvre avec la réalité, et se demande pourquoi celle-ci n'aurait-elle pas été formée peu

t. Exlruii rnisonnéf partie IV.

i. Extrait rûi&onné.

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h peu et constituée de Tn(>me. C'est ainsi que Dcscarlos laissant, dit-il, ce. monde ici aux disputes des philosophes, parle de ce qui arriverait dans un nouveau, si Dieu créait quelque part, dans les espaces imaginaires, assez de matière pour le composer, et qu'il ne fît qu'agiter diversement et sans ordre les parties de celle inalière. Mais, quand il a conslniit ensuite la machine de ce monde, il est bien aise de constater que tout s'y est arrangé de la même manière que nous voyons à présent autour de nous^

Condillac aurait pu dire, comme Descaries, que « les choses sont bien plus aisées h concevoir, lorsqu'on les voit naître peu à peu en cette sorte, que lorsqu'on ne l^s considère que toutes faites ». El. en réalité, il essaya dans le monde de la pensée ce que Descartes avait tenté dans le monde des corps : pour y tout expliquer, il. ne demandait que la sensation, comme Descaries n'avait demandé que le mouvement de la matière. Mais, tandis que Descartes avait prétendu déduire mathématiquement l'une de l'autre toutes les formes que celle-ci devait prendre, Condillac ne fait qu'énumérer l'une après l'autre les opérations de l'esprit, on montrant tout au plus dans la précédente une condition de la suivante, mais sans prouver que celle-ci devait suivre en effet. L'attention dont il parle suppose, il est vrai, une première sensation. Mais, au lieu de s'abandonner à elle et de ne regarder l'objet que du coté agréable, l'attention le considère pour en bien juger et ne craint pas de connaître le pour et le contre et de raisonner là-dessus. N'est-ce pas là une opération nouvelle, et assez différente de la sensatioîi toute simple? La comparaison suppose une attention double: est-ce la même chose cependant que deux idées soient présentes ensemble à notre esprit, et que par un travail intellectuel nous y cherchions des rapports qui n'apparaissent pas d'eux-mêmes? Est-ce la même chose enfin, quand un objet s'offre à nous, de le connaître simplement et d'arrêter là notre connaissance, ou de la transporter à une multitude d'objets semblables, dont il devient un

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