‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 218 sur 285 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

. Biographie. — 2. Los Lettres persanes et les Conndérattanê. — 3. Esprit des lois. Le contenu. — 4. Méthode. — 5. Plan. — 6. Préface. — 7. Livre L Chapitre i : rapport des lois avec les divers êtres. — 8. Chapitre u : des lois de la nature, — 9. Chapitre m : des lois positives.

t. Biographie. — La vic de Montesquieu est une méditation incessante, en partie parmi les hommes, en totalité parmi les livres; il a observé la France, parcouru l'Europe, il a dévoré les écrits de son temps et du passé, d*^abord les historiens de l'antiquité, qu'il a tous lus, puis les recueils de lois des peuples germaniques. Francs, Bourguignons, Frisons, Ripuaires, Lombards, etc., enfin les ouvrages de voyageurs récemment publiés, par exemple, ceux de Chardin et de Bernier, surtout le Recueil des voyages qui ont servi à l élahlmement de la Compagnie des Indes, Sa pensée toujours en travail est bi concours de connaissances constamment accumulées et d'une rôMexion constamment en éveil.

Charles-Louis (b» Secondât, baron de la Bréde et de Montesquieu, naquit nu «:!i;Ueau de la Brède, prés de Bordeaux, le 18 février 1080. Son père, Jacques de Secondât, descendait d'une fatnille qui avait été au service de Henri IV; sa mère, Marie-Françoise de Penel, se rattachait à une famille d'origine anglaise, depuis longtemps installée en Guyenne.

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Son oncle paternel, baron de Montesquieu, était président à mortier au parlement de Bordeaux. Le jeune Charles«-Louis fut également destiné à la magistrature.

Il perdit sa mère à sept ans et fut placé de bonne heure au collège de Juilly. Sorti du collège, il se mit à Tétude du droit. Son père mourut en 1713, et son oncle le recueillit. Celui-ci le fit nommer, en 1714, conseiller laïc au piarlement (le Bordeaux; en 1715, il lui fit épouser Jeanne de Lartigue, qui appartenait à la religion réformée; en 1716, il mourut, lui laissant ses biens, ses titres et sa charge.

Le jeune magistrat aimait les questions de droit; en revanche, il détestait la procédure. Il se mêla au monde, entra en 1716 h TAcadémie des sciences, lettres et arts de Bordeaux. H s'appliqua aux sciences de la nature ; en 1719, il rédigea un Projet (Vhistoire physique de la terre ancienne et moderne. Deux ans après, en 1721, il publia, sous le couvert de Fanonyme et à l'étranger, les Lettres persanes, satire piquante des mœurs du temps, avec un ton trop souvent licencieux dans la première partie, mais qui dans la seconde s'élève progressivement. Le succès fut très vif, en revanche les vanités meurtries se soulevèrent : en 1725, il fut élu à l'Académie française et l'élection fut annulée. En 1728, il vendit sa charge et s'installa à Paris ; de nouveau il se présenta, de nouveau il fut élu; cette fois, le cardinal de Fleury ratifia l'élection.

Il avait déjà rassemblé les premiers matériaux de YEsprit des Lois, (l'est alors que, pour étendre ses connaissances et h l'imitation de Descartes, il voyagea; il visita l'Autriche et la Hongrie, voulut pousser jusqu'à Conslantinople, dut, en raison des événements, rebrousser chemin et passa à Venise, où il rencontra Law. Puis il parcourut fltalie et au commencement do 1729 se trouva à Rome, d'où il gagna Naples. Remontant vers le nord, il se rendit en Allemagne, s'arrêta en Hollande, linaleinent gaijna l'Angleterre. En dix-huit mois il avait parconni une partie de l'Europe; dans les dix-huit mois qui suiv iront, il prolongea son séjour en Angleterre (octobre 1729-avril 1751). A travers ses allées et venues, il dirigeait son attention principalement sur les mœurs et k&

364 rniLOsopnEs modernes.

insliUilions, beaucoup aussi sur les productions de l'art, nulleineiil sur la nature : il fut un iioinmo de pensée, non de sentiment. Rentré en France, à rimilation encore de Descartes, il fit succéder à une vie de déplacements et d'en- (juéles une vie de retraite, de lecture et de création. Il se retira dans son château de la Brédc; il y publia, en I72i, les Consiiiérations sur les causes de la (jrandeur des Romaiwi et de leur décadence^ commencées en Angleterre. Ensuite il se donna tout entier à VEsprit des Lois. La rédaction paraît avoir commencé en 1745, elle se prolongea jusqu'en l7iX, année où l'ouvrage tout entier parut. On le loua, ou le ciiti{jua, faute de le comprendre. Une feuille janséniste, les Nouvelles ecclcs'iasliquesj ralt^j(|ua avec violence ; le Journal de Trërbux, organe des Jésuites, fut plu§ modéré. MontesquiiMi répondit, en 1750, par la Défense de l'Esprit des Lois^, en faisant reînarquer surlont (pie l'on a criliquo le livre qu'on a dans la tête, non celui de l'aMtenr )>. Les attaques d'ailliMirs disparurent dans le surcès qui alla grandissant. En deux ans il veut vingt-deux éditions et des traductions dans toutes les langues.

Monlesquieu vécut encore quehjucs années, la vue à peu prés perdue par l'excès de travail ; il mourut à Paris, le iO février 1755. Son inlhn^nce fut considérable au xviii* et au XIX** siècle. Si la lîévolution s'est davantage réclamée de Rousseau et du Contrai social^ après elle l'école libérale n'a pas cessé de demander ses inspirations à l'Esprit des Lois.

Z. liettre* pernancM etCutiMiclrraticinfi». — Moutesquieu a

encore publié (fantres éciits dont nous n'avons pas parlé ; c'est (jue leur importance fut minime eu regard des Lettres l>cr>anrs, di^s Considérations sur lu grandeur des Romaiiis^ (le VEsprit des Loisy qui sont ses principaux ouvrages. Tous les trois ont un même objet, à savoir les mœurs et les instit niions bumaines. De plus, les deux premiers préparent le troisième : ils illuslrenl, chacun à sa manière, les principes doniV Esprit des Lo/.s donnera la tliéoi ie. Les Lettres persanes, c'est l'opposition de la France et de la Perse, de i'Europe et

1. Voir pour cei deux critiques cl pour la Défensf^ Ed. Laboulaye, ▼ol. VI.

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de l'Asie, du Nord et du Midi, de la liberté et du despotisme; en d'n litres ternies, c'est la vie sociale rapportée au climat (Lift, cxxxi). Par contre, l'ouvrage des Comidéraliom rnpixMle à des causes d'ordre exclusivement psychique le développement de Rome, (lelui-ci tint à la perpùtuilé de la guerre ; mais celle-ci, à son tour, eut pour raisons d'être le voisinage de peuples belliqueux, l'absence d'industrie, Tinslitution des consuls et du Sénat, bref des agents politique, économiques ou moraux. Les sociétés humaines peuvent donc avoir leur principe d'organisation, soit hors d'ellesmêmes dans la nature physique, soit en elles-mêmes dahç le monde de la pensée, soit enfin dans tous les deux ensemble. On ne doit [)as perdre de vue cette diversité d'asp(î*.î> en abordant VEaprit des Lois.

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