‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 220 sur 285 · l.u. l-AiuM I A\L, \ul. ni, liihoduclioii, p. iv · texte numérisé non relu

l.u. l-AiuM I A\L, \ul. ni, liihoduclioii, p. iv

gouvernement, les mœurs, le climat, la retigioriy le commerce, etc. A quoi l auteur a ajouté des recherches nouvelles aiir les lois romaines touchant les successions^ sur les lois françaises et sur les lois féodales.

Puis le détail de ce titre, en six parties :

i<* Des lois en général. Nature el principe des trois gouvernements (l-VIIl).

2'^ Armée. Liberté politique. Impôts (ÏX^XIU).

,V Climat, terrains, mœui^, manières (XIY-XIX).

4** Commerce, monnaie, population (XX-XXIll).

5" lieligion, rapport des lois civiles et politiques et des lois religieuses (XXIV-XXVI).

O*' Histoire des /oî«* romaines touchant les successions, des loin féodales et des lois françaises (XXYIT-XXXI).

I.a dernière partie a paru n'avoir aucun lien logique avec le reste. Kn réalité, son rapport avec les autres est le raéme rpie le rapport de l'application à la théorie, du concret h l'abstrail. VEsprit des Lois comprend donc une première t;i vision en deux parties. L'une, la plus importante aussi, du livre 1"" au livre XXVI, contient l'exposé des principes et de leur portée; c'est le fond m4me, c'est la substance de l'ouvrage. La deuxième déroule des exemples, corrobore par l'hisloire quelques-unes au moins des principales théories de l'auteur; elle est, de même que les Lettres persanes, de même que les Considérations, une illustration. A son tour, la première partie se subdivise ainsi :

1'^ Influence, sur les lois, des principes psychiques (I-Xlll).

2° Influence, sur les lois, des pnncipes physiques (XIV- XIX).

o'^ Influence, sur les lois, de Vaction combinée des prin^ cipes pitysiques et psychiques (XX-XXIII).

'i^ Influence, sur les lois, d'un principe qui nest ni psychique ni physique, c'est-à-dire de la lieligion (XXIV- KX VI).

Tout VEsprit des Lois tient en germe dans le premier livre; celui-ci comprend les fondements de la philosophie de Montesquieu el l'essence de ses doctrines politiques. D'un autre côté, il s'éclaire par les suivants. Une analyse de ca

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livre entraîne donc, outre un exposa détaillé de son contenu, un commentaire tiré des livres qui suivent.

6. Préfoee. — Une préface le p;*écède; elle indique quelle méthode Montesquieu a employée, quel objet il sVst proposé, quel profit moral il ambitionne. La méthode, nous la connaissons déjà : c'est-à-dire les lois, les mœurs, 1rs usages, expliqués les uns par les autres et tous ensemble par des principes; ceux-ci tirés, non de nos habitudes, de nos préférences ou de nos répulsions, mais de la nature des choses, par suite, obtenus, non par une révélation immé- ' diate, mais au prix de longues recherches. Ce patient effort n'exclut pas cette sorte de confiance en la pensée, par où Montesquieu tient au siècle qui le précède. Les savants de notre temps, très exigeants en matière de preuve, traversent, au cours de leurs investigations, tous les degrés de Tincertitude, du doute ou de la probabilité; leurs explications sont des hypothèses. Pour Montesquieu, elles peuvent se faire attendre, mais aussitôt trouvées, elles sont des « principes », et ces principes, d'accord avec les faits, s'élèvent au-dessus de tonte discussion, ils deviennent objets de « certitude » : bien des vérités ne se feront sentir, qu'après qu'on aura vu la chaîne (jui les lie à d'autres. Plus on réfléchira sur les détails, plus on sentira la certitude des principes.

La méthode garantit l'objet. On pourrait supposer que Montesquieu, comme tant d'autres, rêve de substituer au régime actuel, où il vit, un régime nouveau. Ce serait une erreur : changer un régime, c'est agir, et l'action exige qu'on embrasse d'un regard d'ensemble une situation donnée; c'est quelque chose comme l'esprit de finesse. Dans l'ordre présent de questions, « il n'appartient de proposer des changements qu'à ceux qui sont assez heureusement nés pour pénétrer d'un coup de génie toute la constitution d'un Ktat ».

Au contraire, Montesquieu procède, non par intuition ou divination, mais par un laborieux artifice de raisonnements, par démonstration; il observe les faits en eux-mêmes, quels qu'ils soient, un à un; et tour à tour, par rapprochements, par déduction, il les ramène à leurs principes. Sod allure

est celle d*un savant, non celle d'un homme d*État; son objet ne peut être que spéculatif : comme on dira plus tard, ciî r[u*il poursuit, c'est, non une politique, mais une philosopliie de Thistoire.

Est-ce à dire qu'un tel effort doive rester inutile, entièrcMiiont stérile? Montesquieu ne le pense pas. « Il n'est pas indifférent, dit-il, que le peuple soit éclairé. Les préjugés (les magistrats ont commencé par être les préjugés de la nation. » « Je me croirais le plus heureux des mortels, si je pouvais faire que les hommes pussent se guérir de leurs préjugés. » 11 y a deux attitudes extrêmes : ou bien on vise un but pratique, on veut bouleverser et reconstruire; ou bien on se réfugie dans la curiosité pure, on s'en tient à une contemplation instmctive et inerte. Montesquieu écarte ces deux attitudes; car il y en a une troisième, intermédiaire, faite d'une résolution et d'un sentiment; d'abord on cherche, avec la prétention d'expliquer, puis on développe les explications, avec Vespérance que celles-ci, d'ellesmêmes, provoqueront des améliorations; Montesquieu croit à reflieacité bienfaisante de la science.

C'est (ju'en effet, répandue parmi les hommes, elle leur apprendrait la prudence, l'indulgence, la générosité. Elle leur dirait que, si « dans un temps d'ignorance, on n'a aucun doute, même lorsqu'on fait les plus grands maux, dans un temps de lumière on tremble encore lorsqu'on fait les plus grands biens »; que, si on voit les abus et leur correction, on voit aussi « les abus de la correction même » ; elle révélerait à tout le monde « de nouvelles raions pour aimer ses devoirs, son prince, sa patrie, ses lois » ; elle fortifierait chez ceux qui obéissent le plaisir d'obéir, et chez ceux qui conmiandent l'obligation, pour être dignes de leur rôle, d'augmenter leurs connaissances. Le xvni*^ siècle, après Montesquieu, dé'^agera de la science le sentiment du progrès, pour en tirer l'impatience du présent, les rêves d'avenir et de révolution; Montesquieu lui a prêté un pouvoir de consolidation, d'apaisement et de souriante résignation.

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