‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 224 sur 285 · I, xrii · texte numérisé non relu

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des instincts, qui lourncnl l'homine vers risolement; les deux autres sont des idées, qui le tournent vers la société.

Les inslincls paraissent d'abord. L'homme, dans cet état, ignore son origine et il ignore Dieu ; il n'a pas de besoins spéculatii's, pas de connaissances: il a simplement a la faculté de connaître ». Le sentiment qui le remplit est le sentiment de sa faiblesse, a Sa timidité serait extrême; et si Ton avait Ifi-dessus besoin de l'expérience, l'on a trouvé dans les forêts des hommes sauvages; tout les fait trembler, tout l(»s fait fuir. » La crainte est donc la première impression qui s'éveille dans le cœur humain; seulement elle s'accompagne d'un sAitiment, non d égalité, mais d'infériorité ; riionnno aperçoit en face de lui la nature et les autres hommes ensemble; son impuissance lui apparaît complète. «Chacun se sent mférieur; à peine chacun se sent-il égal. On ne chercherait donc point à s'attaquer, et la paix serait la pre~ mi ère loi naiurelle, » llobbes, il est vrai, objecte le désir (jue les hommes onl. de se subjuguer, leur habitude de porter des armes, de fermer leurs maisons; il se trompe, il prend pour des conditions de l'organisation sociale ses effets. L'homme, vivant seul et en paix, se donne tout entier au soin de sa pro{)re conservation. « Ainsi une autre loi naturelle serait celle qui lui inspirerait de chercher à se nourrir. »

Jus(ju'à présent des inclinations instinctives seules ont agi, détournant l'iiomme de l'homme, l'appliquant exclusivement à la satisfaction de ses appétits. Maintenant un élément nouveau, d'ordre intellectuel, va se montrer, qui, sans exclure l'instinct, le mettant au contraire à profit, orientera la vie humaine dans une direction bien différente.

« J'ai dit que la crainte porterait les hommes à se fuir; mais les marques d'une crainte réciproque les engageraient bientôt à s'a[)procher. » tn d'autres termes, ce que la crainte fait, la constatation de )a crainte le défait. Or cette constatation est affaire de discernement, elle est une idée à laquelle l'animal ne s'élèverait pas. Si donc l'instinct nous invitait à l'isolement, voilà que l'intelligence nous en détourne et nous engage h l'union. Elle trouve d'ailleui's des auxiliaires dans des seutiuîents qui, seuls «n face de la crainte, seraient res-

tés stériles» mais qu'elle renforce et féconde de son intervention; c'est d*abord « le plaisir qu*un animal sent à rapproche d'un animal de son espèce » ; c'est aussi Tattrait sexuel. < Ce charme que les deux sexes s'inspirent par leur dîfîérence augmenterait ce plaisir; et la prière naturelle qu'ils se font toujours Tun à l'autre serait une troisième loi. »

Un dernier fait, dont il n'y a pas trace dans les bétes, s'ajoute au précédent et prépare une dernière loi. Ce fait, c'est la connaissance, non plus seulomentr celle de nos états et de nos impressions, mais la connaissance en général, celle qui est tournée vers les choses, et celle-là appelle toutes sortes de communications, de continuels rapprochements. H arrive ainsi que la vie collective, préparée par rinlelligonce de nous-mêmes, s'achève par rinteliigence du monde. Par lu « les hommes ont eu un nouveau motif de s'unir; et le désir de vivre en société est une quatrième loi naturelle ».

9. Chapitre III : des lois positives. — Crainte, guerre, société, lois, paix, telle était, selon Hobbes, la suite des phases préparatoires de la vie collective. Celle que propose Montesquieu est tout autre : crainte, paix, société, guerre, lois. La crainte produisait une mutuelle illusion d'infériorité: cette illusion, commune à tous, devenait un équivalent pratique de l'égalité; l'état de société dissipant l'une fait s'évanouir l'autre, et avec l'inégalité qui vient, c'est la paix qui s'en va. « Sitôt que les hommes sont en société, ils perdent le sentiment de leur faiblesse; l'égalité qui était entre eux cesse, et l'état de guerre commence. »

Chaque nation prétend employer pour elle sa propre force; et celte force, chaque individu prétend la tourner à son profit. Il y a donc deux sortes d'état de guerre, celui de nation h nnlion, et, dans chacune, celui d'in<lividuà individu. L'uis et l'autre cessent par l'intervention d'un facteur nouveau, qui e>t la loi positive ou écrite, ainsi désignée pour la distiniruor de la loi naturelle, non écrite. Le chapitre III a pour objet de classer d'abord les principales espèces de lois poïritives, ensuite les principales espèces de conditions qui les dominent. Les trente livres qui suivent, et qui composent le

i*esle de l'ouvrage, n'ont pas d'autre but que de donner le dô.tail et l'explication de ce double classement.

4° Il y a trois sortes de lois positives, c'est-à-dire trois formes du Droit, a Considérés comme habitants d'une si grande planète, qu'il est nécessaire qu'il y ait différents peuples, ils (les hommes) ont des lois dans les rapports que CCS peuples ont entre eux; et c'est le Droit des gem d (jus gentium). « Considérés comme vivant dans une société qui doit être maintenue, ils ont des lois dans le rapport qu'ont ceux qui gouvernent avec ceux qui sont gouvernés ; et c'est le Droit politique. Ils en ont encore dans le rapport que les citoyens ont entre eux; et c'est le Droit civiL »

Par l'idée qu'il se fait du Droit des gens, Montesquieu se sépare de Hobbes et des autres philosophes qui le précédent, sauf de Grolius^ Suivant l'opinion courante, la guerre avec les traités était le domaine légitime de la force, de la mauvaise foi, de la violence destructrice. Grotius, le premier, proposa d'introduire dans ce domaine l'idée du droit". Montesquieu reprend cette opinion. Le Droit des gens s'appuie à la raison et à l'expérience. D'abord il repose sur la raison, c'està-dire sur la nature môme de son objet. Il est fondé « sur ce principe que les diverses nations doivent se faire dans la paix le plus de bien, et dans la guerre le moins de mal qu'il est possible sans nuire à leurs véritables intérêts. » De plus, ce que la raison établit, une expérience universelle le confirme. « Toutes les nations ont un droit des gens ; et les Iroquois mômes, qui mangent leurs prisonniers, en ont un. Ils envoient et reçoivent des ambassades; ils connaissent des droits de la guerre et de la paix. » Le pnncipe qui décide de la nature de la guerre décide aussi de ses suites, a L'objet de la guerre, c'est la victoire, celui de lavictoin^ la conquête, celui de la conquête la conservation. » De là toutes les lois qui forment le Droit des gens, et que Montesquieu reprend au livre X, surtout dans les quatre premiers chapitres, où il traite de la force offensive, du droit de con-

1. Grotius {Ou Droit de Guerre et de Paix) vécut de 1583 l 1646,1 contemporain de llobbes (1588-1679). .

S. P. Jaaet. histoire de la icience politique, lY, m.

quôte, 0 droit nécessaire, légitime et malheureux, qui laisse toujours à payer une dette immense, pour s'acquitter envers la nature humaine » (X, iv). Comme ille disait déjà dans les Lettres persanes, comme il le répète au livre X, le principe qui gouverne tout le droit delà guerre, est non la Force, mais la Justice (X,n, et Lettres persanes, XCV).

A vrai dire, le Droit des gens est encore en question ; il n'en est plus de môme du Droit politique, dont on s'occupait dès l'antiquité. Il a rapport aux relations de l'individu avec la société. Celle-ci n'est pas seulement une juxtaposition ou une collection d'unités, elle est un ensemble, elle est, comme disait Gravina*, « la réunion des forces particulières »; elle revêt une forme où elle se réalise, elle est l'Étal politique, le Gouvernement.

Suivant Hobbes, TÉtat le plus conforme à la nature est le gouvernement d'un sou! ; le monarque commandée ses sujets, comme dans sa famille le père à ses enfants. De plus, la nature humaine est partout la môme, partout la famille obéit au même principe; on conséquence le gouvernement, lui aussi, partout obéit au môme principe, sans égard aux circonstances de temps et de Neùx : un maître unique, c'est Tunique régime, le seul bon. Il va là, selon Montesquieu, une double erreur. D'abord la nature est pour le gouvernement de plusieurs tout aussi bien que pour le gouvernement d'un seul. L'exemple tiré de la famille en est précisément la preuve. AssuréiniMit le pouvoir du père est légitime ; mais à sa mort le pouvoir partagé entre les frères ou entre les cousins l'est aussi; or, « la puissance politique comprend nécessairement l'union de plusieurs familles ». 11 y a donc au moins deux types, également naturels, d'États, suivant que l'autorité appartient à un seul ou à plus d'un seul. Mais ce n'est pas tout : il y a plus d'une façon de comprendre l'autorité d'un chef unique; d'autre part, le gouvernement à plusieins est susceptible de varier à l'infini, suivant qu'il se ramasse en un petit nombre de mains ou qu'il s'élargit jus-

1. Gravina, jurisconsulte italien (1661-1718), auleur d'un lîTre •■ ItUa ftir IM

ori}} oes du droit.

qu*à comprendre la totalité des citoyens. En d'autres termes, selon Hobbes, il n'y a qu'un gouveniement rationnel; selon Montesquieu, il y en a une infmité. D'un autre' côté, et c'est la seconde erreur de Hobbes, avec sa doctrine un seul régime est possible, et tout de suite la théorie se tourne en pratique; au contraire, là où une infinité de régimes se comprennent, aucun ne s'impose de lui-même absolument, aucun n'est le meilleur en soi; les raisons (}e choisir parmi eux se tirent des circonstances propres à chaque époque et ù chaque pays, a Le gouvernement le plus conforme à la nature est celui dont la disposition particulière se rapporte mieux à la disposition du peuple pour lequel il est établi. »

La troisième forme du Droit est le Droit civil ; il a rapport aux relations des citoyens entre eux, c'est-à-dire aux lois qui règlent notamment les biens et les peines. « Les forces particulières ne peuvent se réunir sans que toutes les volontés se réunissent. La réunion de ces volontés, dit encore très-bien Gravina, est ce qu'on appelle l'État civil ». Tandis que l'État politique est l'ensemble des forces qui, s'unissant, se fondent en une seule, l'État civil est l'ensemble des volontés qui, se rapprochant, restent distinctes et multiples.

Le Droit des gens suppose le Droit politique, et le Droit politique suppose le Droit civil ; celui-ci est donc, à ce qu'il semble, le plus important, puisqu'il paraît fonder les deux autres. Pourtant il n'en est rien; le rang logique n'est pas nécessairement le môme que le rang réel. Fait-on ab&traction de toute autorité politique, l'individu ne trouve plus devant lui que l'individu; c'est une volonté, c'est-àdire un caprice, en face d'une autre volonté, d'un autre caprice, et, dans ce règne du hasard, le droit civil luimême s'évanouit. La raison n'a chance de se faire entendre que par l'autorité collective qui, seule, réprime les fantaisies individuelles, assure l'existence et la prédominance de la loi; elle seule peut fixer les rapports des citoyens entre eux. Or, l'autorité, c'est le gouvernement; aussi la forme de ctîlui-ci, la constitution, variable suivant les circonstances, pourtant a dans chaque cas une importance suprême. Avant Montesquieu, la nature du gouvernement était toute la poli*

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tique; pour lui, elle n*est plus la question unique, mais elle reste la question maîtresse.

2° Les lois ont des conditions qui décident, non seulement de leur existence, mais de leur nature. 11 y en a de deux sortes: l'une qui est simple, immuable et universelle, l'autre qui est composée, changeante et multiple; toutes les deux d'ailleurs combinées et insê[)arables. La première est le rôle souverain de la raison, a La loi en général est la raison humaine en tant qu'elle gouverne tous les peuples de la terre; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent être que les cas particuliers où s'applique cette raison humaine. » Comme on l'a remarqué*, cette définition n'est pas îibsolument nouvelle; par delà Clarke, par delà Grotius, elle remonte, à travers un large courant d'idées, jusqu'à la philosophie grecque. Celle-ci, notamment avec Platon, posait l'identité de la raison et de la loi; la rai^^on,en effet, c'est l'ordre dans les pensées; la loi, c'est l'ordre dans les choses, choses de la nature, choses de cité; et de même que l'ordre est universel, la raison l'est auî^si. Mais il ne suit pas de là qu'hmnuable en son essence, elle soit immuable en ses produits; elle ne s'exerce pas à part <lu monde sensible, insoucieuse et ignorante du réel ; au contraire, elle ne vit (|ue d'un contact incessant avec celui-ci, elle se prête à tontes ses formes et à tous ses d»*»tours; immobile en son fond, elle a une souplesse infinie d'aspects; elle se retrouve dans la multitude des lois politiques, des lois civiles, des lois internationales; c'est elle qui les conçoit toutes, seulement elle les conçoit avec le concours de l'expérience. De là une seeonde espèce de conditions, externes et contingentes; par elles, les lois a doivei t être tellement propres au [)euple pour lequel elles soii faites, que c'est un très grand hasard si. celles d'ui* nation peuvent convenir à une autre ».

a) Ces conditions, à leur t(»ur, sontde deux sortes, directes ou indirectes : directes, quand elles tiennent au gouvernement; indirectes, quand elles viennent d'ailleurs. Les condi-

i. JuUian, Esprit des Lois, liv. I**, p. 25, n. 1.

lions qui tiennent au gouvernement sont directes, parce que. le gouvernement arrête et exécute les lois, par là môme détermine immédiatement les rapports de toute nature entre les hommes. Il faut donc que les lois a se rapportent à la nature et au principe du gouvernement qui est établi ou qu'on veut établir; soit qu'elles le forment, comme font les lois politiques; ' soit qu'elles le maintiennent, connue font les lois ei\iles ».

La nalure du gouvernement est ce qu'on appelle aussi sa formo ou sa constitution. Celte forme, nous l'avons vu, est variable. Mais la division, indiquée plus haut, en gouvernemont d'un seul et en gouvernement de plusieurs, est toute Ihéoiique et abstraite; en elle-même, elle n'est qu'un cadre vide. Le classement, au contraire, se définit, quand on envisage la place qu'occupe en chaque régime la loi; de ce point de vue, les formes se ramènent à deux, l'une où la loi est quelque chose, l'autre où elle n'est rien; la première, réprime de raison et de liberté, la seconde, régime de caprice et du despotisme. Le despotisme, précisément parce qu'il est caprice et arbitraire, écliappe à toute subdivision ; au contraire, les gouvernements de liberté varient leurs asfiects, qu'on peut lamener à deux, le gouvernement d'un seul ou m()narcliie, le gouvernement de plusieurs ou républicpie. Il y a donc en sonune trois gouvernements : République, Monarchie, Despotisme (II, i). La ressemblance du second avec le troisième est tout extérieure et de surface; au contraire, la distance est plus grande du despotisme à la inonarcbiequede la monarchie à la lépublique. La monarchii», c'est le pouvoir d'un seul, réglé et limité par des lois, c'està-dire par les attributions permanentes, par les privilèges consacrés des nobles, du clergé, des parlements. Tandis que le despotisme est le régne cbaotiqiie et harbare du sullan, la monarchie est le règne ordonné et raisonnable du roi de France au moyen Age et aux temps modernes jusqu'au xvn* siècle (II, iv;IIl, vni, x; IV, ni; V, xi, xiv, xvi; VI, i, ii, IV ; VII, IV, vin; etc.). Elle a des airs dé famille avec la république; toutes les deux sont les espèces d'un même genre, et des dilTérenccs essentielles le^ àV-àVÀu" wwA. V^^^^^'^

.les deux du despotisme. Tout VEspnt desi loin est disposé suivant le contraste des États despotiques, d'une part, et, d'autre part, des « États modérés ».

Si la nature d'un gouvernement est ce qui le fait être tel, son principe est ce qui le fait agir (L. îll). Le principe n est pas ici, comme en géométrie, une vérité fondamentale, une définition, d'où se tirent des conséquences impossibles sans elle. Le principe d'un gouvernement n'est pas nécessaire à la formation de celui-ci; mais sans lui une condition essentielle de prospérité manque; le régime se corrompt, la démocratie se tourne en démagogie, Taristocralie en oligarchie, la monarchie en despotisme. Le principe est plutôt un postulat j c'est-à-dire un élément qui complète naturellement la constitution, mais qui ne s'y rattache pas par un lien analytique ; ou mieux eiicore, il est. comme en biologie, un principe de vie, un ressort interne, il est Vàmo d'un régime.

Dans la république, on dislingue h démocratie t»l l'aristocratie. Le principe de la démocratie est la i^ertu, non pas la vertu morale ou religieuse, mais la vertu politique, celle qui fait accepter l'égalité, respecter les lois, aimer la patrie (III, ui; Y, h). Le principe de l'aristocratie est la modération (111, iv). Celui de la monarchie est V honneur, c'est-à-dire « le préjugé de chaque jiersonne et de chaque condition », qui pousse à demander des préférences et des distinctions, et qui fait « que chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts particuliers » (llî, vi et vu). Dans le despotisme, la vertu est inutile, l'honneur est dangereux ; la crainte est le grand ressort. « Il faut que le peuple soit jugé par les lois, et les grands par la fantaisie du prince; que la tête du dernier sujet soit en sûreté, et celle des hachas toujours exposée » (111, ix). Dans cha(|ue gouvernement, le principe a une suprême influence ; lui posé, toutes les lois en découlent comme d»» leur source (1, ui fin). Lois de l'éducation, lois civiles et criminelles, lois somptuaires tiennent de lui leur forme, valent ce qu'il vaut, et quand il s'afTaisse, toutes s'effondrent avec lui (iv, v, vi, vn, vni).

h) Les conditions indirectes composent un large groupe d'inlluences très diverses, Ivi^ unes p^sic^ues, les autres

économiques, d'autres encore morales et religieuses. « Les lois doivent être relatives au physique du pays : au elinint glacé, brûlant ou tempéré (XIV-XVIl), à la qualité du lorrain, à sa situation, à sa grandeur; au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs ou pasteurs (XVIH) : elles doivent se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souiïrir (XI-XIll), à la religion des habitants (XXIV- XXV), à leurs inclinations, à leurs richesses, à leur nombre, à leur commerce (XX-XXIII), à leurs mœurs, à leurs manières (\1\). Kntln elles ont des rapports entre elles (XXIX) ; elles en ont avec leur origine (XXVIl, XXVIil, XXX, XXXI), avec l'objet du législateur, avec Tordre des choses sur lesquelles elles sont établies (XXVI). »

Par exemple, le climat, c'est-à-dire le degré moyen de chaud ou de froid, mesure la vigueur ou la mollesse, le counige ou la lâcheté (XIV) ; par suite, il prédispose à la liberté ou incline à Tesclavage (XV et XVI). Par exemple encore, les sols fertiles s'accommodent des régimes de dépendance, et les sols arides des régimes de liberté (XVIII). Par exemple enfin, la religion chrétienne favorise le gouvernement modéré, et la religion mahométane le despotisme (XXIV). De plus, ces conditions s'exercent ensemble et elles ne coïncident pas toujours; il s'ensuit qu'elles se contrarient et qu'elles se limitent; la religion peut corriger les inconvénients du climat et du terrain (XXIV, ni), et le gouvernement à son tour peut corriger les inconvénients de la religion (XXIV, xix). Une société apparaît ainsi connue un réseau de lois, dont chacune a son objet propre (XXVI), mais qui tout'îs supportent les unes à l'égard des autres des rapports de nuituelle dépendance (XXIX). Ces rapports, envisagés successivement ou simultanément, ces influences et ces principes, considérés l'un après l'autre ou ensemble, composent celle Pliilosophie des Institutions et du Droit que Montesquieu appelle VEsprit des Lois.

1/ Esprit des Loisy à toutes les pages, consacre le primat de la Raison. La liaison n'est ni le fait pur, ni l'idée pure. Le fait pur, c'est le particulier sans principe, le réel sans l'intelligible, l'aveugle hasard, c'est une u\îSiV\îit^ ^a»Sk\>^^^«v^$;\

V'idôc pure, c'est le principe sans application, l'intelligible sans contenu, logique absliaile, forme sans matière. 1^ Haison, en revanche, au regard de Montesquieu, c'est runiti» indissoluble de l'idée et du fait, de la pensée et de l'expérience, de l'absolu et du relatif. Et comme la Raison c'est l'homme même, la vie sociale qu'elle gouverne tout entière se trouve en fin de compte en notre pouvoir. La nature fournit des éléments, jette les bases; il dépend de l'homme d'ordonner l'édifice, de le retoucher, de le perfectionner. Les peuples ont les institutions qu'ils méritent, chacun est l'artisan principal de sa destinée. Aussi, de ce que tous les gouvernements ont leurs raisons à eux, il ne suit pas que tous ont la raison pour eux. La plupart procèdent par élimination et par choix parmi les pouvoirs, au risque de remettre toute la vie nationale à un seul qui, par \h même, incline fatalement vers la tyrannie. Les plus avisés, au contraire, comme les Anglais avec leur monarchie constitutionnelle, comme les Hollandais avec leur république fédérative, songeant que raison c'est modération, font appel à plusieurs pouvoirs, les assemblent en un concert, où ils so balancent et se limitent au grand avantage de l'indé- (HMidance des citoyens. Le libre arbitre est caprice çt ebaott mais la liberté politique est règle et harmonie.

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