‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 229 sur 285 · Anthropologie^ Irad. Tiiiot, p. ft · texte numérisé non relu

Anthropologie^ Irad. Tiiiot, p. ft

423 PHILOSOPHES MODEKNES.

Kant les employa surtout è étudier Newton et d*autres savants. Aussi, lorsqu'il revint définitivement à Kônigsberg et entra comme professeur à l'université, il publia, en 1755, une Histoire du Ciel, où l'on trouve par avance sur le système du monde la théorie astronomique que devait proposer en 1797 Laplace.

De 1761 à 1702 parurent les principaux ouvrages de J.-J. Rousseau, la Nouvelle Héloïse, ÏÉmile, et le Contrat social. Kant les lut avec admiration, et le buste du philosophe français resta jusqu'à sa mort Tunique ornement de son cabinet de travail. Les choses morales l'occupaient à leur tour après les sciences de la nature. Herder, qui l'entendit souvent à cette époque, nous a conservé le souvenir de ses leçons: « J'ai eu le bonheur, dit-il, d'avoir pour maître un véritable philosophe. Rien qui fût digne d'être su ne lui était indifférent : l'histoire de l'humanité, des peuples et de la nature, les mathématiques et les sciences expérimentales étaient la source où ses leçons et sa conversation s'inspiraient. Dans le même esprit qu'il examinait les doctrines de Leibniz, de Wolff, de Daumj^^arten, de Grusius et de Hume, il poursuivait jusque dans leui*s dernières cou- séquences les lois de Kepler, de Newton et des autres physiciens, il accueillait et jugeait les écrits de Rousseau, son Emile, sa Nouvelle Hélo'ise, ramenant toutes choses à la connaissance impartiale de la nature et à la valeur morale de riionnne. Je l'appellerai notre Socrate, et je souhaiterai à sa philosophie le genre de succès <|u'il désirait, à savoir qu'une fois les é|>ines de la sophistique arrachées, la st»meuce de l'intelligence, de la raison et de la loi morale germe plus pure et plus vivace au milieu de nous, non par la conlraiiilo, mais p;ir la lilMM'tê. »

Cependant Kant s'était peu à peu détaché de la métaphysique. La lecture de Hume contribua plus que toute autre chose à le tin-r de ces doctrines où sou esprit sommeillait. Les lièves d'un vinonnaire, qu'il écrivit en 170G contre le Danois Swedenborg, ne ménagent pas les criticjues aux méta|)liysiciens. Mais ce ne fut qu*en 1770, «près avoir parcouru, suivant sa curiosité naturelle et les

occasions diverses qui s'offraient, à peu près toutes les connaissances, humaines, qu*il eut l*idée nette d*une réforme philosophique. On la trouve exposée dans un ouvrage de celle même année, De mundi sensibilis et intelligibiUs forma et principiis.

Onze ans après, parut la Critique de la raison pure (1781). KUe fut jugée dès lors très difficile à comprendre: Kanl n'avait mis que quatre à cinq mois à Técrire, songeant moins à la forme qu'aux idées, qu'il méditait depuis si long- Icmps. 11 reprit le même sujet en 1785, dans ses Prolégojucnes à toute métaphysique future^ où il suit une méthode analytique, tandis qu'elle était synthétique dans le premier ouvrage. Cependant même les Prolégomènes a ne sont pas, dil-il, à l'usage des élèves : ils s'adressent aux maîtres ». Kn 1787, il donna une seconde édition de la Critique de la r(mon pure.

Eln 1788, parut une Critique de la raison pratique, qui avait été préparée en 1 785 parle Fondement pour la métaphysique des mœurs, Knfin Kanl publia en 1790 une Critique do jugement, où il éludie la beauté et la finalité; déjà en 176i il avait fait paraître des Observations sur les sentiments du beau et du sublime \

Les principes étaient posés pour la science, la morale et Tari, ou les trois grands domaiiîes de notre activité, comme elles intelligents. Heslait à en indiquer quelques applications. Kant publia, en 1793, La religion dans les limites de la raison; en 1797, une Métaphysique des mœurs y comprenant ufie doctrine du droit et une doctrine de la vertu. — 11 mourut le 12 février 1704.

Sa vie se passa sous le règne de Fn^léric-Guillaume Y\ mais surtout de Frédéric II le Grand. Kant s'intéressait peu aux événements militaires de ce temps. En revanche, il suivait av(»c une cnriosilé passionnée les efforts des Étals-Unis

1. Ces deux ouvrages,* Critique de la raison pratique * et ■ Critique du lutjement », avaient été aniioiicés d'abord suus des titres qui en marquaient mieux l'objet: « Reinhold me dit, écrivait Schiller le '&) août 1787, que Kant publiera une critique de la raison pratique, oa « 9ur ta volonté », et alors aussi une « critique du goût «.

pour conquérir leur indépendance et les progrès dé la révolution frauçaise. A la mort de Frédéric 11, la liberté religieuse fut menacée par son successeur, Frédéric-Guillaume II, et Kant fut un peu inquiété pour son ouvrage, Dt la religimidans les limites de la raison. Mais les idées libérales triomphèrent de nouveau avec Frédéric-Guillaume III, et Kant acheva en paix sa carrière.

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