‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 230 sur 285 · II. — CRITIQUE DE LA RAISON PURE · texte numérisé non relu

II. — CRITIQUE DE LA RAISON PURE

t. Objet et méthode. — Lcs trois plus grands philosophes sont peut-être Socrate, Descartes et Kant, parce que chacun d*eux a été Tauteur d'une réforme et on peut même dire d'une révolution dans le monde des idées.

Socrate ne trouvant que contradictions dans les systèmes de ses devanciers sur l'univers, borna la philosophie à l'étude des choses humaines, et inventa une méthode propre à ce nouveau dessein. Descartes, avide surtout de certitude, et n'en voyant jusque-là que dans les mathématiques, imagina de trausportiT leur mélliode à toute espèce de connaissance, et déclara qui' la scienre do la nature ou la physique u atteindrait sa perlection qu'tMi devenant géométrie et algèbre. La réforme de Sorrale se fit contre une physique aventureuse en faveur de la morale ; celle de Descartes, contre des connaissances purement logiques ou verbales, en faveur de la véritable sciiMice. Kant considère également celle-ci, avec la métaphysique, qui eu usurpait le nom ; il les distingue l'une de Taulre, en marquant à chacune leur caractère et leur domaine, et déterminant du même coup l'étendue et les limites de l'esprit humain.

Les mathématiciens, dit-il, peuvent montrer uu livre (jui fait loi parmi eux: par exemple les Eléments d*Euclide. Les métaphysiciens ne le peuvent pas. Leurs différents traités se contredisent, et l'embarras serait grand s'il fallait choisir le meilleur. Mais, ajoute Kant, toutes les sciences traversent de môme une période de tâtonnements, dont elles ue sortent que le jour où chacune trouve sa méthode*

KANt 4^

Les madiénialiques y sont* arrivées les premières, grâce A Thaïes de Milet, ou à quelque autre. Jusqu'alors on étudiait sans doute les figures de géométrie sur des clioses mômes qui se trouvaient rondes ou carrées, et on en constatait les propriétés d'une façon plus ou moins empirique. Mais on finit par s'apercevoir que ces propriétés dépendent de l'essence de la figure, laquelle, dans sa justesse ou sa régularité, est surtout une idée de notre esprit. C'est donc en raisonnant sur des idées et non pas sur des choses, en partant de l'esprit même, au lieu d'observer les objets réels, qu'il faut procéder dans cette science.

La physique doit ses progrès à une semblable méthode, qu'inaugura Galilée. Pour étudier la chute des corps, il ne se contenta pas de les observer quand i{s tombent, mais il soupçonna que les lois du phénomène consistaient en certains rapports mathématiques, et imagina ensuite des expériences pour le vérifier. Ici encore l'esprit se consulte luimême et raisonne sur ses propres idées, avant d'interroger la nature.

Cette méthode réussit dans les sciences; pourquoi n'en pas faire l'application à la métaphysique? Jusqu'alors on [jartait de la considération de l'être même, comme s'il existait indépendamment de la connaissance que nous en avons, et on prétendait régler celle-ci sur son objet. L'esprit humain était comme un miroir des choses, miroir que l'on supposait fidèle et sans défaut. Pourquoi ne serait-il pas, au contraire, comme le foyer lumineux d'où partent les rayons (jui éclairent tout le reste? Et Kant propose de l'étudier d'abord, ainsi que les lois suivant lesquelles il connaît; les choses ne sont connues de lui qu'autant qu'elles se soumettent à ses lois et reçoivent en (juelque sorte sa lumière. Kaiil compare l;i réforme qu'il entreprend à celle de Copernic, (jui sut trouver le vrai centre autour duquel gravite tout lo sysième du monde : c'est le soleil, et non la terre. De même, en métaphysique, c'est notre esprit qui va devenir comme Platon l'avait dit de l'Idée du Bien, le soleil di monde intelligible.

t, Jugemenlii mia1jU^«€S et «yatliéU^aes. — C'est k

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David Hume, dit Rant, que je dois d*ètre sorti du sommeil dogmatique^ Ce pbilosoplie pensait que les deux choses que nous appelons cause et effet n*ont entre elles aucun lien nécessaire : de ce qu'une chose existe, quelle nécessité y a-t-il qu'une autre chose, qui serait son effet, existe également? Considérez la première en elle-même, analysez-la : vous n'en tirerez pas la seconde. C'est donc Texpérience seule qui nous enseigne que celle-ci vient ensuite, et peu à peu nous avons pris l'habitude d'attendre dans tous les phénomènes une succession ou une liaison semblable. Mais si la causalité se réduit à cela, elle ne peut servir à nous faire connaître quoi que ce soit eu dehors des phénomènes, et la métaphysique, ou la science du surnaturel, du supra-sensible, perd en elle son unique principe.

Toutefois, la science ne s'accommode pas mieux que la métaphysique d'une causalité ainsi entendue. Car, si Ton ne peut plus, en effet, appliquer hors de la nature une règle qui ne nous vient que de celle-ci, comment osera-ton môme appliquer à la nature tout entière une règle qui ne nous est donnée que dans un très petit nombre de cas ou d'exemph's particuliers? (Cependant la science assure l'universalité de ses lois : elle les élend à tous les phênoniènes, sans exception. Or Kant ne contestera pas à la science ses prétentions, comme il fait pour celles de la métaphysique. C'est pourquoi toute solution qui ne ruine pas moins les unes que les autres lui parait suspecte ; et il reprend à son tour le problème de Hume.

11 accorde qu'aucune chose n'est de telle nature que, si elle existe, quelque autre chose doit nécessairement exister. Ces deux choses, justement parce qu'elles sont deux et qu'elles diffèrent, ne sauraient se déduire l'une de l'autre, et leur liaison est incompréhensible, au point de vue logique. L'analyse de la première ne nous fera point découvrir la seconde : celle-ci vient s'ajouter à elle par une véritable addition ou synthèse,

1. David Uume, né à Édimbour^ç on 1711, mort en 1776, publia le Trat(^ i« la nature humaine^ en 1758, les Essais philosophiques sur ^entendement^ en 1748, une Histoire <r Angleterre, en 1760. Après M mort, eu 1779, pArurent Uei Dialogues sur la Religion naturelle.

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Maïs toute synthèse suppose-lelle donc iexpérience? Il peut le sembler de prime abord : car c'est l'cxpôrience qi:i ajoute des idées nouvelles aux idées ancienues, qui découviu dans les corps des propriétés inconnues, et que l'espiil n'aurait pas déduites des précédenles. Que dire cepenciant si Ton trouve aussi des syntbèses dans les mathématiques? Sept et cinq font douze, quelle sorte de proposition est-ce là? Le sujet est sept et cinq, ou deux nombres ajoutés; l'attribut (lonze est un nombre seulement. Dans le sujet, les parties seules se trouvent déterminées; la somme ne l'est pas encore. Je sais que sept et cinq doivent former une somme, mais laquelle? J'ai l)esoin, pour le savoir, d'ajouter une à une aux sept premières unités cinq autres, soit en comptant sur mes doigts, soit en marquant des points. Cette addition ou celte synthèse une fois accomplie, l'attribut douze est enfin délorniiné. Il contient quelque cliose de plus que le sujet : il est un seul nombre, au lieu de; deux dont 1h somme restait inconnue.

Passant à la géométrie, Kant se demande quelle proposition est-ce que celle-ci : La liyne droite est la plus courte d'un point à un autre. Le sujet, ligne droite, exprime une qualité, celle d'être droite, et non pas courbe ou brisée. L'attribut man|u<' une chos«» qui se mesure exactement, donc une quantité : la ligne est courte, et non pas longue, c'est même la plus courte entre deux points. Mais je le sais, pour avoir tracé moi-même cette li?:ne dans l'espace, et non pour avoir rélléchi sur sa qualité d'être droite. De celle-ci je ne pouvais tirer qu'une seule cliose, c'e^t que la ligne n'est point couri)e ni brisée; ce sont là qualités du même ordre, et je puis aller de l'une c'i l'autre. Mais il a fallu la considération df In ligne elle même pour m'apprendre qu'elle est la {)lus courte; c'est là une propriété d'un autre ordre, qui peut bien se trouver avec la première, mais tjui s'en distingue uéamnoins. Donc la proposition exprime encore une syn///é?i><?.

Kant ne reconnaît comme analytiques que les propositions où l'attribut ne fait que reprendre le sujet, sans y rien ajouter, quoiqu'il le développe parfois et en exprime le contenu. Exemple: tout corps est étendu; l'extension, en effet,

appartient essentiellement à tout corps, impossible de le concevoir sans cela. De môme, a=.n, ou le tout est plvs grand que la partie; qui dit un tout, dit plusieurs parties^ ou quejque chose de plua qu'une seule.

Quant aux jugements sijniliétlques, puisqu'on en trouve même en mathématiques, ils ne sont donc pas tous, comme le croyait Hume, d'origine empiriciue. Car les vérités mathémaliqucs étant universelles et nécessaires, l'expérience ne saurait suffire à les expliquer. C'est ce que Leibniz avait démontré contre Locke, et, ne pouvant les attribuer à l'expérience, il les croyait, avec Descartes, tirées du fond môme de l'esprit. Kant est du même avis. Mais il ne se contentera pas de cette démonstration indirecte. Reste, on effet, une difficulté : comment des vérités qui viennent de V esprit, se trouvent-elles par là même universelles et nécessaires? Leur origine a priori leur donne-t-elle le droit de régenter toute la nature? Voilà le nouveau problème que se propose Kant. Parlera-t-on d'une harmonie préétablie par Dieu entre l'esprit humain et la nature, pour les soumettre aux mêmes lois? C'est donner une explication surnaturelle, alors (ju(î t<»ute autre n'est peut-être pas impossible; c'est trancher la diflicullé, plutùt que de la résoiidn^

Les données du problème sont donc exactement celles-ci : il fi a des vérités universelles et necesmires, non seulement en mathématiques, mais aussi dans la physique, car la notion de causalité en est une; et ces vérités, inexplicables par rexpéricnce, ont leur origine dans V esprit lui-même. Les considérations de Kant sur les propositions arithmétiques et géométriques avaient pour but d'établir contre Hume que des liaisons d'idées, où la seconde ajoute quelque chose à la première, sont possibles méuïe a priori : il le prouve pour les véi'ilés mathémalicjues, mais afin que la causalité physique bénéficie de celt(î preuve. Or leur universalité et nécessité les ont fait attribuer à l'esprit et non pas à rexpéricnce ; il reste à faire voir que cette attribution est légitime, et à quelles conditions ce qui vient de l'esprit esty en effet, universel et nécessaire,

S. L'eupace et i« lemp». — Les mathématiques étudient

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les nombres, les figures, les mouvements, foutes choses qui sont susceptibles de mesure exacte, et qui supposent comme condition fondamentale Tespace et le temps. Qu'est-ce que ['espace et le temps?

La première hypothèse, et, ce semble, la plus naturelle, est de les regarder comme des réalités absolues, dont notre es|)rit prend peu à peu connaissance. Mais, comme il ne sauniit être présent à tout l'esjjace ni à tout le temps réels, il n'en connaît que de petites parties; et qui Tassure que ce qu'il découvre en les considérant, est encore vrai des autres parties qu'il ne peut connaître de même? Voilà donc l'universalité et la nécessité de nos connaissances relatives à Tespac(^ et au tonips, qui se trouvent compromises, à cause de cette hvfiotlièse que l'espace et le temps sont des réalités indépendantes de l'esprit humain.

Kant fera donc l'iiypothése contraire. Si l'espace et le t<'rn[)s ti existent (fue relativement h C esprit humain, ils devifimcnt sa chose et comme son domaine propre, qu'il peut |i.irc(Mirir (Mi tous sens, et continuant sa coui*se aussi loin «juil veut. Les objets (ju'il y délerniiiitMie sont point attachés néees-airenient à telle ou telle partie; mais comme c'es* lui inèine (jui les construit, il choisit, pour ainsi dire, l'emplacement qu'il veut, au hasard. Or ce (]ui est vrai d'une [Nulie quelconque, l'est certainement de toutes les autres, (le n'est pas telle ligntî plus ou moins droite et que je trouve réalisée au dehors, i|ue j'étudie, c'en est une que je trace rnoi-niéine, en n'iuïporte quel endroit de l'espace dont j'ai en moi la vue intérieure. C'est donc toute ligne droite pi)ssii)le, ou plutôt, comme on a raison de. le dire, c'est la /ifjnr (Irnitc, Kant établit l'idéalité de ^e^pace et du temps conirne une (condition sine qua non de l'universalité et de la ii«'ce>silé (h's véiités mathéfnaliipies. Sen!e, pense-t-il, son hvjMJthèsc ex[>li(|ue et juslilie de telles prétentions.

L'espace léel, poiirrail-on din; avec Pascal, me comprend «'t m'engloutit comme un point; mais par la pensée j(^ le com[a'(MKis, ou |)lutôt j'en comprends un que je fonne moimême, et {\uo. je puis étendre à l'infini, et c'est pour moi le vrai, puisque lui seul se prête à toutes les constructions de

mon esprit. Mais comment maintenir ensemble ces deux espaces, dont l'un peut-être a des bornes ou des limites, et laulre ofire un champ illimité aux spoliations des gi'omètres? Comment le faire, sans nier cjuo les mathématiques soient universelles, puisqu'elles ne seraient relatives qu'à , l'espace imaginaire? Aussi Kaut n'hésite pas : il identifie avec celui-ci, qui est le vrai pour l'esprit, l'espace réel et tout ce qu'il contient. Alors les propriétés que l'on découvre dans les figures et les nombres se trouvent applicables naturellement aux choses réelles; les mathématiques ne sont pas seulement la science de l'abstrait, mais c'est en elles que le concret lui-même reçoit' une explication scientifique.

D'ailleurs, tout ce qui s'offre à la perception des sens est dans l'espace et dans le temps. Ce sont donc la deux conditions de la connaissance sensible, ou, comme Kant les appelle, deux formes de la sensibiliic. Ccmime les mathématiques s'en emparent, et, les vidant, pour ainsi dire, de tout contenu, y dévelo:>pent leurs figures ou leurs séries de nombres, comme en même temps les mathématiques prétendent à l'universalité, ces deux formes de toute connaissance qui a pour objet des choses mesurables, deviennent nécessairement, comme Kant les appelle encore, des formes a priori.

Le progrès même de la philosophie semblait mener à cette conclusion. Dé'à Locke avait distingué dans les corps des finalités premières et des qualités secomles. Celles-ci, connue les saveurs, les odeurs, les couleurs, le chaud et le Iroid, etc., dépendent moins des choses que de nous-mêmes, de la conformation de nos organes et de notre façon de sentir. Aussi sont-elles regardées comme des modifications de notre être, et on ne laissait aux choses matérielles, comme (pialités vérilaljlementpiimitives et inséparables, que l'étendue, la ligure et le mouvement. Ce sont les propriétés mathématiques des corps. Kant les leur enlève, aussi bien que le reste, et fait de l'espace et du temps de simples formes inhérentes à l'esprit et sous lesquelles il prend connaissance des corps. Toutefois ces propriétés ont quelque ohuiie de fixe et d'immuable qui semble incompatible avec la

KANT. 4ôi

diversité des sensations. Aussi n'est-ce pas à la sensibilité, conrime source d'affections ou de passions, que Kaut les iMpporle, mais à la connaissance sensible 5n ce qu'elle a d'universel. L'espace et le (euips deviennent le fond solide et comme la premiènî assise de toutes les autres qualités. S<'ulement ce fond, au lieu d'être celui des cboses mêmes, .'ibslraclion fnile de notre esprit, est celui de toutes nos connnissances relatives aux objets; mais il n'en est pas moins inéi)ranlable, puisqu'il subsiste comme condition première de la pensée bumaine.

4. i.a cannaiité. — Kant examine ensuite la notion de causalité. Si elle tire son origine de reipérience seule, c'en est fait de l'universalité que la physique attribue aux lois (les ])bénomènes. Donc la notion de causalité est a priori. Mais il ne sullll pas de dire qu'elle vient de l'esprit; il faut montrer comment néanmoins elle s'applique h tant de cboses ({ni semblent extérieures à l'esprit et indépendantt^s de Ini. \\[\\\\ va répondre en faisant dé|)en(lre encore ces cboses de l'esprit lui-même; elles sont des objets oflerts à sa connaissance, et, comme tels, soumis à ses lois.

(lomment se foruKî, en effet, la connaissance en nous? D'abord rbacnn éprouve certaines sensations dont il ne doute pas dans le moment môme; mais il ne sait pas si elles se renouvelleront pour lui, ni si d'autres que lui doivent les éprouver. C'est ce qui arrive surtout dans le rêve, et sans (lonfe aussi au commencement de notre vie intellectuelle. Kant n'ose encore donner le nom à' expérience à ce premier élat si imparfait. Mais le jour où un homme pense que des sensations semblables ta celles qu'il éprouve actuellement, se reprodniront chez lui désormais, et aussi chez les autres hommes, en certaines circonstances, ce jour-là il les distinijne, si l'on peut dire, de son rêve intérieur, il en Tait qnehjue c^bose de fixe et de permanent, qui existe à part el (jue tout le nïonde s'accorde à reconnaître comme lui. Ce jour là, ïexpéricnce a commencé. Kant entend donc par ce mol une connaissance non plus incertaine et fugitive, bornée à un seul homme, et à une seule portion de l'espace et du temps, mais universelle déjà, qui s'impose à tous les hommes,

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autant dire â l'esprit humain lui-même. Comment lexpérienco ainsi entendue est-elle possible?

Je vois une pierre qui est au soleil ; je la louche, elle est chaude. Deux sensations, une de la vue, Taulre du toucher, se trouvent don«-, ensemble dans mon esprit, au moins à ce moment. Je ne sais encore si c*est une renconire fortuite, ou s'il y a entre elles une liaison nécessaire. lilais si J'ai le moindre soupçon qu'elles sont liées nécessairement, je m'attends à les éprouver encore toutes deux une autre fois, et je juge que chacun les éprouvera de même. Or ce jugement, comme cette attente, vient de la notion de liaison nécessaire, ou de causalité : le soleil est cause que la pierre est clinude. C'est donc par la notion de causalité que l'expérience est possible, ou la croyance à des objets distincts de chacun de nous.

Leibniz avait entrevu celte vérilé, lorsqu'il disait que « le vrai crilerion en matière des objets des sens est la liaison des phénomènes, c'est-à-dire la connexion de ce qui 9^0 passe en difrérenis lieux et lern|)s, et dans l'expérience de différents hommes, qui sont les uns aux autres des phén()!nèn(»s très imporlanls sur cet article* ». Et Descartes, distinguant le rêve et la veiile, avait dit plus nettement encore : « Si quelqu'un, lors(|ue je veille, m'apparaissait tout soudain et disparaissait de mémo, comme font les images que je vois en dormant, en sorte que je ne pusse remar(|uer ni d'où il viendrait ni oij il irait, ce ne serait pas sans raison (|ue je l'estimerais un spectre ou un fantôme, tormé dans mon C(»rveau, et semblable à eeux (|ui s'v ftu*ment quand je dors, plutôt qu'un vrai bornnie. Mais loi*sqne l'a[)er(;(»is (i(»s choses dont je connais (lislincl<'ment et le lien d'où elles viennent, et ('('lui où elles sont, et le tempR an(|uel t'Iles m'apparalssent, et <jue, mua aucune intemiplion, je pu in lier le scutiuœul </ue j'en ai avec la suite tbi renie de ma vie, je suis entièrement assui'é que je les aperçois en veillant et non point dans le sonnneiP. i

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