B. BooTRonx, Revue des coun et conférence*, 10 avril 190t
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criptives, par exemple, la Zoologie, la Botanique, la Minéralogie. On les écartera de même, pour conserver seulement l(^s sciences abstraites, c'est-à-dire celles qui ont pour objfît « la découverte des lois qui régissent les diverses classes de phénomènes ».
Celles-ci se disposent suivant un ordre de complexité croissante et de généralité décroissante de leurs objets; chacune comprend tous les éléments contenus dans les sciences plus simples et ajoute un élément nouveau caractéristique. \)o là les six groupes suivants : i" Mathématiques^ 2° Mécanique et astronomie, 3« Physique j ¥ Chimie ^ 5° Biologie, 6" Physique sociale ou Sociologie,
Les Mathématiques se subdivisent en deux branches : a) Tarithmétique ou le calcul. Son objet, le nombre, est le plus simple, le plus abstrait, le plus général de tous. A vrai dire, il est moins un objet qu'un insi ruinent. L'arithmétique est simplement une « extension admirable de la logique naturelle à un certain ordre de déductions ». i) La géométrie est une véritable science de la nature; elle a pour objet la pure étendue, et ainsi elle enveloppe avec les ligures leurs déterminations numériques. La Mécanique esi déjà plus complexe; c'est qu'en effet elle suppose l'étendue et ajoute à celle-ci le mouvement. Quant à V Astronomie, elle n'est guère autre chose, vu l'énormité des distances, qu'une mécanique céleste. A leur tour, la Physique et la Chimie contiennent tout ce qui se trouve déjà dans les mathématiques et dans la mécaniciue, et les dépassent par la considération d'un agent nouveau, qui est la matière. La Biologie marque un degré nouveau de complexité, puisque les organismes qu'elle étudie comportent tous les éléments des corps et ajoutent un facteur qui leur est propre, la vie. Enfin la Sociologie, la moins générale et la plus complexe de toules. a pour objets les états et événements humains, qui englobent des éléments mécaniques et biologiques, subordonnés à un élément propre et caractéristique, la vie sociale.
A cet ordre logique correspond un ordre historique de dévoloppemetit. Les plus générales, étant plus simples, sont plus ancieimes. Non pas (jue chacune d'elles se soit formée
tout entière à son heure sans germes préexistants. A h rigueur, s'il ne s*agil que de notions confuses et do préoccupations pratiques, toutes sont également anciennes» toutes sont contomporaines. Mais une science ne mérite ce nom que quand elle a arrêté ses principes et sa méthode. C'est pourquoi les mathématiques datent vraiment de l'École pythagoricienne; la mécanique, d'Archimède; Tastronomic, (le Copernic; la physique, de Galilée; la chimie, de Lavoisier; la physiologie, de Bichat.
Le positif, avons-nous dit, c'est le réel. Aussi les diverses sciences ont-elles leur réalité propre, qui assure leur autonomie. A certaines heures de sa jeunesse et sous l'influence de Saint-Simon, Auguste Comte paraît avoir rêvé d'une unification complète et de la réduction de toutes les lois de la nature à une seule, par exemple, la gravitation. Mais de bonne heure il s'est ressaisi et a qualifié de chimérique toute prétention de ce genre. La vie est irréductible à la matière, la société humaine irréductible à la vie animale. « L'homnie dépend du monde, mais il n'en résulte pas*. » 11 y a donc des choses plus riches et d'autres plus pauvres de contenu; il y a des sciences supérieures et des sciences inférieures. Leur diversité ne s'atteste pas seulement par les différences des objets, mais aussi par les diiïérences des méthodes. La rléduction domine dans les mathématiques, l'observation en astronomie, l'expérimentation en physique et en chimie. Toutes ensemble sont des méthodes analytiques. La biologie est plus originale encore : la vie est surtout une solidarité d'organes et de fonctions, solidarité qui, pour être saisie, exige qu'on envisage d'ensemble, dans son plan et son idée directrice, l'organisme. L'organisme, d'autre part, varie ses fornu^s suivant les espèces; il faut suivre parmi celles-ci les divers inodes par où la solidarité s'affirme : la biologie procède par comparaison et par synthèse.
Les sciences ne représentent donc pas une vérité primordiale qui se déploierait en se diversifiant à travers une infinité de conséquences, simples répétitions d'une formule
i. Catech. posit., VI* Rnlret, p. 1404
génératrice el unicpje; elles sont multiples, parce qu'elles sonl distinctes. Mais, d'autre part, elles se tiennent ensemble; une dépendance mutuelle les rapproche, parce qu'une mutuelle dépendance rapproche leurs objets. Les plus simples fondent la possibilité des plus complexes; une <;éométrie ébauchée no permet qu'une astronomie rudimëntaire; une mécanique incertaine, c'est une physique tâtonnante. Les sciences inférieures préparent donc les sciences supérieures. D'autre part, celles-ci s'offrent comme des fins qui orientent les recherches; l'explication de la matière anime et soutient mathématiques etmécahique; l'explication de la vie humaine fonde et inspire tout le reste, arithmétique, astronomie, chimie, biologie. C'est pourquoi le relatif bien compris appelle l'ensemble; chaque science, 'pour être pleinement saisie, veut qu'on connaisse toutes les autres el qu'on fixe parmi elles sa place et son rôle. Il y a plus : à l'intérieur de chaque science la même préoccupation de l'ensemble se présente comme un principe de vie; sans elle, le sentiment des rapports qui relient les diverses parties s'elfacerail, et avec lui le sentiment de l'importance des questions, l'aute de ce fil conducteur, la vue nette des recherches à poursuivre s'afl'aiblirait, et tout progrès, à la longue, tomberait au rang d'accident heureux. « Toutes nos conceptions abstraites, y compris même les mieux établies, ne sauraient linalement persister sans une suffisante solidarité mutiu'ile. )) En revanche, les grandes découvertes sont les •^ratids rapprochements d'ensembles : c'est, avec Descaries, l'application de l'algèbre à la géométrie, par là même la philosophie mathématique organisée avec « la relation générale (ie l'abstrait au concret ». C'est, avec Newton, la synthés(\ en une intuition unique, des lois des planètes et des lois de la pesanteur, c'est-à-dire de l'astronomie et de la mécanique. Chaque science est un système, toutes les sciences ensemble font un ordre de systèmes, une « hiérarchie », où l'inférieur est condition du supérieur, et le supérieur raison de l'inférieur. La science, en son ensemble, n'est point un amas de notions disparates, ni l'unité rigide d'un théorème, elle est l'unité souple d'un classement.
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B. Positivité rationnelle, — Toutes les notions scientifiques se tiennent; elles tiennent de même au reste des notions inlellectuelles : la hiérarchie des sciences n'est pa« un archipel perdu dans la mer des idées. La métaphysique se complaisait à souligner les différences de la science et de l'ignorance, de la raison instruite et du bon sens vulgaire. Là comme ailleurs, la considération de l'absolu nirne à des distinctions absolues, à des oppositions et à l'isolement. La philosophie positive, au contraire, n*admct que dos distinctions relatives, par suite, des ressemblances, elles aussi, relatives. C'est pourquoi la science doit se garder d'une solitude orgueilleuse, elle se rattache à la raison spontanée, comme l'arbre à son tronc. Les plus hautes spéculations concourent avec les plus simples notions populîiires, et l'esprit philosophique est une simple extension méthodique du sens commun. 11 y a mieux : c'est la sagesse vulgaire (jui, guidée par les besoins, procure les premières itilbriiiations, le noyau primitif de vérités fondamentales; cost elle, pareillement, qui marque l'objet des recherches et iixe le but Kiilre les deux ternies se déroule la série toujmirs grandissante des remarques intermédiaires, ordonnées et sNStéuKitisées. « Il ne peut y avoir d'essentiellement propre aux philosophes, dans l'élaboration positive, que iinslitution i4 le développement des divers procédés intermédiaires, susceptibles de lier convenablement les deux termes exi renies spontanément indiqués par la sagesse universelle. )) Par exemple, les malliéniatiques ont pour objet la mesure itidirecte des grandeurs; l'expérience fournit les cb(»ses à miîsurer, elle fournit pareillement les instruments de mesure, les premiers tout au moins. La science proprement dite est dans la mulliplieation et l'enchaînement progressif de ;:r;mdeurs intermédi;nres, qui s'ajustent les unes aux autres et ensemble s'ajustent, pour les relier, aux deux extrêmes.
Il y a donc corrélation et accord de l'intelligence spontanée avec l'intelligence philosophique, comme de chaque .science avec les autres sciences, conmie, dans toute science, de chaque branche avec les autres branches. Tous le»
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produits de rentondemcnt conspiilïnt et se classent ensemble. Tous aussi retiennent quelque chose de leurs origines; et de ménie que la raison spontanée part de données qu'elle accepte, pour les utiliser et non pour les discuter, (ie mérne la science part de principes qu'elle postule sans his mettre en question. La géométrie étudie les lois de retendue, sans s'interroger sur la nature de l'étendue; la mécanique étudie les lois du mouvement, sans chercher l'essence du mouvement; pareillement enfin, les sciences physico-chimiques ou biologiques étudient les lois des corps inertes et des corps vivants, indifférents a ce que peuvent être en soi la matière et la vie.
La positivité est, en fin de compte, une question de méthode, ou mieux d'arrangement de méthodes. Celles-ci se ramènent à deux, opposées et inséparables, l'induction et la déduction. Sans doute elles ne se distribuent pointa doses conslanles et uniformes; au contraire, Tune peut s'effacer en apparence entièrement au profit de l'autre, elle a pourtant son rôle; il y a de l'induction jusqu'en géométrie, et il y a de la déduction en biologie. En général, la déduction est préférable dans les recherches spéciales, l'induction procure les lois fondamentales. Il y a plus : les sciences appuyées les unes aux autres découvrent des rapports de dépendance entre des lois qui, étudiées séparément, seraient restées empiriques et isolées; elles les tournent en notions a priori, et les soumettent à la discipline de la déduction. C'est que la déduction, en elîet, achève de donner à la s':ience sa forme [)ropre; elle convertit Texpérience, c'està-dire l'ensemble brut des faits, en système intelligible d'idées; elle fait mieux; elle supplée l'expérience, elJe la rend inutile, parce qu'elle prévoit. La prévision, c'est la science parfaite; elle est tout ensemble explication et action. Savoir, c'est prévoir, et c'est pouvoir.
La prévision est le signe par excellence de positivité. Les sciences ont des aptitudes diverses à prévoir; et pour ce motif elles enveloppent des degrés différents de positivité. 11 y a une hiérarchie des positivités, comme il y a une hiérarohie des sciences. Les mathématiques en fournissent
assurémont le premier Spécimen, car elles représentent 1a « premier type inallôrable de posiiivité rationnelle », a base normale de toute saine éducation logique ». Mais leur vertu est limitée ; réduites à elles-mêmes, elles ne procurent aucune lumière sur la nature: bien mieux elles laissent dans l'ignorance complète des choses humaines; les mathéuiatîciens, emprisonnés dans leur culture propre, inclinent vers les utopies sociales; ou bien, comme Descartes qui pourtant fonda la philosophie des corps, ils abandonnent à la théologie ou à la métaphysique les choses de Tesprit ou de la \ie sociale. La mécanique et surtout Tastronomie ont une positivité déjà plus riche; nous leur devons' « le premier sentiment philosophique des lois de la nature » et les cas de prévision les mieux établis. En revanche, elles nous laissent dans l'incertitude des rapports du monde avec la vie, surtout avec la nature humaine. C'est pourquoi la positivité biologique Teiriporle sur la précédente; elle enveloppe doublement la notion d'ensemble et par suite de prévision, d une part, avec le sentiment de la solidarité vitale au sein de l'organisme, d'autre part, avec la notion de la dépendance où est la vie à l'égard du milieu terrestre et du milieu planétaire, objets des sciences de la matière. Cependant une lacune persiste : on ne saisit pas encore quels liens rattachent à l'ensemble du monde extérieur le monde humain, avec ses besoins, ses idées, ses modes d'organisation sociale. Avec les sciences déjà constituées, toute prévision échoue en présence de la vie colleclivè. Qu'est-ce à dii'e sinon qu'un dernier pas reste à franchir? Les facteurs on apparence capricieux de la société ramenés à des lois, pareillement ses rapports avec la nature extérieure éri^'t-s en relations invariables, \k\v suite, la prévision à l'égard des choses hiiinaines rendue possible, telle est la forme la plus haute et la [dus eoinpivhensive de la positivité. La sociolo-i(; précisément remplit ce rôle, et elle constitue la pleine positivité. Klle achève le cercle : avec elle le positivisme, <]ni a d'abord élé une philosophie scientilique, devient iinalement une science philosophique.
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^ m. — SOCIOLOGIE