‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 246 sur 285 · lulroJ. I, II, G · texte numérisé non relu

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CLAUDE DERiNARD. 515

elles sont à éviter, quand elles se tournent en idées fixes auxquelles Tesprit s*asservit ; elles sont nécessaires tant que Tesprit conserve sa liberté. On l'a dit déjà, un fait n'est rien par lui-même, il vaut suivant les autres faits auxquels on le rapporte, c'est-à-dire suivant l'idée à la lumière de laquelle on l'envisage. Ainsi entendue, une expérience est une observation préparée et arrangée ; elle est la réponse à une question. 11 y a plus : si Tordre de faits rencontrés est tellement nouveau que le savant n'ait dans ses connaissances aucun fil conducteur, alors et de parti pris il tâtonne, il procède à des expériences pour voir. Suivant le cas le plus ordinaire, l'expérience est une observation provoquée dans un but de contrôle ; à tout le moins elle est une observation provoquée dîinsle but de faire naître une idée. Quant à l'observation proprement dite, elle est une constatation sans idée préconçue; elle exige une indidérence, tantôt favorisée par les circonstances, tantôt voulue par le savant*.

Mais alors les rapports de l'obst'rvation et de l'expérimentation se présentent sous un jour nouveau : d'ordinaire on estime que l'investigation commence par la première, se continue et s'achève par la seconde. C'est le contraire qui est la vérité. Le savant se pose d'abord une question, puis il ordonne son investigation, il prémédite et réalise les conditions de la recherche : et ceci est une expérience. Une fois les matériaux rassemblés et disposés, alors il éloigne toutes les idées qui jusque-là l'avaient guidé ; il se met en face des faits pour les noter froidement, impassiblement; il se pose en photographe des événements, et c'est là part de l'observation. L'idée préconçue rend possible l'observation, puis en b'clfarant provisoirement elle la réalise. D'un seul mot, l'ex- [M'pionce est l'organisation de l'observation*.

C. Hj/pothèse, — Qu'est-ce donc enfin que cette idée préconçue dont toute l'expérience est imprégnée? Cette question nous tourne vers l'autre aspect, intérieur celui-là, du raisonnement expérimental. Il se présente cette fois, non pas comme un ensemble d'actes, mais comme un ensemble d'idées qui

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