‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 260 sur 285 · STUART MILL · texte numérisé non relu

STUART MILL

de succession un lien mystique, une vertu contraignante qui s'infuse dans le motif et sollicite la volonté comme le poids la balance : le motif devient un agent extérieur, qui pèse sur le sujet. Or l'expérience intérieure nous prouve que cette contrainte n'existe pas. « Nous savons que nous ne sommes pas forcés, comme par un charme magique, d'obéir à aucun motif déterminé. >

Le second cas enveloppe, non plus une déformation, mais une confusion. Parmi les forces du dehors, il en estqui s'imposent à nous irrésistiblement, malgré tous nos efforts pour les éviter; ce caractère d'irrésistibililé, associé à l'idée de causalité nécessaire, en devient inséparable, et dès lors une volonté nécessitée se présente connue une volonté tout entière façonnée par des forces étrangères et dominatrices, sur lesquelles nous n'avons aucun pouvoir. Comme l'a dit Owen, « le caractère de chaque homme est formé j)Our lui, non par lui ». Pourtant c'est là une illusion. Le caractère, sans doute, résulte des circonstances, mais le désir même de le modifier est une de ces circonstances : nous pouvons former notre caractère, si nous le voulons, dans la mesure où les autres le forment pour nous. Dirat-on qu'il faut le vouloir, que cette voUlion elle-même est déterminée, qu'enfin nous ne sommospas libres de nous rendre libres? Ce serait oublier que h. désir, présupposé par cette volition, n'est point un phénomène de hasard; il prend naissance au sein de l'expérience que nous faisons journellement de nous-mêmes, de nos sentiments et de nos aptitudes, surtout de leurs inconvénients que nous éprouvons ; ou bien encore il s'éveille au spectacle d'une grandeur morale, principe d'admiration et d'enthousiasme. La Liberté se présente ainsi comme le pouvoir, en chacun de nous, de coopérer à la formation de noti^i caractère. Elle s'affirme dans la mesure où celui-ci se Hxo, L'un et l'autre ont leur développement soumis à des lois qui, comme toutes lois, sont objets de connaissance possible. On a donc le droit de concevoir une science de la nature humaine qui se présente sous deux aspects : suivant qu'elle . concerne l'individu envisagé isolément, ou selon qu'elle se rapporte aux groupements d'individus, à la vie sociale ; dans

le premier cas, elle est i^//io/o^ie, dans le second, Sociologie; dans les deux la méthode est la même.

Échoioifie (c. m, IV, v). — Tout d'abord il faut déterminer à quel type de science projetée on a affaire.

Il y en a de deux sortes : les unes, comme rastronomie qui sont des sciences en un sens complètes, ou, si Ton aime mieux, exactes ; les autres, comme la maréologie, restées un degré inférieur. Dans les premières, on retrouve quatre espèces de lois, qui s'échelonnent suivant leurs degrés de généralité. D'abord, les lois primitives et universelles : e^ astronomie, ce sont celles de Tétendue et du mouvement, que les mathématiques et la mécanique nous font connaître. Puis, à l'autre extrémité, les indications brutes de TexpiV rience, simples généralisations empiriques, qui constatent des phénomènes, mais ne les expliquent point : dans le cas présent, ce sont les mouvements des astres. Entre ces données si différentes, les lois propres de la science en question, que Bacon appelait les a axiomes moyens », et qui, à leur tour, en comprennent de deux sortes : d'une part, les causes profondes et permanentes, par exemple, les lois de Kepler, ou la gravitation; d'autre part, les causes secondaires, par exemple, les masses et les dislances des planètes; cellesHM plus voisines des généralisations em[)iriques, ce'.les-là plus proches des lois primitives d'où elles dériyent ; partout les moins générales rapportées aux plus générales comme à leurs principes, toutes enfin ajustées à l'expérience, qui est leur comuuHie vérification.

l'iie coordination de ce genre rend possible la prédiction non seulement des positions et des mouvements futurs, mais même des perturbations des planètes. Kt c'est pourquoi Taslrononiie a atteint un haut degré de perfection. I^ maréologie n'en est pas là ; néanmoins elle a déjà une physionomie déliiiie; elle possède, en efi'et, ses lois universelles, qu'elle tient delà pliysicpie t't de l'astronomie ; elle a, de plus, les données de l'observation, par exemple, les rapports des martres avec les saibons ; elle a enfin ses causes généi*ales. déduites de l'astronomie et de la physique, au premier rang, raltraction du soleil et de la lune. 11 lui reste, pour s'élever

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