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attributs, ni des entités, mais des formes de la sensibilité, des conditions de la conscience ? Ce serait oublier d*ahord que des formes de la sensibilité, c'est-à-dire du sujet, ne peuvent pas hors de lui être des formes des choses ou de Vobjet; et pourtant c'est à l'objet, c'est aux choses que \o temps et l'espace semblent adhérer. Parla aussi on oublierait qu'une condition delà conscience ne peut pas être elle-ménio consciente; or nous avons conscience de l'espace et du temps.
Le contenu de l'espace, c'est la matière, dont la propriété essentielle est la résistance. La matière, elle aussi, est inintelligible. Lui attribue-t-on une solidité continue : le mouvement devient impossible. La compose-t-on d'atomes solides et discontinus : l'atome, son élément à la lois divisible et indivisible, est contradictoire. Imaginc-t-on, avec Huscovich, qui combine ainsi Leibniz et Newton, des forces sans étendue, éparpillées dans une étendue sans force : alors, on se perd dans la notion inconcevable d'un centre d'action étendue, qui n'aurait point lui-même d'étendue.
Si la pro|)riété essentielle de la matière est la résistance, son mode fondamental est le mouvement. Or, le mouvement n'est pas moins incompréhensible que la résistance. Sa diiTction d'abord s'évanouit dans l'infinité des directions qui partout se traversent : un capitaine se déplace sur son bateau du nord au sud, mais le bateau se meut du sud au nord ; de plus la terre évolue autour de son axe, elle gravite dans son orbite, le soleil enfin se déplace dans le système sidéral. La comnmnication du mouvement est tout aussi obscure: sous quel rapport un corps, qui a subi un choc, diffère-t-il de ce qu'il était auparavant? Comment comprendre enfin, sans violer le principe de continuité, le passage du mouvement au repos, du repos au mouvement?
Dira-t-on que le mouvement est une apparence seulement, et que la Force est la seule réalité? N'est-elle pas plutôt le phis symbolique des concepts? Hors de nous, elle échappe h toute représentation, et on ne la conçoit que par analogie avec le sentiment que nous en trouvons en nous-mêmes. Inintelligible dans sa nature, elle est inintelligible dans son
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action ; la transmission de la force dépasse en effet la pensée. Veul-on, par exemple, expliquer comment le soleil transmet à la terre sa lumière et sa chaleur? Ou on a recours à Thypothèse de l'espace vide, ou bien on imagine Téther, c'est-àdire une matière composée de molécules infiniment plus petites que les molécules des corps pondérables, séparées par conséquent les unes des autres par des intervalles vides : dans les deux cas, on retrouve la notion incompréhensible d*une matière qui agit sur une autre matière à travers le vide.
Même la Force immédiatement sentie, c'est-à-dire celle de la conscience, la plus claire, semble-t-il, pourtant s'envploppe également de ténèbres. Ses limites d'abord nous échapp<pnt : nous ne pouvons pas retrouver le premier fait de conscience, puisqu'un fait de conscience est un état comparé à d'autres états plus anciens. Nous ne pouvons pas davantage surprendre le dernier, a L'état de conscience qui est vraiment le dernier est celui qui se produit dans Tacle de se représenter l'état de conscience qui vient de passer» et par conséquent nous pensons toujours à l'avant-dernier*.»
Prétendra-t-on enfin que le moi est lui-même une Force. et que la Force-Moi se saisit dans une intuition immédiate? Nouvelles difficultés ! D'une part il faut affirmer l'existence du moi. « Comment le sceptique, qui a décomposé sa conscience en impressions et en idées, peut-il expliquer qu'il les regarde comme ses impressions et ses idées ? » D'autre part, l'intuition de la Force-Moi est impossible. C'est que toute connaissance implique la distinction et l'antithèse du sujet et de l'objet. Au contraire, « une vraie connaissance de soi implique un état dans lequel le connaissant et le connu ne font qu'un, dans lequel le sujet et l'objet sont identifiés, et cet état est raiiéanlissement du sujet et de l'objet* ».