‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 267 sur 285 · Ou IV, fi 24, p · texte numérisé non relu

Ou IV, fi 24, p

l*Absolu est, en réalité, un néant de pensée. — Ce sont U pourtant des illusions : si les notions qui expriment les divers aspects de TAbsolu étaient de simples négations, elles s*identifieraient les unes aux autres ; on pourrait employer indifféremment Tune pour Tautre, par exemple Tlndivisible pour l'illimité. Le seul fait qu'une telle substitution soit impossible prouve que Tillimité et l'indivisible différent en quelque chose d'autre que leur caractère négatif, par conséquent, qu'ils enveloppent quelque élément positif. En d*autres termes, la notion de l'absolu est une pensée réelle, et non un néant de pensée. Il y a plus : cette notion enveloppe une affirmation, o Dire que nous ne pouvons pas connaître l'absolu, c'est affirmer implicitement qu'il y a un absolu. Dans la négation de notre pouvoir d'apprendre ce qu'est l'absolu, se trouve, à l'état latent, l'admission que l'absolu est. » On dit encore que le phénomène est le seul objet de connaissance ; mais par cela même on pose le noumène, dont le phénomène est l'expresbion. a II est impossible de concevoir que notre connaissance soit une connaissance d'apparences seulement, sans admettre en même temps une réalité qui les soutienne; car on ne peut penser l'apparence sans la réalité. » Dès lors le problème se pose dans toute sa force : comment se fait-il que la pensée, conditionnée et conditionnante, conçoive et affirme l'Absolu pour inconditionné ?

Leibniz distinguait des perceptions distinctes et des perceptions confuses, et la distinction avait assez de poids pour fonder les différences qui séparent les corps des âmes. D'une manière analogue, Spencer distingue dans l'esprit la conscience défmie et la conscience indéfinie. La première est la conscience encadrée dans ses relations, systématisée, et elle n'est autre chose que la connaissance proprement dite. Cellelà est pure relativité, et elle ne sait rien de l'Absolu, ni ce qu'il est, ni s'il est. La conscience indéfinie est tout autre : d'abord elle prolonge invariablement la première ; elle est, pour ainsi dire, la conscience définie emportée par la vitesse acquise au delà de ses conditions. Par exemple, une représentation distincte de l'espace est la représentation d'un es-

pace donné avec des limites données ; mais en même temps qu*on trace mentalement les limites, on entrevoit au delà une prolongation même de l'espace, c'est-à-dire un espace sans limite conçue. Ce n'est pas tout; que l'imagination porte son examen sur cette vague vision, dès lors elle s'éloigne de la représentation distincte de tout à l'heure ; mais elle ne la perd pas de vue tout à fait, elle oublie seulement les contours et en quelque sorte les reliefs; en revanche, elle retient et maintient ce qu'il y a en elle de commun avec la représentation présentement observée et qui se fond avec celle-ci. En d'autres termes, la conscience indéfinie est une pensée informe qui n'a pas encore ses conditions ou qui ne les a plus ; elle est une anticipation ou un résidu. Et comme ce travail se continue sans cesse, le [mouvement ininterrompu de la conscience produit, sous les connaissances distinctes qui passent, un courant continuel de pensée informe qui ne passe pas. Cette pensée informe et permanente, u abstrait de tontes les autres d, est la notion de quelque chose qui reste constant sous tous les modes, de l'Etre pur et indéterminé. Par delà toutes nos idées, toutes nos connaissances, c'est la pure substance de la pensée, la base même de notre intelli gence, qui est aussi l'indestructible affirmation de l'Être.

On voit Qnfin la position de Spencer. Trois attitudes sont possibles: on peut affirmer l'Absolu et on peut le connaître, c'est le dogmatisme ; on ne peut ni connaître ni affirmer l'Absolu, c'est le relativisme ; on ne peut pas connaître l'Absolu, mais on peut l'affirmer : c'est l'attitude de Spencer, qtii est en quelque sorte un relativisme relatif. Le monde est dans sa totalité une immense phénomène qui manifeste TAbsolu, suprême inconnu et suprême réalité.

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