II. - LE CONNAISSABLE
f. i.a Philosophie (Ch. I et u). — C'est ce monde phénoménal, domaine du Relatif, qui est l'objet de la connaissance. Celle-ci se présente sous trois formes, qui sont comme trois étages superposés. D'abord elle est la connais-.
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sance vulgaire, dominée et orientée par la sensation. Sans doute elle est déjà une explication des choses, mais cette explication se résout en amas de propriétés et de relations imparfaitement coordonnées. A un second degrés elle devient la science, qui ne diffère pas essentiellement de la connaissance vulgaire, qui s*en distingue néanmoins et surtout par un caractère plus marqué d* unité et de systématisation : aux phénomènes jusque-là répartis dans les cadres flottants de l'expérience sensible, elle impose des lois tout ensemble générales et nécessaires. Mais avec elle ce travail d'unification reste inachevé ; les choses sont encore divisées en classes multiples, en espèces distinctes, corps inanimés, végétaux, animaux, êtres pensants. La philosophie a pour office de parfaire ce que la science a commencé : elle recherche les principes universels qui englobent les classes les plus diverses de phénomènes ; elle vise à une synthèse de tout le donné. Si le savoir partiellement unifié constitue la science, la philosophie est le savoir totalement unifié.
Puisqu'elle embrasse toute l'expérience, elle ne peut pas attendre que colle-ci lui fournisse ses principes : elle a donc SOS postulats, hypothèses initiales et inévitables, que leur accord prolongé avec les fails transforme peu à peu en certitudes établies ; par là nous voyons reparaître ce dogmatisme provisoire qui, à mesure qu'il se développe et qu'il réussit, se tourne en un dogmatisme définitif.
Les postulats de la philosophie peuvent se réduire à deux : un premier que nous coimaissons déjà, c'est Tlnconnaissahle; le second, c'est le témoignage de la conscience, érigé en critérium de la vérité. L'intuition fondamentale de la conscience est, non pas une existence, comme le prétendait Descartes, mais une relation ; cette relation essentielle est celle de ressemblance et de différence. La distinction du sujet et de l'objet en dérive : les «lonnées de la conscience se répartissent en deux groupes qui s'opposent l'un à l'autre, d'une part, les impressions vives et indépendantes de celui qui les éprouve, c'est-à-ilire les sensations, d'autre part, les impressions faibles et qui dépendent du sujet, c'est-à-dire les images. Ces deux groupes se forment peu à peu ; les im-
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pressions, que l'expérience présente mêlées ensemble, se séparent d'après leurs caractères dislinclifs, ou se rapprochent suivant leurs caractères communs ; le premier constitue le monde extérieur ou Tobjet, le second le sujet ou le moi. Cette même sorte d*intuition fonde le critérium de la vérité ; on ne distingue celle-ci de IVrreur, on ne se décide après examen que par Faction sur Tesprit d'une ressemblance ou d'une différence qui résiste à la critique. Sans celte intuition enfin, le doute lui-même, que rien désormais ne distinguerait de la croyance, s'évanouirait.
C'est la conscience qu'on consulte d'abord, et c'est elle aussi qui prononce en dernier ressort ; elle a le premier et elle a le dernier mot. C'est donc elle qui décide des éléments universels de la réalité ; car leur universalité n*est que leur réalité partout présente, et leur réalité à son tour n'est que leur persistance dans la conscience. L'étude philosophique de ces éléments doit parcourir trois étapes : en premier lieu, il s'agit de déterminer les éléments eux-mêmes, leurs carac*^ tères propres et leur rêle. Dans une seconde étape, on cherche suivant quelle formule ils concourent ensemble en une action commune. Enfin, la troisième explique la formule même et en dégage les raisons profondes. Dans toutes les trois la même méthode, déjà signalée dans la première partie, se retrouve, invariablement appliquée h tous les problèmes : l'induction établit d'abord les principes, la déduction se charge ensuite de les démontrer.
t. Le* élémenta nnlverwrlA (Ch. in-Il). — La première donnée qui s'offre à l'esprit, la plus fondamentale de toutes en apparence, est celle de l'espace et du temps. Elle n*esl pourtant pas primitive, elle résulte d'un travail prolongé d'abstraction. L'espace est le concept abstniit descoexistences, le temps est le concept abstrait des successions. Successions et coexistences furent d'abonl concrètes et senties. En d'autres termes, l'espace et le temps, simples formes vides, présupfK>sent la matière. La matière, a son tour, s'exprime en étendue et en mouvement ; mais elle a un autre caractère plus profond, la résistance, signe sensible de la force. La Force, c'est la réalité première et dernière, le principe des princi-
pes. Tous les modes de conscience peuvent se tirer d'expériences de force, mais les expériences de force ne peuieot se tirer de rien autre. L*indestructibilité de la matière, c*est l'indestructibilité de la force par laquelle la matière nous affecte. La continuité du mouvement n*est autre que la continuité, ou persistance, ou quantité constante de force. La quantité constante de force enfin trouve sa garantie dans la i distinction de Ténergie potentielle el de Fénei^ie actuelle. ! Indémontrable expérimentalement, elle est le principe de | toute démonstration. Par exemple, les sciences physiques la i postulent, quand elles admettent que les unités de mesurei | mètre, poids, etc., ne changent pas. Le môme postulat fonde dans les sciences abstraites la loi de l'action égale à la réaction. Toutes acceptent qu il ne peut y avoir une force isolée* partant de rien et aboutissant à rien. Le principe domine de si haut toutes les sciences, c'est-à-dire tous les phénomènes, qu'il revêt presque un caractère d'essence métaphysique. Par persistance de la force, nous voulons dire persistance d'une cause qui dépasse notre connaissance et notre conception. En l'affirmant, nous atïirmons une réalité inconditionnée, sans commencement ni fin ^ » Ne dirait-on pas une obscure réminiscence de panthéisme : l'être infini qui est l'absolument inconditionné, la persistance de la Force qui est son expression immédiate et marque la transition de l'absolu au relatif, enfin le monde phénoménal, à son tour, expression détaillée de la Force persistante, émanation d'émanation ?
Les autres principes universels sont de simples corollaires, et nullement des principes primitifs et indépendants. Le premier de ces principes est le principe de causalité ou duiiii'ormité des luis. D'ordinaire on présente son idée comme un produit de l'induction seulement, mais on peut la rattacher par déduction à la persistance de la force. 1^ lui de causalité signifie que tout mode de l'Inconnaissable antécédent a une connexion invariable, quantitative et qualitative, avec un mode de l'Inconnaissable conséquent. Dire