‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 33 sur 285 · I. Mim,, IV, c. IT · texte numérisé non relu

I. Mim,, IV, c. IT

SU Mém„ iV, c. nii, i.

4 PUILOSOPIIES ANCIENS.

pcut-ôtre môme d'après des notes écrites, ce qu'il a vu et entendu : c'est un témoin qui dépose en faveur de Socrate.

Celui-ci fut accusé, premièrement, de ne pas reconnaître les dieux reconnus par la ciié et d'introduire des divinités nouvelles; secotidemenly de corrompre les jeunes gens.

§ IL - RKPONSE A. L'ACCUSATION D'IMPifJÉ.

i. Len phyoïioioiçnen. — La première accusation était celle dont on poursuivait en général tous les philosophes. Nul n'y échappa, peut-être, pas plus Anaxagore, qui cependant avait reconnu le premier une intelligence supérieure au monde, que le sophiste Protagoras, qui doutait de Texistenre des dieux. Mais Xénophon rappelle que justement Socrate n'avait point la même manière de philosopher que sos devanciers. Ceux-ci plus tard furent tons appelés par Aristote des physiologues ou physiciens, ouTvoÀoyot. L'unique objet de leurs spéculations était la nature ; et tous, depuis Thaïes de Milel, Heraclite. Pythagore, Kmpédocle, jusqu'à Anaxagore lui-même, expli(|naient les |)liénoniènes par des causes naturelles. D'où la déliance à leur égard et l'hostilité d'une foule superstitieuse, qui voyait jiarlout, au contraire, dans la nature, l'action incj'ssanle de mille divinités. Pleuvait-il : c'est Jupiter qui fait pleuvdir, Zsùç u£i; cl ainsi du reste. Si quelqu'un propose une explication pliysique, aussitôt il est traité d'inipit'. Dans la comédie d'Aristophane, le bonhomme Strepsiade ne parle pas autrement : <x Dis-moi, Socrate, Jupiter Olynq)ien n'est-il pas dieu? — Ouel Jupiter? Il n'y a pas de Jupiter. — Que dis- tu là? Mais qui fait ph*uvoir? apprends-moi cela. — Ce sont les nuées, et je t'en donnerai des prouves certaines. Où as-lu jamais vu pleuvoir sans nuées? Si c'était lui, il faudrait qu'il fit pleuvoir par un ciel serein, en l'absence des nuées. »

t. Soorate ent un morallnce. — Mais Socrate n'était

pas un physicien. La diversité des opinions, si excusable nu début d'une science qui prétendait arriver aux principes mêmes des choses naturelles, lui fit croire qu*une telle

SOCRATË. t

science n'élait pas possible; ceux qui se sont occupés de physique, disait-il, et à cela se réduisait presque toute philosophie, ue s'entendent pas mieux entre eux que des fous, et ne font que se contredire. — En outre, la science de la nature fùl-elle possible, à quoi nous servirait-elle? Deviendrions-nous maîtres des vents, et de la pluie, maîtres du soleil? V.c serait une iiupiélê de le croiie. Et Socrate distingue avec soin deux domaines : celui de la nature, que les dieux se sont réservé et qu'il serait téméraire à l'homme de vouloir connaître, et celui des choses humaines; c'est ce dernier qu'il exploreja. Avec lui, la philosophie ou la .science va devenir proprement la morale*.

Ce n'était point par ignorance qu'il dédaignait ainsi les connaissances scientifiques. 11 avait étudié la géométrie, l'astronomie et l'arilhmétiquey mais n'en voulait retenir que ce qui est utile dans la pratique. L'honnne n'a que faire de s'embarrasser du reste; sa vie l'st trop courte, pour remployer à ces études, au risque d'en négliger d'auties qui sont plus importantes. Et Socrate se mo(|ue d'Anaxagore, qui prétendait connaître la nature du soleil '.

Aiusi, loin d'être un impie, c'cht par uivscj'Ufule relii-ieux que Socrate se renferma dans l'étude des choses humaines, xà àvO(iwn£i«, ne voulant pas empiéter sur les choses physiques, qui sont le secret des dieux, y\ tojv 7rdv:wv <fvai;, xà ^aiuôvcs, Ta ôêTot. Plus tard, Cicéron sut heureusement caractériser celle réforme, en disant que, le pivmier, Socrate avait fait desc.ndre la philosophie du ciel sur la terre, c'està-dire, des considérations astronomiques à des réflexions qui nous louchent de plus près, pjiscju'elles ont pour objet nous-mêmes*.

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