‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 36 sur 285 · Mém.t I, c. II · texte numérisé non relu

Mém.t I, c. II

SOCRATB. 0

En vain on rappelle l'exemple et d'Alcibiade et de Crilias, tous deux disciples de Socrafe, tous ileuj. amis de la \iolence*. < /étaient deux aîiibitieux qui ne cliercliaient aufirês du mailre qu'à devonir habiles daus Tari de discourir et de persuader. Quanta sa doctrine même, ils ne s'en souciaient t^uêre et auraient certainement mieux aimé mourir que de vivre comme il vivait. Et néanmoins tel était l'ascendanl exercé par cet homme vertueux, que, tant qu'ils lurent avec lui, ils restèrent sages. Mais retombés ensuite dans de mauvaises compagnies, leurs passions, un instant réprimées, redevinrent bientôt maîtresses.

Socrate dit ailleurs ce qu'il pense des fonctions publiques et ce que chacun doit à l'État*. Avant tout, un homme qui prétend servir l'Ktat, doit avoir un fond solide de vertu. Les connaissances techniques sont sans doute utiles à un bon général, mais certaines qualités, comme la possession de soi ou la tempérance, la connaissance des hommes, lui sont nécessaires. Un ivrogne, un débauché, pourraient à certain moment perdre toule une armée. Socrate ne sé|)aredonc pas les qualilés de métier et d'autres, qui sont plutôt morales et ne regardent que la pei^onue même. Toulefois il ne néglige pas pour cela les connaissances particulières; et on ailmirece qu'il demande à un futur général de cavalerie, et encorcplusà un futur oraleurpolitique.Celui-cidoil connaître à fond les revenus de 1 État, ses dépenses, la lorce des pays voisins, l'armée et la marine de son pays, conmienl les frontières sont défendues, les ressources de rAlti(|ne en blé, en argent, etc. Et Socrate encourage tous ceux qu'il trouve bien doués, à s'occuper des affaires publiques, pour rendre à Athènes sa gloire d'autrefois. Les Athéniens sont toujours amoureux de la gloire; ils veulent être les prenners dans tuus les concours, à Olympie, à Delphes. Qu'on j)rorile soulemenl de ces dispositions généreuses, et pourquoi ne parviendraient-ils pas à reconquérir dans la Grèce ce premier rang, dont ils se sont laissé déposséder?

t Jr^., I, c 11, 1243.

t. àléin.^ Hl| e. l-fiu.

10 PHILOSOPUES ANCIENS.

La vertu que Socrate recommande le plus pour oela est la justice, c'est-à-dire la pratique de ce qui est juste; et, comme la loi détermine dans chaque cité ce qui est juste et ce qui ne Test pas, la justice est l'obéissance aux lois. L'esprit d'obéissance surtout a fait la force de Sparte, bien plus que la législation établie par Lycurgue. Alors, en effet, régne entre tous les citoyens comme un même esprit; la concorde, l'union est parfaite*.

Aux lois écrites qui composent le code de chaque cité, Socrate ajoute néanmoins les lois non écrites que les dieux eux-mêmes ont gravées en nous, et on a vu qu'il savait, au besoin, se réclamer d'elles pour ne pas obéir aux ordres tyranniques d'un Critias'.

3. La famille. — Socrate ne sépare point la cité et la famille. La vertu, pour lui, consiste à savoir bien administrer l'une et gouverner l'autre*. Comment, attaché comme il l'est à ce qui fait la force de l'Étal, le serait-il moins, à ce qui maintient la famille unie? Pourtant ses accusateurs lui reprochaient certaines paroles, étranges en effet, et qui semblent exciter les fils à mépriser l'autorité paternelle*. Aristophane déjà, dans les Pinces, montrait Phidippide, un disciple de Socnite, qui battait Strepsiade sou père. — La meilleure réponse de Xénophon est ce bel entretien de Socrate avec son fils Lamproclès*. Un jour celui-ci s'était mis en colère conire Xanlhippe sa mère. Socrate, sans paraître songer à la faute du jeune homme, lui parle d^abord de ringralilude en général. Il n'a point de peine à lui faire avouer que c'est avant tout une injustice : qui a reçu doit rendre, et à proportion qu'il a reçu davantage. Lamproclès va même jusc^u à soutenir qu'il n'CvSt jamais permis de ne pas rendre à un bienfaiteur, fùt-il un ennemi l Socrate n'en demandait pas tant. Laissant là soudain les généralités, il arrive à ce que Lamproclès vient de faire. 11 rappelle tous

1 àirm., IV, c. IV. 1-18.

2. Mém.t IV, c. iT. 18-25 inclus: otypa^ou; ti T'.va; otoOa vôpiou;.

3. 3/ef/M., IV, c. I, 8 : oixôv zi xaXw; oixêîv xai 7:ôXiv. i. Mém., I, c. II, i0-:i6.

ft. Mim., U, c. n.

SOCRATE. Il

les bienfaits que les parents prodiguent à leurs enfants : il insiste sur le désintéressement absolu des parents, et montre que plus lard un fils, quoi qu'il fasse, n*est jamais quitte envers son père et sa mère. Lamproclôs s'est con- (Jamué lui-rnéme, en déclarant que l'ingratitude est la plus laide forme de rinjuslice. Il essayé de s'excuser, alléguant remporlement de Xauthippe qui. en effet, dans ses moments de vivacité, ménageait peu les oreilles des siens. iMais Socrate donne à son fils une belle leçon de patience, l'n comédien sur la scène se laisse dire par ses compagnons toutes sortes d'injures, parce qu'il sait bien qu'aucun d'eux n'en peube un mot dans le fond. Crois-tu donc qu'une mère parle plus sérieusement quand elle s'emporte contre ses enfants? Cesse-l-elle pour cela de les aimer?

Une autre fois, Socrate réconcilie deux frères ennemis, Chért'phon et Chérécrat»*, qui furent ses disciples*. 11 fait comprendre aisément ^ Chérécrale qu'un frère est le plus grand de tous les biens. On était mal en sûreté dans ces républiques anciennes; on avait besoin de se soutenir, de s'appuyer l'un sur l'autre. La conclusion est qu'il faut tout faire pour regagner une telle amitié perdue. El la chose est toujours possible; car ce frère n'est pas d'un caractère intraitable; et la preuve, c'est qu'il plaît à beaucoup d'autres. Tu ne sais donc pas t'y prendre pour lui plaire également? Voyons, comment agirais-tu avec tel et tel, pour en faire tcm ann? — 11 n'est plus question du frère. Chérécrale n'hésite pas : Je l'inviterais d'aboid, je lui ferais des avances, je commencerais. — Conmience donc aussi avec ton frère, reprend Socrate. Et comme l'autre hésite par (ierté : Tu feras preuve c iii meilleur nalunl, tu te montreras, loi, le cadet, plus raisonnable que ton aîné. Ne séparons jamais ce que la divinité a uni, deux yeux, deux mains, deux frères.

Puis Socrate parle de l'amitié*. Il s'étonne plaisamment que chacun sache au juste le nombre de S3S esclaves, et ne

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