IF. — THÉORIE DU PLAISIR
t. Docirineii anlérlcnres. — Le but de tOUS les hommes
0^ I*» imnhpiir; nussj le plajsjr est le principal ressort 3e JeuiLailiïité^ristole, dans le livre X de la Morale à Nicomaque, étudie d*aljord le plaisir*. 11 rappoile à ce sujet deux opinions des philosophes : les uns disent que le bien est le plaisir, t^y^'^ôv ^oovV /.«yougi, les autres que le plaisir est une chose tout à fiit vile et méprisable, xofAtc§ ©aùiov. La première opinion est celle d'Eudoxe de Cnide, sorte d'épicurien avant Épicuro, et l'autre est celle des Platoniciens'. Aristote examine les arguments d'Kudoxe et n*a point de peine à montrer que s'ils prouvent, en effet, que le plaisir est une bonne chose, ils ne prouvent pas pour cela que c'est la seule chose qui soit bonne*.
tique et en la traitant comme iiiic i'cicnce distincte, déclare qu'il ne la considère pas moins comme la b.ise do la science sociale. » {La Morale et la Politique d'Ahstote^ Irad. Thurot, dise, prélini.. p. xvii ) — « Ix* fruil le plus pur et le plus beau de la lUtïtliude socralique, c'est cette Éthique à Nicoinaque, on, sans faire appel aux sciences physiques, s.ins demander a la mêlaphy^^iquc autre chose que l'élan de l'esprit et I elévHliou du senlimenl, Aiistoie a réduit en maximes ce que cliuque homme ayant l'expérience de la vie pt.Mis<: contuscinent sur les comlilions de la vertu et du bonheur. » [È. boutruux, Soa'ale fondateur de la science morale, ji. 62.)
l. Tnul ce livre X peut se diviser en deux parties : la première (i-vi), qui se rapporte au plaisir; la sfconde (vi-xj, au bonheur. D.ins la premicMe Aiistnte ntppeile d'abord les Ojiinions de ses devancieis et les discute, suivant son habitude (i, n, in), puis il donne sa pio|)re théorie (iv et v). Dans la seconde partie, Anstote examine en quoi peut consister le bonheur; i-st-ce dans le plai>ir du jeu (vij, ou dans les vertus pratiques, ou dans la pure théorie ou la science (vu et vin)? Quant an chapitre ix. il est relatif à l'éducation qu'tm doit donner aux enraiiLs en vue de leur bonheur et marque, A la tin, la transition entre la Morale à Nicomaque et la Politique,
t. Elh. Nie., X, I, t
i. Eth. Nic.t X, lu
Ouant â ceux qui rcgardonl le plaisir comme une chose mauvaise, Aristote ne s'explique pas leur sentiment. Il se d'»manHn fi ces philosophes parlaient sérieusement, et croirait volontiers que c'est plutôt de leur pari une exagération volontaire, pour retenir au moins à demi les hommes qui n'ont que trop de penchant vers le plaisir. Qu'arrive-t-il cependant? Les mômes philosophes ne peuvent s'empêcher de rechercher eux aussi quelques plaisirs. Les voilà donc en désaccord avec leur doctrine ; et cela suffit pour qu'on n'ajoute plus foi à ce qu'ils enseignent. Aristote en conclut qu'une sincérité parfaite est nécessaire aussi bien dans la science que dans la pratique de la vie, o\ aXyjOeîç t(MV ?\oy<i>v
Ceux qui séparent ainsi l'un de l'autre le bien et le plaisir distinguent avec Platon deux régions, celle des choses fixes et immuables, parfaites par conséquent, et celle des choses qui passent, toujours changeantes et inachevées. Le bien est dans la première; dans l'autre le plaisir. Mais Aristote conteste que le plaisir soit quelque chose d'imparfait. Sans doute il est variable et susceptible de plus et de moins, non pas cependant à la façon des nombres ni de la quantité, où l'on ne trouve en effet que des séries mouvantes et jamais achevées, mais comme la justice, la vertu, en un mot toutes les qualités : elles ont assurément plusieui*s degrés, cela les empéche-til d'être des biens? La diitinction platonicienne est donc vaine ici. Au reste, Aristote avoue que beaucoup de plaisirs >sout mauvais, par exemple ceux du débauché. Mais ils ne prouvent rien contre les autres, pas j)lus que les hallucinations d'un malade contre les perceptions véritables.
Ainsi de ces deux opinions contraires, Aristote retient ce que l'une et l'autre ont de juste, el rejetle ce qu'elles ont d'excessif et de faux ; à Eudoxe il accorde que le plaisir, sans être le bien lui-même, est cependant une bonne chose; il reconnaît avec les Platoniciens que le plaisir peut devenir mauvais, sans être pour cela un niai en lui-même. Tous les plaisirs ne sont pas à rechercher comme des biens; mais
i. £M. Aie.. 1,1,1-4.
54 PHILOSOPHES ANaENS.
quelques-uns méritent qu*on les recherche, oSrs Td^yaDov ^ ^Sovr, ouTC TcSffa «{pct^.... slai tiveç atpeTai'.
sr. Anal jse do plaisir. — Quels sont donc les Caractères du plaisir? Âristote insiste sur ce qu*il y a d un, de simple et d'indivisible en lui, et ses arguments valent encore contre ceux qui prétendent que toute sensation n*est qu*un mouve* ment du cerveau. Un mouvement peut toujours se décomposer en parties, qu*on le considère dans l'espace ou dans le temps. Ce n*est donc jamais un tout achevé et parfait. A rinstant où il le deviendrait, il s*arrète, et cesse, par conséquent, d*étre un mouvement; Mais une sensation, celle de la vue par exemple, est quelque chose de complet, £^ov ti. On ne trouve en elle aucune division possible, ni par rapport à Tespace, ni môme par rapport au temps : elle est instantanée. C'est donc une véritable unité, comme un point, aiiYur,, fiovaç. Dure-l-elle quelque temps, elle ne cesse pas pour cela d*étre elle-même; mais Faction totale, en quoi elle consiste, continue'.
Si la sensation de plaisir apparaît comme un achèvement ou une fin, qu*est-ce donc qu'elle finit ou achève et perfectionne de la sorte? C'est, dit Âristote, tantôt l'acte de tel ou tel sens, tantôt celui de la pensée. En effet, lorsqu'une action s'accomplit parfaitement, on ressent un vif plaisir, comme la preuve que rien n'y manque, et qu'elle a désormais atteint le plus haut degré. Platon avait dit que le plaisir n'est que la satisfaction d'un besoin, et que toujours quelque douleur le précède; mais ce n'est vrai que pour certains plaisirs du corps : pour les autres, il suffit 4]ue l'homme agisse, n'importe de quelle façon, j^t^. plaisir arcompap^np. tniilft action, il en marque l'achèvement heureux et facile. TcXtioI Ti^.v cvépY«iav^, TiSovTQ, il s'y ajoute comme à la jeunesse sa fleur, oîov ToTç axjxaiou ^ wpa*.
Aristote recherche les conditions du plaisir : ce sont celles qui favorisent le plus la sensation; d'une part, des sens bien disposés pour saisir les objets^ de l'autre des objets qui se