Eih. Aie., X, iT
pillent le mieux du monde à eetle action et qui la facilitent. Ce qui est vrai des sens, l'est encore plus de rinlelligcnce, et en un mot de toute espace d'activité. Mais agir ainsi, n'est-ce p'is sentir en soi conmie une plénitude de vie, nVst-ce pas vivre d'une façon coni])léte? A ce compte, l'amour du plaisir se confondrait avec l'amour de la vie. Aristole en convient; car les deux choses sont inséparables. El d'avance il répond aux épicuriens et aux stoïciens futurs, qui soutiendront, les uns qu'on aime la vie seulement à cause du plaisir, oii tt;v ^.ov^ tô Çr.v oiboousOof, les autres que, si l'on tient au plaisir, c'est h cause de la vie pleine et entière dont il est raceompagnenient naturel, otît xo Cv f^.^ r.oW,v. Les uns font ainsi du plaisir le but final de la vie, tandis que, pour les autres, ce but est la vie elle-même, ou TactioD. La vie est une activité, ^ C(or, Evioyeia tU lauv. Mais Aristote ne considère pas l'activité à part, en dehors du plaisir, qui serait chose indifférente; en revanche, celui-ci n>st pas distingué non plus de l'activité, ni recherché ])our lui seul comme notre unique fin; point de plaisir, si l'on n'agit d*abord, et, quand on agit, qu'on le veuille ou non, il en résulte du plaisir ^
Tel est le point de vue auquel Aristote se place. Tandis que beaucoup jugeraient peut-être d'un acte par le plaisir, il juge au contraire des plaisirs par les actions. Si l'on ne considère pas celles-ci, les plaisirs se distinyuenl malaisément les uns des aulres, et l'on est tenté de dire (ju'ils se valent tous, ou que les plus grands doivent être préiérés; et chacun demeure seul juge de ccîjx (jui sont prélérahles ponr lui. Mais les plaisirs ne se sé{uireiit pas des actions niénies, et celles-ci sont loin de se valoir toutes; on s'en apereoit à leurs conséquences, dont les unes sont bonnes et les autres mauvaises pour l'individu; de même 1rs désirs ou les penchants qui nous y portent; de même aussi, par conséquent, les plaisirs qui sont comme le pajfail achèvement de chacune d'elles.
^ t. *'Av«uTC ràp tvtpyeb; ou yiveTac fcovi?,, TiS^av ts Ivlpyeiav teaeioÎtj ^^ovi^' {Sih. Nie., X, iv. 11.)
53 ruiLosopUEs a:îciens.
Il nous faut donc étudier racli.vilô de chaque être, et, pour cela, d'abord l'être même, avec les principes qui le conslituenl. C'est là proprement l'objet de la philosophie, qu'Aristole délmit la science des premiers principes et des premières causes,
3. Le» quatre cauncfi. — Le premier» il soumit ridée d^ cause à lanalysë. Dans tout objet, on peut distinguer quatre causes. Ce sera d'abord l'airain d'une statue, l'argent d'une coupe, en un mot la matière de l'oV-^t; puis la forme de cet objet : c'est une plante, un ani". vl, un homme: puis le principe môme, la cause du mou "ment ou changement nécessaire pour que la matière prenne telle ou telle forme, puis la fin pour laquelle cette chose a été faite*.
Ces quatre causes se retrouvent a la fois dans les œuvres de l'homme et dans les ouvrages de la nature. Il y a pourtant quelque différence. Dans les ouvrages de la nature, comme un animal, une plante, la cause qui façonne l'être est interne, au lieu d'agir du dehors; elle ne se sépai-c donc point de la matière; elle n'a d'autre fin que de réaliser pleinement la forme de telle ou telle espèce, et c'est même celte forme achevée et parfaite cpii est cause de tout le mouvement qui s'opère dans Tètrc même. Trois causes se n^duisenl donc à une seule : et il ne nous reste que la matière, d'une part, et, de l'autre, la cause du mouvement, c'est-à-dire la forme qui en est la fin *.
L'idée d'achèvement, de perfection.fiivorise cette synthèse. Aristoto niontn» que, dans la nature et dans l'art, ici c'est la forme on l'idée, là c'est l'être entièrement formé qui explicpie tout. La maison que lait bâtir un architecte est déjà toute construite dans son esprit, avant qu'il mette les ouvriers à l'ouvrage, et le plan qu'il a conçu est la cause dirigeante de tous les travaux : la maison réelle vient de celte maison immatérielle, de cette idée d'une maison qui est en lui*.
^1. "TXy). to è^ ou, zh {»î:ox£t(X€vov, — eîfioç, uop^iq. ov(7Îa, tb xi tjv eivat, — àpx"n '^lî xi'/rjderoç ou yEvIcxstoç ou (itTaèoAr,;, — xb TéXoç. TO ou evexa. (/Vi//«., II, 3, et Mél., A, 2.) ^. Phys.,n,).
3. Ttiv olxt'av ytYvecjOai èÇ oixix;, t^ç avev uXr,; (tv tî^ +vx^) tJjv ICx^uaavdXTîv. (Mél.,Z, 7.)
AWSTOTE. Î17
De même, dans la nature, c*est un homme qui engendre un homme; la forme humaine, déjà réalisée dans le père* se réalise ensuite dans Tenfant, comme si elle passait de Tun à l'autre ; or cette forme est ^causc qu'un être est tel et non pas autre, c'est donc une forme substantielle, comme si tout l'être véritable n*était qu'en elle*.
Hais si chaque chose s'achève ainsi, et continue son mouvement jusqu'à ce qu'elle ait toute sa forme, c'est que Tachèvement vaut mieux que de rester imparfait, incomplet. L'achèvement est donc une bonne chose. Or Aristole en appelle à l'expérience de chacun : il est naturel de toujours chercher ce qui est bon, et la nature fuit ce qui est inachevé, non fini, elle poursuit la perfection*. En toutes* choses, elle désire toujours le meilleur *. Ainsi se rapprochent et s'unissent les idées de forme, de fin, et de bien *. On s'explique alors que l'être se mette en mouvement, puisque c'est son bien qu'il va réaliser, et il se meut sous l'impulsion du désir.
4. Le bien. — Mais Platon avait dit déjà qu'en toutes choses le bien est le principe ou la cause". Seulement, il ne distinguait pas encore quatre sortes de causes, comme Aristote, et celui-ci a beau jeu quand il lui demande en quel sens le bien est cause, ittâz zo àyahoy àp/ri; et môme il a sa réponse prête, puisque, dans rénnmération des quatre causes, il met ensemble la forme ou l'exemplaire des choses. Platon appelait de ce nom les idées : c'était donc des causes formelles seulement*.
Aristote, critiquant l'idée platonicienne du bien, lui reproche surtout deux choses : d'abord d'être le bien absolu, unique; puis d'être entièrement au-dessus des choses, ù part. D'abord le bien ne saurait être le même pour tous les