Eth. A'tc.fX, vu
03 PHILOSOPHES AUCIEIVS.
ils n*ont point la môme expérience ni le même jugement; ils ne sont pas aussi avancés dans la voie où notre nature nous pousse. C'est donc lui qu on doit prendre pour guide et pour modèle. Ârislote adopte la maxime de Protagoras, que Thomme est la mesure et la règle de toutes choses, surtout dans les choses morales; mais il entend Thomme par excellence, et qiii est, si Ton peut dire, toute raison '.
Enfin le jeu est-il bien une fin poumons? Nous ne jouons pas seulement pour le plaisir déjouer, mais pour nous reposer et reprendre des forces en vue d'un nouveau travail. Le jeu n'est donc en réalité qu'un moyen, et la fin véritable pour l'homme serait plutôt de toujours agir. Mais sa faiblesse ne le lui permet pas, et il est vite contraint de chercher un délassement. Dira-t-on que c'est là le bonheur • ?
Les actions convenables à l'bomme ou plutôt les verlus d'où elles résultent sont de deux sortes : vertus pratiques^ wpaxTixai àpETii, et vertu théorique, Ô£(oçyit x9; (xptTii. Le bonheur se trouvera dans celle qui est véritablement une fin, et ne saurait être un moyen.
«. YerCnn prati<ineii. — Or les vertus pratique» s'exercent dans les relations des hommes entre eux. C'est le courage, en temps de guerre ; la justice, pendant la paix; puis la libéralité, toutes verlus sociales. C'est enfin la tempérance, vertu individuelle. Mais, dit Aristote, ces vertus n'ont point en elles-mêmes leur fin; c'est pour autre chose qu'on les estime. Le' courage, par extemple, est utile à la guerre; or la guerre n'est qu'un état passager; on ne la fait que pour rétablir au plus vite la paix. Quant à la justice, h la libé-
1. Eth. Nic.,Ul, IV, 4, 5 :ô <mo*j5aîo; ^ip £xa<rTa xpîve: opOwç... tùtrutù xavu)v Y.y\ jiétpov a'jtwv tliv. — IX, iv, 2 : jilrpov IxaorTOv r\ àper^ xai o airouôaïo;. — X, v, 10 : xai «<rrtv ixâ<TTOy iiéTpov tj àps-rq, xai à àyaOô; 7) ToioOtoç. — Ailleurs il en fait luicrèi^ie de niéthoile : 6eT Sa (rxoTTEtv iv Toï; xaxà «p'JTiv ï^O'JfTi (jl5).aov to çutsc, xa\ jati èv toT; 5te;p6ap|jLÉvoicfitb %a\ Tov SéXtidTa fiiaxeîttcvov xai xattà <Tâ>|ia xai xaxà <|/vx^v avOpcoirov 9£(opr,Têov, Èv o) toOto ôt|Xov. {Polit., I, ii, 10.) — Cicéron dira de mt^rne : « Quid illiid?Num diibitas, qiiin spociinen natursecupi dchenl ex optima quaque naUira?» [Tuxç. QitKst., I, 14.) — Et Bossuel : « La perfection de l'âme humaine doit t^tre considérée dans toute la capacité où l'espèce se peut étendre. » {Cottnaix». de Dieu et de toi-même^ V, viu.)
«. £•</». A'ic, X, VI, d.
niKtë, ceux qui les pratiquent le mieux, le iont peut-élre avec une arrière^pensée d*ambitiou personnelle : ils veulent arriver aux honneurs, au pouvoir, et c'est là leur /in véritable. Enfin la tempérance a surtout pour effet de' mettre et le corps et Tesprit en état de bien remplir leurs diverses fonctions ^ «
D ailleurs ces vertus pratiques dépendent trop de moyens matériels que tout le monde ne possède pas. N'est point libéral qui veut; il faut être riche pour cela. Quanta la justice, elle rend supportable un état où nous sommes réduits par la nécessité de notre nature : les lionmies, h c<ause de leur imperfection, ont besoin les uns des autres, et la justice ne fait que régler pour le mieux leurs rapports de société. Âristote voudrait une vertu indépendante de toutes ces conditions. IKautant plus que les vertus pratiques, pour rester telles, doivent garder une certaine mesure. Filles sont comme un milieu entre deux extrêmes également mauvais. La tempérance se tient à égale distance de la débauche qui ne se refuse fien, et d'une austérité qui se refuse tout ; le courage n*est pas moins ennemi de la témérité que de la lâcheté ; la libéralité doit se défendre à la fois de la prodigalité et de Tavarice. Enfin on pourrait être trop juste aussi bien que trop peu ; et c*est pourquoi Aristote joint à la justice l'équité, TÔ eicuixéc, qui tempère par un sage recours aux lois non écrites, c'est-ù-dire à la raison, ce qu'une application rigoureuse d*un texte aurait parfois de cruel et d'inique ^
S. Famille et eicé. — Examinons maintenant sur quoi se fondent ces rapports des hommes entre eux. Aristote distingue la famille, oTxoç, otxtot, la bourgade, xo)[xt), qui est une association de plusieurs familles, et la cité, TroXtc, une association de plusieurs bourgades. Toutes ces sociétés