Eth. Nie.. X, vîi
i. La vertu est donc un milieu, |jL£(iOTr,ç. Et. : «rwçpoTuvYj, ^nlro ixoXaaia el àvaîa^rjTo^, — ivÔpe^a entre Opotdù; et SgiX/><:, — èXeubsptoTr.ç, enlfc avuixia etf aveXEuOfipia, etc. — Elh. Me., II, vn, 3-r». — (juaut à la ja«tice et k l'équité, Aristote dit ; cîxaiov (i£v è<7Ti, xa\ plXxi/iv tivo^ cixaio'j"- xat if<rrtv a\ivr\ r, çvai; toO èirisixoO; È'rtavôpOtDtxa vôjioj, rj èX- Xe:«si 8tà TÔ xaôôXo'j, toOto yàp aîtiov xa\ toO |xr, Trâvxa xaià v'ôjiov civAi» ott iccp\ tvtfliv «S^voixov OloOai v6|xov... Eth. Sta, Y^ z 5-7.
ont UQ premier foodement dans la nature. Un besoin physique rapproche Thomme et la femme, et les unit pour mettre au monde un nouvel être semblable à eux. Mais ils s unissent aussi pour leur propre conservation, Stà Tr,v c(0Tr,ptav, non moins que pour celle de Tespëce; et la nature encore donne à Tun le commandement, tandis que Uautre obéit. Puis les familles s'associent en vue de l'intérêt commun, /pr^euç fvExev, et enfin se forme la cité. Aristote marque bien la différence entre les sociétés animales et la société humaine. La nature, dit-il, afaitThomme pour vivre en société encore p'us que les abeilles et les animaux qui vivent en troupes. Autremeut, elle qui ne fait rien en vain, pourquoi lui auraitelle donné le langage? Les bétesont bien une voix, cpcovr, pour exprimer le plaisir, la douleur; elles se font entre elles des signes qui marquent simplement ces affections, rien de plus. Mais, par le langage, Xdyo;, qui se confond ici avec Tintelligence, les hommes peuvent se dire ce qui est ulile et ce qui nuit, ce qui est bon ou mauvais, ce qui est juste et ce qui ne l'est pas; et c'est, dit Aristote, la participation en commune toutes ces choses qui fait la famille et la cité, ^ oè TO'îTov xoivfovîa iroiet olxtav xal TroXtv. Ainsi les hommes s'associent d'abord pour vivre, tou Çt;v £vExev, puis, une fois associés, ils s'occupent de vivre bien, tou eu Ç9iv. La société, qui a sa première origine dans la nécessité, se continue et se perfectionne par des rapports moraux ; et la nature raisonnable deThomme, non moins que sa nature animale, y trouve satisfaction, àvdpciiroc a^ûaei TcoXtTixbv Ctîî^v ^
La cité apparaît comme un agrandissement et un perfectionnement de cette association primitive qui est la famille. Aristote trouve même par avance dans celle-ci toutes les formes que l'autre prendra. L'autorité du père de famille deviendra celle du roi. L'union du mari et de la femme, où chacun des deux a ses attributions marquées par la nature, offre le modèle de laristocratie, où les meilleurs ont ie pouvoir; et enfin l'union des frères et sœurs est comme la démocratie, où règne régalité. Mais, dans certains pays, en
U PoliL, 1, 1, %
Perse par exemple, le père est un lyron domestique : uu roi peut aussi devenir le tyran de ses sujets, lorsqu'il gouverne en vue de son intérêt et non du leur. 11 y a des familles où la femme empiète sur les droits du mari : de môme, dans certaines oligarchies, le pouvoir n*cst plus donné au mérite, mais A l'argent, contre tonte justice. Enfin, lor8((ue des frères ne peuvent vivre d'acconJ, le désordre règne dans Il maison, comme parfois Tanarchie dans un Éiat démociali'fue. Arislole trouve en petit dans la Famille tous les régimes politiques, et chacun avec ses défauts particuliers *.
Os théories reposent toujours sur la même idée, celle de l'action propre à chacun, oUeTov Ipvov. Klle conduit Aristote à légitimer la famille, que Platon avait sacriHée, et h rendre sa place à la femme. 11 établit entre elle et Thomme une sorte d*égalité, qui n'exclut pas la différence des fonctions; mais celles-ci se complètent mutuellement, et il serait aussi déraisonnable de méconnaître les unes que les autres. Pourquoi faut-il qu*Aristote ait cru qu'être esclave était aussi une action propre à certains hommes, et la seule qui leur convint ? Ce sont, disait-il, des outils vivants, comme les outils ordinaires sont des esclaves à qui manque la vie. Et il leur refusait le bonheur, comme une chose que seul peut se procurer l'homme libre*.
4. Volonté libre. — Il faut bien distinguer, en effet, parmi nos actions, celles qui se font naturellement, oCar, et celles qui se font par choix, ix TrpovioicsoK. Le bonheur résulte pour nous d'une activité volontaire, où la raison n'a pas moins de part que nos désirs naturels. Aristote recoimaît deux parties dans l'âme, l'une qui n'est point raisonnable, et Tautre qui possède la raison, tô xe «Xoyov xai to Xdyov e/ov. U appelle encore la première le désir, 5p6;iç, et la seconde l'intelligence, voîç. Ce désir comprend à la fois ce que Platon appelait cirtCK^u'i etCiuuoç, appétits égoïsle*^ et instincts généreux. Seulement la partie qui désire n'est point séparée de l'autre; parfois même elle l'écoute et se laisse persuader;
i. Bth. Nie., vni. X.
2. Eth Sic.,X, VI, H; VUI, ii, 6 et 7 : ô yocp fioOXo; ï\L^yjxo^ opYavov. Polit,, m, r, 10
donc elld participe d'elle en quelque manière, to Si liriOu-
jjLTjTJXOv x«\ ÎX«c SpexTixbv yLtxéyîi tcwç {aô^o^j) ^xaTr,xoclv cortv
aÙTou xal iKiôflipy ixov. Il y a en effet déjà dans la partie irraisonnable des élans vers les choses courageuses et justes, bptioti Tiv«ç irp^ ta ovSpEÎa xal tà Sixoior, et comme des vertus naturelles, cpuaixai àpcTaC. Mais la vertu morale, i^Gix^ ^pe-ni, exige que la raison intervienne elle-même ; c'est l'œuvre de la volonté, qui n'est que le désir raisonné et en même temps raisonnable. Il faut, dit Aristote, que l'homme vertueux sache ce qu'il fait, il faut qu'il le préfère et le choisisse, et qu'il le choisisse pour sa valeur propre^ npwTov <{doK« lirttta irpoviooûfAsvoç xoti irpooKpouuEVo; oi' aùtei*.
On voit qu'Aristote ne confond pas savoir ce qu'il faut et \e faire. Son analyse, plnsi'xacle que celle de Platon, sépare de la connaissance du bien, la volonté de Taccomplir, et celte volonté ou cette intention est encore séparée de l'action elle-même: la vertu parfaite comprend ces trois choses. Or la volonté de bien faire ne vient pas en un jour ; il ne suffit pas d'une action vertueuse pour croire à la vertu d'un homme, pas plus que d'une hirondelle pour croire au printemps. Il faut un grand nombre de telles actions, ou plutôt l'habitude d'agir toujours ainsi. La vertu est donc une habitude, et Aristote remarque à ce propos l'analogie entre les mots grecs iho^ et tjOoc, habitude, caractère, mœurs*. Mais la raison toute seule ne réussirait pas à émouvoir l'âme, si le désir ne s'en mêlait. Il importe donc que dès l'enfance une bonne éducation habitue l'âme à ne mettre son plaisir que dans les choses bonnes, et à souffrir véritablement de ce qui est mal. Aristote en fait un devoir à l'État en même temps qu'aux parents : faire entendre le f)lus tôt possible
1. Eth, Nie.f I, xiii; II, m; De an., III, ix et x; Mog. Uor., I, xxxt. Aristote définit ainsi la ^poalpeTtc: 9j opsxTixbc voOç , t) ope^i; £eavov)T(xi) {Elh. Nie, VI, II); nu bien l'intelligence devenant désir on sensibilité, pour émouvoir l'.ime, ou bien le désir devenant raison. Ailleurs Aristote distingue avec soin la pojXrjffi; et la «poaîpsffi;, c'cst-â-dire la volonté et le choix ou' la préférence. La volonté est plutôt une inclination naturelle vers le bien; le choix suppose délibération et liberté.
t. Ari^loto dit encore : out* 5p« çudei out6 Trapi ç'jfftv lYy?vovT«i a\ otpETaî, àX/.à r.zz'jy.'i<T'. {làv 7)p,Tv Sé^aaOai aÛTOtc» TiXsioup,|yo(c Se fiià toO {dou;. (Elh. Nic.i U, i, 3.)
AUISTOTE. 67
aux enfants le langage de la raison, non pas trop vite cependant : dans lo premier âge, on ne les mène que par la crainte, parce qu'ils ne vivent que par les sens; mais peu à peu préparer leur âme à de meilleurs senliments, comme un terrain qui doit recevoir la bonne semence*.
§ lY. — VEflTU THÉORIQUE OU BONnEUR.
f . Deçrés de la eonnalnfianee. — Mais au-dossus des Vertus pratiques, Aristote place la verlu théorique, et c'est là qu'est enfin le bonheur. Pour comprendre ce qu'il enivnd par théorie ou science pure, fttiupiot, il est bon d'examiné, toutes les façons de connaître qu'il énumi^re en riiomme. C'est d'ahord la sensation, aiaOrjciç, cunnnune à tous les animaux, et qui les instruit de ce qui est utile au corps ou lui fait mal. Mais en l'iujuime on trouve dôja des sensations qui ne sont pins relatives aux besoins physicjues seulement, *//'»p^^ '^^ "/.?-t^^« celles de la vue par exemple, et ce ne sont pas les moins agréables : elles nous oITrent quelque chose à connaîlre. en nous montrant dans les objets beaucoup de différences. La sensation laisse qu('h|uefoisune image, aavTacîot, et un souvenir, fxvyjjir,. La méinoiie à son tour donne l'expérience, ia-KEidi, qui ressemble si fort à Tari et à la science, Ti/vTixal sTtioTTijxr,. Kn ellét, quand les souxenii-s d'une même chose sont nombreux, on la connaît suflisannnenl, au moins pour la prali(iue, et l'art ou l'habileté de beaucoup de piîrsnnncs n'a pas d'autre l'nndement que leur expériente. Mais l'art est aussi qntbiuefois l'application raisonnée d'une science, et nul doute qu'alors il ne soit phis sûr et no. s'étende plus bmi. \\n\v passer ainsi de la simple expéiMenee à une connaissance véritable, Tesprit n'a pas bi's(un,' coinme le pensait Platon, de se détourner des choses s(M)sildes, et de regarder ailleurs; qu'il considère altenlivenienl ses sensations, et il en dégagera bientôt des idées, c'est-à-dire des notions
1 Eih. Nie, X» n.
générales. Elles y sont contoniies, en effet, comme la forme dans la matière, et Tesprit les aperçoit immédiatement. Dans tel ou tel individu, Callias ou un autre, il voit d abord des hommes; les caractères mêmes de l'humanité le frappent avant tout, parce que dans les images sensibles se trouvent déjà des objets intelligibles, Iv toî; EÏoeai xotç
Mais celle science qui a pour objet des notions générales, et qui les subordonne entre elles, les déduisant les unes des aulres au moyen du syllogisme, n*est point enclore la science la plus haute. Celle-ci consisterait à tout savoir, TToivTa l7rijT3ti6ae, cc qui n'est possible que si elle cherche en toutes choses le plus général, to [A«Xi<yTa xaôoXov. C'est aussi le plus difficile à connaître; les sensations restent à la portée de tout le monde, mais les généralités sont ce qu'il v a de plus éloigné des sensations, iznooMxd^oï rôiv «tcOrlccojv. C'est en mémi- temps cç «ju'il y ado plus exact et de plus rigoureux. C'est même le principe et la cause delout le n'ste. Aristole déHnit donc la science la plus haute, ou la philosophie, celle qui contemple enfin les premiers principes et les
premières causes, twvxgoitwv «p/ôiv xaialTtwveTv»! ôc&>pr,Tixi{v.
Et l'une de ces causes, la première sans doute, est le bien et la fin, Tdivaôov xal xo oO lv£x«'.
Arislotc insiste sur le caractère désintéressé d'une telle science. Elle ne recherche pas, comme l'autre, les applications pratiques; ce n'est pas un moyen de rendi'e noire vie ordinaire plus commode et plus agréable. La métaphysi(|ue ne saurait avoir d'at^re fin qu'elle-même. Elle est donc bien cette activité de Tàme dans laquelle seule se trouve le bonheur.
•. Perfection de Thomme. — Aristple reconnaît volontiers que les vertus pratiques sont, à la vérité, plus humai* nés. Elles règlent, en eflet. les relations des hommes entre eux, et leurs affaires ou leurs intérêts, et môme les sentiments que chacun éprouve. Mais cela précisément fait leur