II. — EXPLICATION DE LA NATURE
t. Fin des monde*. — Lucrèce, au V<> livre de son poème, raconte cette genèse nouvelle. Mais avant tout il attaque certains préjugés des philosophes aussi bien que du vulgaire. On. croyait que le monde était Dieu, ou du moins qu'il avait quelque chose de divin. Mais les dieux, pour l'anti-
1. Diog. Laêrce, X, 91. —Cf. Lucrèce, De nntura renim^ V, 5fi5-6l3.
2. Diog. Laércc, X, 85-9. — A vrai dire, É|»icurp .Hlmol deux crilèrns du vrni et du loux : la sensation^ aîVjriaïc* el ce qu'il appelle anlicipalwiif icpô- X7)^(C. Mais si l'on sonjje que celle-ci n'a pas d'autre ori^nnc que la sonsaiion, qu'elle résulte de nombreuses sensations accumulées et que son eHet est de nous représenter d'avance les phénomènes futurs à l'image des phénomènes présents et passés (on peut ajouter : ceux qui sont inconnus à la ressemblance de ceux qui sont connus), on rrconnaitra que le second critère se réduit au premier. — Épicure demande toujours une explication qui soit Taîç aiTOVjffeat a'j[Ji9a)V0v, (rjpiçcavov to) çatvoixévo). La preuve pour lui que le inonde qu'il imagine esi le monde véritaMe, c'e&t que : toiv 9atvo(xév(dv ouoèv àvtiiiaprj pst Tâ>8s T^ x6(7{Ji<fi. (X, 88, 90.)
ÉPTCimiSME. 79
quit^, c'étaient les irrimorlels. La monde serait-il donc, comme eux, d'une nature incorruptible? Si Ton prouve, au contraire, qu'il n'est pas impérissable, «m lui ôte par là même tout caractère divin. Et Lucrèce, après Épicure, s'efforce de montrer qu'il aura certainement une fin. A i appréhension lointaine que cette pensée ne peut manquer de causer, il oppose le sentiment de délivrance qu'on éprouve, par contre,, à savoir que la nature n'a rien de mystérieux ni de redoutable pour Thomme présentement ^ «
Lucrèce montre donc que les quatre parties dont se compose toute la nature, s'usent, en quelque sorte, sans cesse : et la terre, et l'eau des fleuves ou de la mer, et l'air luimême absorbé par les plantes et les animaux, et le feu avec le soleil. A vrai dire, elles se renouvellent aussi sans cesse. Mais qui ne voit à combien peu tient la durée du monde, puisqu'elle dépend d'une telle rénovation? Il ne subsiste que par un prodige d'équilibre entre les quatre substances principales : que le feu vienne à remporter, et tout le reste est consumé ; mais l'eau en arrête les funestes effets, comme aussi le vent et le soleil empêchent l'eau de tout inonder. Et Lucrèce rappelle la légende mythologique du déluge, et celle de Phaéton ne sachant pas diriger le char du soleil à une juste distance de la terre. Ces récits merveilleux, où le surnaturel abonde, déguisent à peine de grands bouleversements de la nature. De même, dans l'antique lutte des géants contre les dieux, un physicien reconnaît celle des éléments'.
t. Lear eomnieiicemeiit. — Mais il no suffit pas de faire voir que le monde périra sans doute, comme tout périt déjà sous nos yeux, les temples mêmes et les statues des divinités, • sans qu'une puissance si lévérée puisse reculer l'instant fatal de la destruction et faire obstacle aux lois de la nature**. Non seulement le monde doit finir; il a cora-
1. Lucrèce, De naturn rerum, V, 250-118. %, Dt nat. ter., 248-it7.