De natura rerum^ V
Quod si quis Tera vitam ratione gubeiTiat,
DiviUse grandes homlni sunt, vivere parce
^ao animo: oeqae euim esl anquaro penoria ptnl»
hommes se travaillent vainement, usent leurs jours en soini frivoles; et pourquoi? parce qu'ils ne connaissent pas la borne légitime des désirs, jusqu'où peut s'étendre et croître la véritable volupté' ».
Pourtant, on le dira plus tard, le superflu est « chose très nécessaire ». Ne craint-on pas, si Ton en proscrit tout désir, d'ôter k l'activité de l'homme son principal ressort? Locrèce nous rappelait tout à Theure les progrés des hommes, et ces mille tentatives pour améliorer sans cesse leur condition. Qui voudra cependant prendre encore tant de peine, si chacun resserre ses pensées dans les limites de la vie la plus simple et se garde de rien désirer au delà? Mais notre nature 8*y oppose trop fortement, et le bonheur pour elle consiste plutôt dans Tactivité féconde, quel qu'en soit Tobjet, inventions de l'industrie, découvertes de la science, chefs-d'œuvre de l'art, pourvu que s'y manifeste toujours la puissance de la pensée. Si, comme il semble bien. Èpicure fut heureux, n'est-ce pas pour avoir le premier violé SCS préceptes, en travaillant toute sa vie â prêcher une doctrine qu'il croyait bonne? Et c'est lui qui détourne ensuite ses disciples de toute occupation comme inutile et pénible! Passe encore pour la politique, quoique ceux qui s'y engagent, en aiment les agitations et les dangers. Mais il déconseille même le mariage et la famille, comme apportant trop de soin. A quelle vie étroite et presque vide prétend-il donc nous réduire? Une seule consolation toutefois nous est laissée, l'amitié, qu'Épicure recommande, et dont il donna lui-même le bel exemple. S*accorde-t-ellebien avec le souci perpétuel de soi, l'égoïsme, qui fait le fond de son système? On peut en douter. Pourtant il reconnaît aussi dans l'homme des instincts sympathiques, qui sont nécessaires pour former