‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 88 sur 285 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

stoïcisme»

PHYSIQUE ET VÉTAPUTSIQUB (CicéroD, De natura Deorum, liT. II.)

i. Fondateurs du stoïcisme. — 2. Le De natura Deorum. — 3. Existence des dieux. — 4. Nature des dieux. — 5. Leur providence dans le monde. — 6. Leur providence dans les choses humaines.

I. Fondaceara da stoVcUme. — Socrate avait rappelé la pensée du monde exlérieur à l'homme même, et fait prédominer sur la physique la recherche du bien» qui doit être le but de nos actions. Platon et Aristote, tout en restituant à la philosophie son antique domaine, c'est-à-dire Tunivers, gardèrent de leur maître une tendance morale, qui reparut plus forte que jamais, et presque h Texclusion de toute autre, chez les Epicuriens et les Stoïciens.

Épicure empmntait une partie de sa morale à Aristippe et de sa physique à Démocrile. Les Stoïciens reprirent les idées d'Antislhéne et des Cyniques sur le bien et celles du vieil Iléraclite sur le principe des choses.

1. Consulter surtout VEmai tur la Métaphysique d'Arislote, t. U, p. 117-224, de M. Félix Ravaisson, et un Estai sur le stoicisme^ du inêuie auteur» dans lei Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. XXI, 7 déc. l!49 et 14 fév. 185t. — Il laut lire aussi les Moralistes sous l'empire romain, de M. Nartha; lei Eludes morales nur V antiquité, du même auteur (Hachette, 1865 et 1883). — Citons eiillii un récenl ouvrage de M. Thamin : Un problème moral dans Famtiquite, Etude sur la casuistique stoïcienne (Hachette, 1884).

Le fondateur du stoïcisme est Zenon, de Cition, dans l*ile de Chypre (540-364 a?. J.-C.) et peu s*en fallut que ses dis« ciples ne s'appelassent Zénoniens, comme ceux d'Épicure s'appelèrent Épicuriens. Mais, comme il enseignait à Athènes sous le portique du Pécile, sa secte devint celle du Portique (en grec orodc), et ceux qui en faisaient partie prirent le nom de Stoïciens. Diogène Laêrce rapporte que Zenon se sentit pour la première fois philosophe en lisant le second livre des Mémorableê de Xénophon^ Ce livre commence, en effet, par un entretien de Socrate avec Aristippe, dans lequel le maître oppose à la morale singulièrement relâchée du jeune homme des principes qui sont d'avance ceux du stoïcisme. La vie de Zenon fut conforme h la doctrine austère qu'il professait. Aussi le roi de Macédoine, Antigone, l'avait en haute estime, et de même les Athéniens, qui lui confièrent les clefs de leur ville, lui votèrent une couronne d'or pour sa vertu, et un tombeau sur le Céramique aux frais de l'Etat. Diogène nous a conservé le texte de ce décret, ainsi qu*une lettre très flatteuse d'Antigone qui voulait faire venir le philosophe h sa cour, et la réponse de Zenon, qui refusa. « Je sais, disait le roi, que, du côté de la fortune et delà gloire, je te suis supérieur; mais tu l'emportes siir moi par la raison, la science et tout ce qui fait le bonheur de la vie. i

Zenon choisit pour lui succéder dans son école Cléanthc d'Assos, surnommé le second Hercule, à cause de son ardeur infatigable au travail. II avait l'esprit lourd et épais; on s'en moquait un jour, en l'appelant un âne : a C'est vrai, dit-il, car seul je puis porter le fardeau de Zenon. »

Enfm Chrysippe,de Soli Ou de Tarse (280-208 av. J.-C.)> fut !c second fondateur du Portique. Dialecticien subtil, il défendit par sa logique les paradoxes de la docti-ine attaquée par l'académicien Carnéade.

Il serait difGcile de démêler la part qui revient à chacun de ces troi.s philosophes dans la formation du stoïcisme. Diogène Laêrce expose dans la vie de Zenon les idées corn*

t Toir plui haut, eh. t,|>. 7 et 8.

niunes à toute rÉcolo, et cite pêle-niéle, oùlre Zenon, Cléanthe et Chrysippe, leurs continuateurs» Posidonius de Rhodes* Panètius, Ilécaton, Diogène de Babylone» Antipater, etc. Avant lui, (^icéron avait déjà fait de même.

t. I> Oe natura neorutn, — La physique etlaméiaphy- %ique stoïcienues se trouvent exposées d'une manière suivie dans le livre 11 d'un traité de Cicéron %ur la nature det Dieux^. C'est un dialogue entre trois persoimages: Vellêius, qui rapporte la doctrine d'Épicure ; Balbus, celle des Stoïciens, et Cotta, qui combat l'une et l'autre en s'appuyant sur l'académicien Carnéade. Balbus parle pendant tout le livre II. Quelquefois il cite les propres paroles de Zénoti, de Cléanthe vl de Chrysippe. Le reste du temps, Çiccron s'inspire sans doute d'un traité de Panétius sur la Providence^ irspi upovoîotç, et peut-être aussi d'un traité de Posidonius sur les Dieux, rs pte-cov. Du moins, dans unG lettre à Atticus, écrite vers le temps où il travaillait A son dialogue, il demande l'ouvrage de Panétius. D'ailleurs ce philosophe, grand ami des >cipions, avait vécu à Rome, et Cicéron avait suivi les leçons d'un de ses disciples, Posidonius.

Les Stoïciens, dit Balbus, divisent en quatre parties toute leur doctrine sur les dieux. Ils établissent d*abord qu'il y a des dieux; puis ils recherchent ce qu'ils sont; ils prouvent ensuite que le monde est gouverné par leur providence, enfin que celhî-ci s'occupe des choses Immaines*.

3. KxiMtenef) de» diea^s'. — Quelles sont d'abord les causes de notre croyance en la Divinité? Cléanthe en distinguait quatre. La première est que nous pouvons connaître en certains cas l'avenir : qui donc nous le révélerait, sinon les dieux? Cicéron rapporte à ce sujet plusieurs exemples empruntés à l'histoire de Rome, où, pour avoir méprisé les prédictions dos augures, tel et tel personnage ont causé de

1. On parlera de Cicéron au chapitre suivant. Ici, il semble reproduire seulement les ductiincs des Slolcirns et nous tient lieu d un témoin iidéle. -> Le [fe natura Deorum fut ét.nt en io avant J.-C. et dédié i Brutus, comme Yùratorf le lie finibus, lo5 Tusculnnx qiixslvme»,

i. De nal. Deorum, liv. 11. c. 1, §3.

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