De nat, Dtorum^ lit. U, c
stoïcisme. iOl
définition. Le monde D*est-il pas ce qu*il y a de meilleur? Donc le monde est dieu. Mais ce qui vit, ce iqui sent, ce qui a de rintelligence est meilleur que ce qui manque de toutes t^es choses. Donc le monde possède toutes ces choses. Uonc, encore une fois, le monde est dieu*. Les philosophes modernes qui admettent que le monde est parfait, concluent cela de la perfection d'un Dieu créateur. Et ils ont besoin de fermer un moment les yeux à la réalité, ou, quand ils les rouvrent, dVxcuser tant bien que mal les défauts si nombreux qui éclatent dans ce monde. Rien d»^ pareil chez les Stoïciens, et en général chez les philosophes de l'antiquité. Pour la plupart, le monde est bon, le monde est parfait, c*est un fait d'expérience ; aussi n'ont-ils point de peine à identifier le monde et Dieu. Leur optimisme n'est pas, comme le nôtre, le résultat réfléchi de longues méditations, et qu'on admet plutôt par uu acte de foi, en dépit des apparences contraires : c'est en eux une croyance naturelle et spontanée, un instinct qu'ils ne songent pas à révoquer en doute, et leur philosophie comme leur religion se plaît à diviniser la nature.
Cicéron veut cependant montrer par des effets que le monde a toute perfection. D*abord sa forme est sphéri<|ue» et la sphère n*est-elle pas la figure la plus parfaite? 11 faut vraiment n*élre pas mathématicien pour en douter, comme Épicure. Mais la physique ou Tastronomie nous fait aussi connaître Tordre qui règne dans tous les mouvements des corps célestes. Outre le Soleil et la Lune, que Ton étudie le cours des cinq planètes, Saturne, Jupiter, Mars, Mercure et Vénus. A les voir si régulières dans leurs révolutions, comment ne pas 1er» mettre au rang des dieux? Mais la conclusion que Zenon tire, c'est que le feu, qui est la substance même de ces astres et de tout le reste, est un feu artiste , bien mieux, il est une providence qui veille au maintien de Tordre en toutes choses. Aux dieux fainéants des Épicuriens, les Stoïciens opposent une divinité sans cesse an:issanle, mais qui ne souffre pour cela, comme le craignait Kpirure, ni
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peine, ni fatigue. Agir est plutôt son être propre et son plaisir ou son bouheur*.
A ces dieux suprêmes, l'univers et les astres, les Stoïciens en ajoutent une multitude d'autres. Ce sont d*abord les grands hommes que la postérité a divinisés pour leurs bienfaits, puis de bonnes et excellentes choses, comme la Vertu, l'Honneur, la Bonne Foi, la Concorde, la Liberté, la Victoire, à qui on avait bâti des temples à Rome*.
Mais la plupart des dieux ne sont que des personnifications des dinercntes parties de la nature. De là une interprétation physique de toutes les fables païennes, à l'aide d'élymologies auxquelles se prêtent la plupart des noms donnés aux dieux par les Grecs ou par les Latins. Jupiter est le ciel avec les astres; Junon, sa sœur et son épouse, est l'air, si voisin de l'éther, en effet, et qui lui est étroitement uni; Neptune est l'eau ou la mer; Pluton, l'intérieur de la terre avec les richesses qui s'y trouvent cachées; Proserpine personnifie les semences qu'on enfouit dans le sol, et Gérés, sa mère, les moissons ou le champ qui les produit. Par malheur, le sens de ces mythes a vite été perdu, et les hommes se sont fait des dieux à leur ressemblance, des dieux qui se battent entre eux et qui ont tous les vices. Le philosophe doit démêler dans ces fables la vérité et le mensonge, laisser celui-ci à la foule superstitieuse, et retenir seulement l'idée qu'il symbolise. Et les Stoïciens distinguent reli<^ion et superstition, abandonnant l'une à toutes les railleries des Kpicuriens, mais défendant l'autre comme raisonnable et bonne. Ils admettaient donc le polylhéisme antique, maison l'interprétant à leur manière. Puisque Dieu est partout dans la nature, on fait bien d'adorer ses différentes manifestations, pourvu qu'on n'oublie pas qu'il s agit .ians toutes de la mêine Providence'.
5. La Providence gouverne le inonde*. — Les Epicuriens, qui n'admettaient pas la divination sans cesse alléguée