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doit encore leur fiiire une pUce dans le monde par des actes. Les doctrines ne valent qm comme génératrices d'aetioùs.
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€HÀPITEB X
Diète d'Augisbourg I Profession de foi de Zwingli. — Deuxième guerre de religion en Suisse. — Mort de Zwingli.
L'espèce de suspension d'armes conclue à Mdfbeurg entre led deux partis qui divisaient la réforme j ne fut pas obsenrée et ne pouvait pas l-étre. Les réformateurs suisses faisaient scandale dans le monde catholique par leur doctrine sur la cène, et les luthériens , qui espéraient toujours obtenir en Allemagne une existence légalement reconnue et garantie ,
n'avaient rien plus à cœur que de se dégager d'une solidarité compromettante et de rompre publiquement avec les radicaux. Joignez à cela le caractère violent de Luther y qui fut l'un des exemples les plus éclatants de cette alliance assez commune de la modération des idées avec l'emportement des procédés et des paroles. Il ne put se maîtriser longtemps au point de se retirer de la lice , et bientôt il recommença ces attaques brutales , toutes remplies d'une haine que la mort même de Zwingli ne put pas apaiser.
L'on a supposé que ces attaques avaient déterminé Zwingli à envoyer sa profession de foi à la diète d'Augsbourg (1); cependant il semble qu'il eut de plus nobles motifs. La diète d'Augsbourg (1550) était une sorte de concile laïque où toutes les doctrines religieuses devaient se faire entendre et réclamer
l'existence légale. Les protestants avaient déposé leur fameuse confession. Les quatre villes allemandes qui se rangeaient à Topinion des réformateurs suisses , Strasbourg , Memmingen y Constance et Lindau avaient présenté la leur dans laquelle elles cherchaient à ménager la doctrine des luthériens , par une formule un peu équivoque. Malgré ces ménagements , les protestants avaient rompu ouvertement avec les sacramentaires. L'Empereur s'était hâté de profiter de cette division. Tandis qu'il repoussait la confession des villes avec des paroles de colère , il se montrait plein de douceur et de bonne volonté envers les protestants et ouvrait avec eux des négociations qui , de concession en concession , devaient les conduire presque jusqu'à l'abandon de la réforme.
C'est au milieu de ces négociations per-
fi^eSy des hésitations et des faiblesses des luthériens, que Zwingli considéra comme un devoir de faire retentir une mâle et forte parole. Il envoya (8 juillet) à l'Empereur sa propre confession de foi , prêt à se rendre luimême à Augsbourg pour la défendre (2). Jç crois devoir donner en grande partie ce lucide exposé de principes.
(( Nous pensions, dit-il, en commençant, à l'Empereur, que l'on nous demanderait aussi notre confession de foi : mais nous apprenons que beaucoup ont déjà envoyé la leur. Ne pouvant donc, faute de temps, m' en tendre avec mes amis, je me suis décidé à t' exposer seul ma confession. Je te la soumets sans préjudice pour mon peuple , et en attestant que , sur tous ses articles , comme sur tout ce que j'ai écrit ou pourrai écrire, je n^accepte le jugement ni d'un homme, ni de plusieurs,
mais senlement celui de Féglise tiniverselle du Gbri$f ^ en tant qu^elle prononce sous l'inpiration de la parole et de Fesprit de Dieu.
ti En premier lieu , je sais et je crois qu^il n'y a qu'un seul Dieu. '
H il* Que ce Dieu statue librement sur toute chose j de telle sorte que son jugement ne dépend d'aucune considération pour une créature humaine : car si c'est le propre de la faible sagesse humaine de se décider par les discours et les exemples d'autrui , Dieti qui , de toute éternité , Toit tout d'un seul regard, n'a pas besoin de délibération. Tout ce qui est, est de lui.
a 5® Je sais qu'il n'y a pas d'autre victime expiatoire de nos fautes que Jésus-Christ (car Paul même n'a pas été crucifié pour nous), pas d'autre gage de la bonté et de la clémence ditine. Ainsi je rejette à la fois la
justification et la satisfaction par nos propres œuvres 9 par Texpiation des saints vivants ou morts, et par leur intercession. Iln^est qu'un seul médiateur entre Dieu et Thomme : c'est Christ, Dieu et homme tout ensemble. L'élection de Dieu est définitive et inébranlable; ceux qu'il a élus detpuis le commencement du monde , il les a élus par l'intermédiaire de son fils.
a 4"" Je sais que l'auteur de notre race, par amour pour lui-même et tenté par le diable , a voulu se faire l'égal de Dieu, et qu'en punition, Dieu qui pouvait le tuer l'a fait esclave : esclavage dont ni lui ni aucun de sa race ne pouvait s'affranchir. Je pense donc que le péché originel n'est pas proprement un péché :
car tout péché suppose une transgression personnelle de la loi . Adam a péché , mais non pas nous. Le péché originel est donc^ non pas
un péché, mais une infirmité et un état. Une infirmité, en ce que par amour pour nousmêmes y nous tombons comme Adam est tombé; un état, en ce que, comme Adam a été fait esclave et sujet à la mort, nous naissons esclaves et sujets à la mort. Nous mourons y mais par la faute d'Adam et par une infirmité qu'il nous a transmise en nous engendrant y comme le prisonnier de guerre fait esclaye en punition de sa perfidie , engendre des esclaves. Ceux-ci n'ont pas commis le crime , mais ils subissent la condition qui est la conséquence du crime. Je reconnais donc que nous sommes les enfants de la colère ; mais je ne doute pas que la grâce qui y par le second Adam Jésus-Christ, a racheté la chute , nous a refaits enfants de Dieu.
a 5^ Si donc nous sommes rendus à la vie en Jésus-Christ, comme, en Adam, nous
ayons été livrés à la mort , nous condamnons témérairement les enfants de parents chrétiens, et même ceux nés de païens. Car si Adam a pu perdre par son péché tout le genre humain, et que Christ ne l'ait pas racheté tout entier , la rédemption n'est pas suffisante, et l'on ne peut pas dire que, comme tous meurent en Adam^ tous sont rendus à la vie en Jésus-Christ. Nous ne pouvons donc condamner les enfants des Gentils; car les élus sont élus ayant la foi.
Quant aux enfants des chrétiens , ils font partie du peuple de Dieu et de son EgUse : ils sont donc parmi les élus.
« 6^ Le mot Église est pris en plusieurs acceptions dans l'Écriture. Il désigne d'abord la réunion de tous les élus qui sont destinés par Dieu à la vie éternelle : c'est de cette Église que Paul dit qu'elle n'a ni tache , ni
rides; mais elle n'est connue que de Dieu seul. On appelle aussi Église universelle la réunion de tous ceux qui se sont donnés au Christ , qui se disent chrétiens , quelle que soit d'ailleurs au fond leur foi. Christ a dépeint
cette Église par la belle allégorie des Vierges
folles et des Vierges sages : c'est l'Eglise visible.
Enfin le mot Eglise est pris pour chaque réunion particulière de membres de cette Église visible universelle (église romaine, lyonnaise , etc. ).
« 7* Je crois et je sais que tous les sacrements, loin de conférer la grâce, ne rapprochent pas même du fidèle. Tu me trouveras peut-être téméraire en ce point; mais rien n*est plus vrai. La grâce est donnée par l'Esprit de Dieu à l'esprit : elle n'a donc besoin d^aucun véhicule. L'Esprit souffle où il veut : ce n'est point par telle immersion que la
grâce de l'Esprit est communiquée. Les sacrements sont donnés en témoignage public de la grâce qui assiste intérieurement tout homme venant au monde. Ainsi le Baptême est donné devant TEglise à celui qui, avant de le recevoir , confessait déjà le Christ y ou pour qui ses proches prennent l'engagement de le consacrer au Christ. Ce sont des cérémonies sacrées, et il faut les pratiquer religieusement; car , si elles ne nous donnent pas la grâce , elles nous associent visiblement à l'Église.
^ Mais si nous croyions que des actes extérieurs
peuvent nous purifier, nous retomberions, dans le judaïsme, qui croyait aussi que nous pouvons obtenir la grâce par différentes onc* tions et oblations (5).
« 9*^ Je crois qu'on peut tolérer par charité les cérémonies qui ne sont pas contraires à la foi ni à la parole de Dieu ( s'il en est de
telles). Mais les images consacrées au culte sont diamétralement opposées à la parole de Dieu. Quant à celles qui ne servent pas au culte ou qui sont en des lieux oîi il n'est pas à craindre qu'elles soient adorées, je suis d'autant plus éloigné de les condamner, que la peinture et la statuaire sont des dons de Dieu.
(c 10<* Je considère la fonction de prophétie ou de prédication comme sacrosainte et la plus nécessaire de toutes : mais cette gent mitrée et crossée {mitratum et pedaium genus)^ née pour consommer sans rien faire, elle est dans l'Église ce que les bosses et les goitres sont dans le corps humain.
a 1 1"" Je sais que la magistrature, non moins que le sacerdoce, instituée régulièrement ^ tient la place de Dieu ; comme le prêtre est T. ir. 21
le ministre de la sagesse et de la bonté divine, le magistrat est le ministre de la bonté et de la justice. Si le prince est juste et bon^ Ton n'a rien à craindre pour sa conscience :
mais s'il n'a pas ces vertus, il aura beau être terrible .et menaçant , sa conscience ne sera pas absoute par la légalité de son institution. Néanmoins je crois que le chrétien devra obéir à ce tyran jusqu'à cette occasion dont parle saint Paul : si tu peux te rendre libre, fais-le! occasion indiquée par Dieu ^ seul, non par l'homme, mais clairement et
aussi ouvertement quUl l'a fait quand il a rejeté SaûL Quant aux impôts à payer en retour de la protection donnée par le prince, j'en pense ce qu'en dit Paul (Rom. xiii).
« 1 S"" Je crois que le purgatoire est une fiction non moins injurieuse pour la rédemption à nous donnée gratuitement par le Christ
que kératite pour aes tatentettrg* Quant à l'enfer où les coupables sont punis étemellemebt, non-seuieitient je croia qu'il existe^ mais je le sais : car la Vérité y a déclaré en termes exprès I
ce Tous ces principes, fondés sur la parole de Dieu, je les crois, les enseigne et les défends, et je continuerai de le faire, aussi longteipps que mon âme animera ce corps, à moins qu^on ne me montre clairement mon erreur par les termes de TËcriture sttinte.
R Cest pourquoi, Empereur, princes, seigneurs , députés des villes , je tous en conjure par Jésus-Christ, notre Seigpeur et notre frère , par sa bdnté et par sa justice , par le jugement qu'il portera sur chacun , lui qui pénètre jusqu'au fond des ccsurs, qui détruit les projets de^ princes impies^ relève les hum-
— subies et abaisse les puissants, ne dédaignez pas mes conseils à cause du peu que je suis. Souvent les derniers ont parlé vrai j et la yérité a choisi les plus faibles et les plus simples pour lui servir d'organes. D'ailleurs n'oubliez pas que , vous aussi , vous êtes des hommes faillibles et sujets à l'erreur. Ne croyez aux paroles d'aucun homme , mais seulement à la parole de Dieu ! S'il en est plusieurs qui vous dénoncent notre ignorance et même notre perversité 9 veuillez considérer si notre vie est telle qu'aucun homme de bien nous puisse exclure du nombre des honnêtes gens? Voyez ensuite si nous sommes tellement étranger à toute étude que notre ignorance ne puisse être révoquée en doute. Certes nous ne nous glorifions ni de l'un ni de l'autre , sachant bien que Paul lui-même n'a été ce qu'il fut que par la grâce de Dieu» Cependant notre
vie , quoique éloignée de tout rigorisme, n*a jamais dégénéré en luxe ni en impudence y non plus qu'en cruauté , en faste ou en orgueil ; nos adversaires eux-mêmes lui ont rendu ce témoignage. Quant à nos études, quoiqu'elles soient bien au-dessous de ce qu'en pensei^t nos amis ^ elles ont été assez longues et assez approfondies, pour que nous n'ayancions rien témérairement. Voyez nos églises : elles ont banni le mensonge et la perfidie , le faste et le luxe , les querelles et les injures. Vous avez sévi assez longtemps : si notre œuvre est de Dieu, cessez de combattre Dieu; si elle vient d'ailleurs, elle tombera d'elle-même. Permettez donc que la parole de Dieu soit librement semée partout , ô vous tous, fils des hommes, quel que soit votre rang , qui ne pouvez empêcher un brin d'herbe de pousser et de croître ! »
Cette profession de foi eut le privil^e singulier d'exciter à un même degré la colère des protestants et eelle des catholiques. Mélanchton s'écria : « On dirait tout simplement qu^il ft perdu la tête 1 (4). ^ Quant au docteur Eck : «Mon âme est dans l'horreur, le cœur me tnanque ^ mes membres tremblent quand il mô faut rapporter les impiétés de Zi/nngli ; mais songe 9 très-puissant Empereur, que je rends èomptë à Ta Majesté, non des actes d'un dif^iien , mais de ceux d'un Turc , d'un sau- Vage Tartare j d'un féroCe Hun , d'un Nabu* chôdonosor, d'un Antiochus. Voilà ce cruel Philistin , cet immense et atroce géant, etc. » Après avoir épuisé contre lui toutes les injures théologiques , il finit par demander qu'on le jette au feu avec OEcolampade, Capiton, Bucer et tous leurs complices (5).
— ai7 —
Toute alliance entre les protestants et les Suisses était impossible après une rupture aussi éclatante. Les tentatives de conciliation i» Bucer (6) et du landgrave de Hesse échouèrent , non moins devant l'intolérance systématique des protestants que devant Tantipatl^ie de Zwingli contre les formules équivoques. Il ne lui répugnait pas d'entrer dans une même alliance avec les protestants ; car il ne croyait pas qu'une divergence dogmatique dût empêcher une ligue politique ; mais du moment que les protestants faisaient de Tunité dogmatique la condition de leur al** Uance, il i^ùrait cru trahir sa foi en dissimu-
lant son drapeau, a H y a peu de cas à faire , écrit-il lui-même 9 d'une alliance qui se laisserait rompre par de tels débats. Quant à nous, nous sommes tout prêts à former une ligue et une alliance, malgré cette controverse, pour la défense de la foi qui nous est commune : tout comme nous voyons lesluttiériens et les papistes combattre ensemble les Turcs. Unissons^nous donc pour la défense des personnes , des territoires , de la justice et de la foi en laquelle, après tout, nous sommes d'accord presque complètement ; s'ils s'y refusent, c'est une preuve qu'ils sont pleins de méfiance et d'orgueil, et alors pourquoi humilierions-nous devant eux la vérité? (7). »
Cependant la situation devenait de plus en plus tendue et s'approchait visiblement d'un dénouement. A l'abri de la paix de Cappel, la réforme avait fait d'immenses progrès en
Suisse. Neufchâtel était converti par Farel, après d'assez vives résistances qui lui donnèrent l'occasion de déployer un courage héroïque. Claris^ où Zwingli avait laissé des traces de son passage et de nombreux amis , s'était déclarée pour la réforme (8). Ce fait important par lui-même, en ce qu'il brisait le faisceau des cantons catholiques, reçut une importance plus grande encore d'une circonstance inattendue. La ville de Saint-Gall était depuis longtemps réformée; mais la campagne, encore sujette de l'abbaye, voulut profiter de ce grand mouvement pour conquérir à la fois sa liberté politique et religieuse. La situation de ce pays était singulière. La ville était libre et faisait partie, comme alliée, de la confédération. L'abbé était prince de l'Empire et possédait presque tout le territoire; mais il était sous le patronage des
quatre cantons : Lucerne, Zurich, Schwytz
et Claris. L'abbé étant mort et les moines s' étant hâtés d'en éUre un autre, malgré la défense de Zurich et de Claris, ces deux cantons déclarèrent qu'ils ne le reconnaîtraient pas. Lucerne et Schwytz, au contraire, s'emptessërent dé le reconnaître. Pas de juge dans cô conflit. Zurich convoqua les communes : elles décidèrent que le gouverneiflent appartiendrait à un conseil de douze membres élus et à un gouverneur désigné I par chacun des quatre cantons à tour de
TÔle ) mais celui-ci ne devait entrer en fonclion qu'après avoir prêté serment de laisser aux habitants la parole de Dieu (9).
A l'aide de ces complications, les habitants de Tockenboilrg, sujets de l'abbaye, iréussirent à racheter leur indépendance au prix de i 4,000 florins. Zwingli eut la prin-
cipalé part à cet affranchissement de 3a patrie et à l'organisation des nouvelles églises (10).
L'on conçoit que ces progrès de la réforme exaspéraient les cantons catholiques.
Deux circonstances graves révélèrent leur mauvais vouloir. Genève ayant été attaquée par le duc de Savoie ^ et les GrisoQS par le châtelain de Musso, Jacques de Médicis, qu'on croyait suivi de toutes les forces impériales, ils restèrent immobiles, tandis que les réformés couraient aux armes et dé^ fendaient yictorieusement les alliés de la confédération (H).
Ces deux attaques simultanées et l'injustifiable neutralité des cantons catholiques furent mis en rapport par les réformés avec des bruits inquiétants qui leur venaient de toutes parts. L'Empereur, réconcilié avec le
pape, se préparait à intervenir dans la querelle religieuse de tout le poids de sa puissance. Zwingli poussa un cri d'alarme et de réveil : « Des hommes corrompus ou lâches peuvent seuls hésiter maintenant. Il faut réunir toutes nos ressources^ grouper toutes nos forces, pour montrer à FEmpereur qu'il tenterait en vain de restaurer la foi romaine, de prendre les villes libres, d'asservir les Suisses. On nous a appris naguère quels sont ses projets secrets , ceux de Ferdinand. i II considère l'existence de la république hel-
vétique et celle des villes libres comme incompatible avec celle des princes et de la noblesse. C'est pourquoi il veut nous réduire les uns après les autres. Il serait trop long de dire comment il se propose d'en finir avec les Suisses. Quant aux villes, on les attaquera isolément, on les domptera l'une
après Tautie; puis on leur prendra leurs armes, leurs trésors, leurs arsenaux. L'Empereur prépare la voie par la corruption.
Gardez-vous de l'amitié des tyrans. Démosthène l'a dit : Rien n'est plus odieux aux tyrans que la liberté des villes. César vous montre d'une main du pain et dans l'autre il cache la pierre qui doit vous frapper. Sous les paroles les plus bienveillantes, il couve les plus détestables desseins. Veillez donc. Il faut que le magistrat d'une république soit circonspect avant le péril, intrépide dans le péril. Soyons pleins de sollicitude avant que le danger n'éclate , mais quand il sera là, bravons-le d'un cœur inaccessible à la crainte (12). »
Zwingli, dans ce moment, nourrissait de vastes projets. A la ligue catholique groupée autour de l'Empereur, il voulait opposer une
autre ligue formée non-seulement des amis (te la réforme, mais de ceux qu'efTrayait l'excatsive puiuance de Charles-Quint. Il s'adressa à Venrse, où ses ouvertures furent reçues froidement et réserrées pour uo autre temps; car la république venait de faire sa paii avec rEmpereur(15). Malgré l'opposition de Berne, il fit recevoir le landgrave de Hesse dans la cité chrétienne (14) et semble même avoir destiné l'Empire à ce prince entreprenant (15). En même temps il se rapprocha de François I" et entra en pourparler avec ses ambassadeurs auprès de la confédération.
Depuis Claris, Zwiogli avait toujours été l'ennemi de la (action française : c'était la eonséquence même de son opposition aux capitulations; car depuis le traité de 1521, c'était à la France que les Suisses vendaient
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le sang de leurs enfants. Mais il n'en avait pas moins des relations suivies arec oe pays. L'on trouve dans sa correspcDdance une sirie de lettres qui prouvent qu'il était en tupport avee ceux qui, les premiers^ firent entendra des paroles de réforme dans leDauphiné* Nous avons vu qu'en 1526, il avait, sorleut* demande y adressé à François I*' son com^ mentaire sur la vraie et la fausse religion . La position de François I*' était telle que les réformés ne perdirent jamais complètement l'espoir de le conquérir à leur cause. Hors de France il était l'aljié naturel de tous les ennemis de Charles-Quint^ et, par nécessité politique, il tendait une main à la réforme, l'autre à Soliman. En 1530, les ambassa-^ deurs Maigret et Lanzerant firent à Zwingli des ouvertures dans lesquelles ils semblaient indiquer un certain penchant pour la ré-
— 2.'if. — forme. Ils lui demandaient même un projet d'alliance qu'il présenta.
Des esprits prévenus ont vu une sorte de contradiction entre ce fait et la constante opposition que Zwingli fit aux capitulations; mais ils n'ont évidemment pas saisi la nature de celte opposition. Ce que Zwingli reprochait aux pensionnaires, c'était de jeter les Suisses , pour de l'argent , dans des guerres où ne les appelait aucun intérêt national ; mais quel rapport y a-t-il entre ce service de mercenaires et une alliance politique contre ces mêmes ennemis? Le patriotisme qui s'exprimait dans les éloquentes invectives du réformateur contre les courtisans corrompus de J'étranger, lui inspira aussi son projet d'alliance avec François I", et celui-ci ne s'y trompa point. Il ne donna aucune suite aux propositions de Zwingli; car il voulait des
mercenaires et non des alliés , et il craignait, en se rapprochant des réformés suisses , de s^aliéner les catholiques. Ses ambassadeurs avaient cherché seulement à grouper de nouveau sous ses drapeaux, les forces que la réforme lui avait fait perdre dans la confédération. Us espéraient amener les réformés à rentrer dans les capitulations; mais sur ce point Zwingli et ses amis furent inflexibles.
C'est à Toccasion de ces négociations que Zwingli composa son dernier ouvrage. Pour dissiper les préventions de François P' contre son œuvre 9 Maigret lui avait demandé un exposé de sa doctrine. Zwingli se hâta de le composer , et le fit remettre au roi par Collin, son ami et. son confident, qui déjà avait été chargé de la négociation avec Venise. Celte brève et claire exposition de la foi chrétienne^ prêchée par Zwingli , ne fut publiée qu'après
sa mort, par Bullinger, qui l'appelle atec raison le chant du cygne. Je ne veux pas m'arrêter à en donner l'analyse ; ce serait répéter ce qu'on peut trouver dans tout le cours de cet ouvrage. Je dois seulement citer un passage qui , jusqu'à nos jours , a fait grand scandale parmi les protestants, et qui montre à quelle hauteur Zwingli s élevait au-dessus de ses contemporains.
(( Nous croyons que les ftmes des fidèles, aussitôt qu'elles sortent des corps, volent vers le ciel, sont unies à Dieu, et jouissent d'une félicité éternelle. Tu peux espérer, roi trèspieux, si lu gouvernes sagement les Etats que Dieu t'a confiés, d'être admis à contempler Dieu même dans sa substance, en société de tous les hommes saints, prudents, fidèles, vertueux et magnanimes qui ont été depuis le commencement des temps. Là, tu
verras les deux Adam , le racheté et le rédempteur, Abel, Enoch, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Juda, Moïse, iosué, Gédéon , Samuel , Ëlie , Elisée , Isaïe et celle qu'il a annoncée, la Vierge mère de Dieu , David , ÉEéchias, Joslas, Jean^Baptisle, Pierre, Faut; là, Hercule, Thésée, Socrate, Arûlidef Anligone, Huma, Camille, les Galon ^ le» Sctpion,- là, Louis le Pieux, les prédécesseurs les Louis, les Philippe, les Pépin et toiiR ceux qui sont morts dans la foi. H n'est pas un homme de bien, pas une àme sainte et croyante, depuis le commencement des temps jusqu'à leur consommation, que lu ne voies là avec Dieu. Quel plus beau , quel plus joyeux spectacle ! Quoi de plus digne d'envie 1 n
Je n'ai pas à rappeler toutes les explications par lesquelles les réformés dévoués à la
— îfiO — mémoire de Zwinglj ont cherché à torturer ce passage pour le foire cadrer ayec les exigences d'aoe orthodoxie rigoureuse. Quant à moi, il me paraît élre la conséquence logique, nécessaire, des principes que j'ai eu l'occasion de relever dans l'œuvre de Zwingli, el je n'en saurais donner un autre commentaire que ces paroles du même écrit : « Si l'Écriture dit que les croyants seuls sont sauvés , cela ne doit s'entendre que de ceux qui ont entendu la Parole. Rien n'empêche que Dieu se choisisse parmi les gentils des hommes qui riionoieiil , et qui après leur mort soient }mh a\ec lui. Son élection est libre. Si j'avais \f choix , j'aimerais certainement mieux le foil d'un Socrate ou d'un Sénèque qui reiDiinineiit un Dieu unique et s'efroreèrenl pnr lii pureté de leur vie, de se rendre (ligues df lui, que celui du pontife romain ou
de lel roi, empereur ou prince qui le vénère comme un dieu. Car ces hommes, s'ils n'ont pas connu de nom la religion , ont été , au fond et en réalité, très-relîgieux. »
Cette grande pacification dans le domaine religieux, cette réconciliation de l'antiquité païenne et du christianisme, cette apothéose généreuse de la vertu sous quelque dogme qu'elle se soit abritée, est le point culminant où Zwingli se soit élevé comme réformateur.
Par là, il donne la main au monde moderne, et ouvre la voie à ceux qui devaient proclamer plus tard la loi de continuité dans l'histoire du genre humain. Il ne fut pas moins avancé dans la politique.
La Confédération lui paraissait ûrùit un tice radical. Dans \ei diètes, les cantons seuls étaient représentés et possédaient un mêoie nombre de Toix, quelle que fût leur population. 11 en résultait que les cinq cantons primitifs, Uri, Schw^tz, Lucerne, Underwald, Zug, unis ordinairement avec Fribourg et Soleure emportaient toutes les délibérations, bien qu'ils eussent une population bien moindre que Bâle, Zurich et Berne.
Zwingli aspirait à changer cet é^at de choses et à faire rentrer la constitution fédérale dans les conditions de la démocratie, en lui donnant pour base la population : tant de voix
dans la diète suivant tel chiffre de population. C'était assurer Tinfluence aux villes plus peuplées et en même temps bien plus éclai* rées que les^aldstettes. Zwingli voulait qu'on rendit à ceux-ci les lettres d'alliance^ ou qu'on les forçât d'accepter cet arrangement : « Autrementy dit-il, notre malheureuse patrie sera sans cesse déchirée par les factions ; elle aura, comme ritalie, sesguelfes et ses gibelins (1 6). » Mais ses contemporains n'étaient pas à la hauteur de ces conceptions. Berne se méfiait de Zurich. A Zurich même, les ennemis de Zwingli étaient puissants et nombreux. Beau*coup regrettaient les pensions des souverains étrangers, et se révoltaient contre la disei^ pline morale que la réforme avait établie dans la ville : d'autres, les chefs des familles patriciennes, rougissaient de subir l'influence d'un simple prêtre appuyé sur la faveur po-
pulaire. Zwingli porta un grand coup à cette aristocratie de mécontents, en faisant décider que la tribu des patriciens qui, jusque-là, avait double voix dans les conseils n'y aurait plus qu\in nombre de membres égal à celui des autres tribus.
Cependant tout se préparait à la guerre.
Les contestations sur la paix de Cappel se renouvelaient incessamment; les catholiques se plaignaient d'être frustrés de leurs droits dans les territoires communs; les réformés de n'être pas protégés contre les injures. Vers la fin de 1550, le gouverneur nommé par Lucerne, pour Saint-Gall, ayant refusé le serment, Zurich déclaraqu'il n'entrerait pas en fonction. Les cantons catholiques protestèrent que ce fait était une rupture de l'alliance, et menacèrent publiquement de prendre les armes. Zwingli voulait qu'on les devançât;
mais Berne hésitail toujours, et au lieu d'une guerre ouverte, fit décider dans la réunion des villes de la cité chrétienne, qu'on fermerait les marchés et les communications aux waldstettes. Zwingli sentait bien que y sous prétexte d'épargner le sang, c'était exaspérer une population tout entière et la porter aux partis extrêmes, en même temps que Ton perdait l'avantage d'une offensive hardie.
Zurich fit en vain ces représentations à l'assemblée (1 7) : la résolution fatale fut adoptée. ZwingU voulut se laver de toute responsabilité dans cette mesure détestable. Le jour de la Pentecôte (lô51), après avoir lu en chaire, sur l'ordre du conseil , l'arrêté qui avait été pris, il prononça ces rudes paroles : « Celui qui traite son adversaire de criminel, doit faire suivre la parole du poing. S'il ne frappe pas, il sera frappé. Vous refusez les
vivres aux cinq caulons, comme à des crimi- Dele, frappez donc aussitôt le coup décisif, au lieu de faire mourir de faim de pauvres innocaotB. Si vous restez traaquilles, comme si vous n'aviez pas de motifs suffisants pour les punir, tout en leur refusant les vivres , vous les forcez à vous frapper vous-mêmes.
Et cela ne vous manquera pas (1 8). » Peu après, il fit un pas plus décisif encore, et donna sa démission : « Voici onze ans , dit-it au conseil , que je prêche le saint Evangile et que je vous avertis paternellement et fidèlement. Je vous ai dit notamment ce qu'aurait à souffrir la confédération si les cinq cantons, c'est-à-dire la bande des pensionnaires venait à prendre le dessus; mais rien n'a eu prise sur vous. Plus d'un dans le conseil n'a pas renoncé au prix du sang et reste Tami des pensionnaires, l'ennemi de l'Évan-
gile. Il n'en peut résulter que du mal. On me rend responsable de tout , quoique je ne puisse rien empâcher. Je dois donc me retirer et chercher à me pourvoir ailleurs. »
Cette déclaration effraya beaucoup le conseil , qui le supplia de retirer sa démission. Il n'y consentit qu'après de longues instances (19). Mais y dès lors^ il avait perdu tout espoir, et de funèbres pressentiments agitaient son âme si énergique. Une comète ayant paru au ciel^ il dit à un de ses amis qui le consultait sur la signification de ce présage ; a Elle annonce ma mort et celle de beaucoup d'hommes de bien. L'Église va souffrir un grand désastre , mais Christ ne vous abandonnera pas (20). » Une autre fois , en prenant congé de BuUinger le chroniqueur, au milieu de circonstances mystérieuses, il fondit en larmes, et s'écria : a Mon cher Henri,
que Dieu te protège. Reste fidèle à Christ et à son Église (21). » Puis, il versa son cœur parmi son auditoire habituel, et prononça du haut de la chaire cette prophétie : « Aucun avertissement ne vous profite. Vous ne voulez pas punir les pensionnaires. Us ont parmi vous trop de considération et de crédit. Une chaîne est préparée : elle m'est destinée, et à beaucoup de braves gens de Zurich. C'est à moi qu'on en veut ; je suis prêt et soumis à la volonté de Dieu. Ces hommes ne seront jamais mes maîtres. Mais à loi , Zurich j ils donneront ton salaire ; car tu le veux ainsi. Tu te refuses à les punir; c'est pourquoi, eux, ils te puniront. Mais Dieu n'en gardera pas moins sa parole ; leur orgueil aura aussi sa fin. Que Dieu protège son Église! (22) »
Ce que Zwingli prévoyait ne manqua pas d'arriver. La faim exaspéra les habitants des
cinq cantons j et les capitaines eurent peu de chose à faire pour les déterminer à prendre les armes. Toutes les tentatives de conciliation faites par la France ou par les cantons neutres, échouèrent. La guerre seule devait vider ce grand conQit. Elle fut décidée dans une diète que tinrent , à Lucerne , les cinq cantons, et ils firent rapidement leurs préparatifs. Ils fermèrent tous les passages de leurs montagnes pour les cacher à leurs ennemis. Cependant les avertissements ne manquèrent pas à Zurich (23) ; mais par cet aveuglement étrange qui si souvent a précédé les grandes catastrophes historiques , ils furent tous dédaignés. Le 10 octobre 1531 , les hommes des cinq cantons étaient réunis à Zug au nombre de huit mille; Zurich n'avait fait d'autre préparatif que d'envoyer en observation à Cappel un corps de mille hommes.
Les catholiques leur dénoncèrent Talliance et les attaquèrent une heure après (24). Chose incroyable I A ce moment encore Ton s'obstinait, à Zurich, à douter de la réalité de Tattaque, et le conseil envoya deux de ses membres à Cappel pour s'assurer de l'état des choses.
Mais bientôt les messagers se succédèrent, et il fallut se rendre à Tétidence. L'on se décida à déployer la grande bannière, à faire sonner le tocsin dans toutes les communes.
Des traîtres empêchèrent l'exécution de cet ordre. Le peuple, troublé par l'indécision de ses chefs, ne savait quoi faire : sept cents hommes seulement au lieu de quatre mille se rangèrent autour de la bannière. Leur départ se fit dans un désordre inexprimable.
c< Chaque fois que je me représente celte scène, dit Myconius, il me semble que mon
cœur est percé d'un glaive. Aucun plan, aucun ordre : la confusion dans les esprits , le tronble sur tous les visages. Parmi eux Zwingli, à cheval, armé selon l'usage de notre pays. Quand je le vis je fus saisi d'une soudaine douleur... funeste présage ! Le soir . j'appris sa mort (25) ! »
C'était l'usage qu'un des pasteurs accompagnât la bannière. Celte fois on désigna Zwingli, les uns à cause de son influence sur le peuple et des bons conseils qu'il pouvait donner sur le champ de bataille ; les autres, comme l'afQrmânt plusieurs contemporains (26), dans l'espoîr de se débarrasser d'une influence qui les gênait.
L'on raconte que quand il monta sur son cheval, celui-ci se cahra et refusa d'avancer. Il lit à sa femme et à ses amis des adieux si louchants qu'on voyait bien , dit Bullin-
ger, qu'il pensait ne plus les revoir (27).
La bataille contre un ennemi si supérieur en nombre ne pouvait être douteuse. Bientôt ce fut un carnage. Les plus courageux, les plus dévoués des amis de la réforme à Zurich restèrent sur le champ de bataille.
Zwingli fut frappé d'une pierre à la tête au moment où il assistait Balthazar Keller, gendre de sa femme, blessé lui-même mortellement. Les dernières paroles qu'il prononça furent celles-ci : « Qu'est-ce cela ! ils peuvent tuer le corps, mais non pas l'âme ! »
Les vainqueurs, parcourant le champ de bataille, le trouvèrent étendu sous un poirier, les mains jointes comme pour prier, les yeux levés vers le ciel. Les premiers qui vinrent ne le reconnurent pas, et voyant qu'il allait mourir, ils lui demandèrent s'il voulait un prêtre pour se confesser. Zwingli
secoua la tète sans détourner ses yeux du ciel. Ci Invoque au moins la mère de Dieu et les saints pour qu'ils intercèdent Dieu pour toi. » Zwingli fit un nouveau signe de la tête, a C'est encore une de ces canailles d'hérétiques, » dirent les autres, et un capitaine nommé Fuckinger d'Unterwald le perça de son épée. » Ainsi périt Ulrich Zwingli, (idèle pasteur et serviteur de l'église de Zurich, frappé au milieu de ses ouailles, qu'il n'a pas quittées jusqu'à la mort, par un de ces pensionnaires contre lesquels il avait si fortement prêché » (H octobre 1551) (28).
Le lendemain seulement on le reconnut.
Tous alors voulurent le voir. Sa figure n'était pas celle d'un mort : elle avait la couleur de la vie et l'animation qu'on y remarquait lorsqu'il prêchait du haut de la chaire. Un de ceux qu'il avait combattus, un cha-
Hoine de Zurich, retiré à Zug depuis la réforme y Jean Schœnbrunner , s'écria en pleurant : « Quelle qu'ait été ta foi, je sais que tu étais un loyal confédéré : que Dieu te pardonne tes fautes ! » Mais la foule n'était pas à la hauteur de ces sentiments. On ne saurait répéter toutes les injures qui furent proférées sur ce cadavre. Ils finirent par constituer une sorte de tribunal et délibérèrent sur ce qu'ils devaient faire du corps de Zwingli. Les uns voulaient qu'il fût coupé en cinq parties, et ses lambeaux sanglauts envoyés aux cinq cantons; les autres, qu'il fût brûlé comme hérétique. On décida qu'il serait écartelé et brûlé. Le bourreau de Lucerne exécuta cette selitence. Pour déshonorer ses cendres elles-mêmes et empêcher ses amis de les recueillir, on jeta de la chair de porc dans le bûcher!
La femme de Zwiagli perdit, dans ce grand désastre, qutre le héros qui illustrait sa vie, son ûb, son gendre, son frère, son beaufrère, tous ses amis. Elle eut du moins la consolation que le souvenir d'une belle mort donne aui survivants. Je viens de dire comment périt ZwiDgIi, Le jeune Gérold Heyer eut une fin non moins héroïque, n Les ennemis l'ayant reconnu, voulaient lui sauver la vie et le faire prisonnier. Mais il refusa constamment de se rendre, disant qu'il préférait une mort honorable à la honte de la fuite OD de la captivité. Il se défendit bravement ju^squ' au bout et mourut ainsi, âgé de vingt-trois ans, pour le service de sa patrie et du Saint Évangile (30). »
Ici doit se lerrniner ce livre. La bataille de Cappel, suivie^d'autres catastrophes, arrêta les progrès de la réformation à la fois politique et religieuse entreprise par Zwingli. Celle œuvre, reprise par Calvin , mais dans un esprit bien moins libéral, triompha dans le monde par la république de Genève , par la république de Hollande , par celles d'Angleterre et d'Amérique. Ainsi l'alliance de la politique démocratique et de la réforme radicale , scellée par la vie et par la mort d'un grand homme, se lie à ce qu'il y a de plus intime et de plus vivace dans le monde moderne. Zwingli n'a sans doute pas possédé la vérité tout entière; mais il a maintenu la révolution dans sa voie sans emportement et sans faiblesse, et en rompant franchement avec le passé, il a réservé et facilité tous les progrès de l'avenir. Mieux qu'un autre il a
luérilé qu'on lui appliquât ces belles paiuleii , écriles par lui quelques jours avant sa mort : « Si nous ne pouvons contempler nousmêmes les grandes œuvres que Dieu veut accomplir, considérons qu'il en est de nous comme de ceux qui combattent sur les cbamps de bataille. Ceux-là conquièrent la plus belle palme qui sont frappés de mort, ou qui du moius agissent bravement au plus fort de la mêlée, sans la voir. Si donc nous ne pouvons assister au triomphe de notre cause, que ce ne soit pas un motif pour nous de regretter nos fatigues et nos périls! il est quelqu'un qui nous voit et qui juge les combattants. D'autres se réjouiront sur la terre des résultats que nous aurons conquis, tandis que nous, nous jouirons du ciel (31)1 "