‹ Etudes sur les réformateurs du xvie siècle (volume 3)Chapitre 9 sur 41 · MO · texte numérisé non relu

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Le princô , daiis son extrême désir d'amener un rapprochement, voulut que des couférenced particulières eusseut d'abord lieu entre les principaux chefs des deux partis.

Il ne mit pas immédiatement aux prises Luther et Zwingli , tous deux irritables : il les partagea , dit BuUinger, entre les deux plus doux et plus tranquilles, et donna Mélanchton à Zwingli, OBcolampade à Luther (29).

L'on a peine à comprendre les préjugés étranges que Luther et les siens apportaient dans cette conférence. Us soupçonnaient leurs adversaires de ne pas croire à la divi-

— Ml — ùié de Jésiift-C%rist, au péché originel, à l'impuissance des oeutres, à la justification par la foi, et considérèrent comme une victoire l'accord qui s'établit immédiatement tur ces points (50).

Par contre, sur la question de la Cène, les omférences particulières ne produisirent aucun résultat. Zwin^i demanda alors que les portes fussent ouvertes et que le colloque eût lieu devant tous ceux qui Toudraienl y assister. Un grand nombre de savants étaient accouras, «t la population tout entière avait iui grand déeir d'entendre un débat si grave entre des hommes à illustres. Luther fit différentes objections à l'admission du public, prétendant qu'il ne pouvait être ni bon ni utile de faire assister la foule à cette controverse (51) : opinion d'autant plus singuli^ de sa part , qu'il avait le premier saisi

le public de cette question en éciÎTant en allemand contre les ouvrages latins de Zwingli (32). Le landgrave trancha la difficulté en décidant que le colloque aurait lieu devan t lui, le duc de Wurtenberg (35), les députations des villes et les savants membres des universités. Cinquante à soixante personnes seulement furent admises : le public fut exclu (33).

Je ne puis me dispenser de donner avec quelque détail, le compte-rendu de ce débat.

Les deux écoles qui se sont partagé la réforme sont ici en présence; et dans les arguments qu'elles invoquent, dans leur méthode même de discussion, s'exprime plus nettement qu'ailleurs la différence de leur principe et de leur procédé.

Luther commence par déclarer qu'il n'accepte pas et n'acceptera jamais la doctrine de

ses adversaires, a Christ a dit : ceci est mon corps. Ces mots sont clairs : pas de discussion possible sur leur signification; je ne m'en écarterai pas de Tépaisseur d'un ongle! »

Puis, comme pour mieux marquer que ce texte est y à ses yeux, la seule et décisive réponse à toute objection , il prend un morceau de craie, et écrit en gros caractères sur la table : ceci est mon corps! C'était trancher la question par la question. OËcolampade le fit sentir en termes modérés > et ajouta : « Il ne faut pas prendre a la lettre , mais interpréter les textes où Christ parle par figure. Saint Jean (vi) sert à comprendre les paroles de l'institution; car, après avoir dit : « celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui; » Christ ajoute : C'est l'esprit qui vivifie : la chair ne profite de rien ! Les pa-

rôles que je voua dis sont esprit et Tiet »

Luther : Dans ce teite , il ne parle pas de

là Cènfe. Je m*en tiens aux mots : prenez et

mangez ! Je ne nie pas qu'il foille aussi la

mandtication spirituellb.

ŒcohmpadB : Pourquoi donc alors la

manducation charnelle qui ne profite de rien ?

— Ltiîker. Je ne m'inquiète pas de saroir Jiourquoi? Ce qui est écrit est écrit : prenez, thmtgez : il faut le faire, il faut le faire.

Euoingli : Il ne faut pas prendre les textes isolément : TÉcritut^ doit s'interpréter par rÉcrituiTe. Christ dit dans saint Jean (vi), que la chair ne profite 3e rien : il ne nous fk pas donne sans doute une chose inutile.

— Luther. Il est écrit : ceci est mon corps ! Dbnc c'est soii corps. Dieu m'ordonnerait de manger dii fumier, je le ferais, sans demander pourquoi : interroger , c'est cesser de

croire. — Ziçingli : Ne fisiîsons pas de sup* position^ aussi puérile^ ; Dieu n'ordoQue quç des choses bonnes et salutaires.,, x) H cile ensuite un grand nombre de textes oq le mot est a éYidem^lent le sens de signifie. — ^ Ll^-» ther répond à toqt : Ceci est mon corps. C^est écrit : je m^y tiens. Le diable même ne peift rien là contre. — Zwingli impatienté : Je YQils en prie : renoncez à Totre pétition de principe. Répondez au teste de saint Jean ; Nous ne nous le laisserons pas ôter ainsi. Il faudra bien, monsieur le docteur, que vous chantiez une autre chanson l Ce texte vous casse le col. — Luther: Ne soyez pas si fier : nous ne sommes pas en Suisse, et ici Ton ne casse pas le cou aux gens aussi facilement. — Zwingli : En Suisse, Ton sait aussi rendre justice au^ gens : mais c'est une JQcution populaire chez nous. J'ai voulu dire seule-

ment que ce texte renverse votre opinion. » — Le landgrave approuve l'excuse y et prie Luther de ne pas se montrer aussi suscep^ tible. Il lève ensuite la séance, pour laisser aux esprits le temps de se calmer.

Quand la séance fut reprise , Zwingli lut plusieurs passages de Luther et de Mélanchton y favorables à son interprétation du chapitre VI de saiut Jean. — ^ Luther. Il ne s'agit pas de ce texte. Prouvez que quand Christ dit: Ceci est mon corps ^ cela veut dire : Ceci n'est pas mon corps. Alors Œcolampade intervint et essaya de faire sortir Luther du cercle dans lequel il se renfermait, en portant la discussion sur un autre terrain. Christ est, comme homme, semblable à nous. Son corps est donc , comnie le nôtre, soumis aux conditions de lieu : il ne peut être en plusieurs lieux à la fois. Or il est écrit qu^il est dans le

ciel. — Luther, Je tous repèle que je m'en liens à mon lexle : ceci est mon corps. Le corps du Christ est clans le ciel, mais il est aussi dans le sacrement. Je ne m'inquièle pas que cela soit contre la nature , pourvu que cela ne soit pas contre la foi. — Œcolampade.Yous ne voulez pas que nous admettions de figure dans les mots de l'institution ; mais si nous y voyons une métaphore , vous y mettrez une synecdoche. — Luther. Soit.

C'est par synecdoche que l'on dit : l'épée pour l'épée et le fourreau , la canette pour la canette et la bière qui est dedans. De mâme ici : ceci est mon corps; le corps est dans le pain, comme l'épée dans le fourreau. — Zwingli reprend l'argumentation d'Œcolampade. Il cile plusieurs textes pour prouver que le corps de Christ est semblable à notre corps : donc il est en un lieu. — Luther. Si le Christ,

comme homme , tous ressemUe en tout ^ il a donc aussi ùae femme et des petits yeux noirs. Je n'admets pas les mathématiques :

Dieu est au-<lessus des mathématiques. — Zwingli. Je ne vous parle des mathématiques.

Je vous cite saint Paul (Philippietis, li. 7)^ qui dit que Christ a pris la forme de serviteur et s'est fait semblable aux hommes. Donc Christ, quant à sa nature humaine, est fini et limité, comme nous sommes finis et limités* -*- Luther. Je ne nie pas que le eœrps de Christ soit limité. — Zwingli. Alors il est dans un lieu. S'il est dans un lieu, il est dans le ciel et non pas dans ou sous le pain. — Luther. Non 1 je ne yeux pas cela» je ne le veux pas. — Zwingli : Faut-il. donc que tout soit comme TOUS le Toulez? — L'on fut de nouveau obligé de lever la séance.

Le lendemain , U discussion fut reprise au

même poitit. Luther chercha à échapper à l'argumentation de Z^ringli, en recourant à une expression mystique : le corps du Christ n'est pas dans le sacrement localitêr. Le ciel (d'autres disent le mondé) est aussi un corps et cependant il n'est pas dans un lieu. Les sophistes disent aussi , non sans raison, qu'un eorps peut être en plusieurs lieux. — Zwin^ glL II n'est pas digne de tous, monsieur le docteur , d'en appeler aux sophistes ; quant à moi, je n'ai pour eux que du mépris. Pour ce qui est de votre argument que le ciel n'est pas dans un lieu , je laisse à ceux qui m'écoutent de juger quelle est sa valeur. Persistez-vous à dire que le corps du Christ est en plusieurs lieuï?— Luther : Oui, et je le prouve par le texte : ceci est mon corps. — Ztoingli : Toujours la même pétition de prin- €ipe# Avec ce système on pourrait prouver

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